Alexandre Desplat : le règne d'un compositeur français à Hollywood

Il est le seul Français à avoir remporté un Oscar en son nom propre cette année. Et pourtant, il n'est ni cinéaste, ni monteur, ni vraiment acteur... Alexandre Desplat est le compositeur de musiques de films attitré de Wes Anderson, et de bien d'autres à Hollywood.

Après avoir vu Interstellar et avoir été soufflé par l'intensité de la bande originale, il n'y avait aucun doute que le vétéran des compositeurs d'Hollywood, ce bon vieux Hans Zimmer, raflerait un second Oscar. Si son premier lui a été remis pour le Roi Lion en 1994, il a bâti une carrière longue de 57 ans sur des super-productions comme Gladiator, ou encore ses plus récentes collaborations avec Christopher Nolan sur la trilogie du Dark Knight et Inception.

Mais si vous regardez la liste des nominés d'un peu plus près, on s'aperçoit qu'un nom plus exotique était noté à deux reprises : Alexandre Desplat. Nommé une première fois pour son travail sur Imitation Game, et une seconde pour celui qu'il a accompli pour The Grand Budapest Hotel. C'est pour ce dernier qu'il a raflé la statuette.

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Sa tête ne vous dit peut-être rien. Après tout, les compositeurs de films s'exposent en général bien moins que les pop stars. Mais même si vous découvrez son visage, on vous assure que vous l'avez déjà écouté dans un paquet de films. Avant cette édition des Oscars, Desplat avait été nommé six fois dans cette même catégorie, pour The Queen, l'Étrange histoire de Benjamin Button, Fantastic Mr. Fox, Le Discours d'un Roi, Argo et Philomena.

Pourtant, il se considère toujours "nouveau à Hollywood", comme il le déclarait à Variety en novembre 2014. Dans le même article, on apprend que même si Desplat est désormais l'un des compositeurs qu'on s'arrache de studio en studio, il vit toujours à Paris, là où il est né en août 1961. Toutefois, sa destinée américaine était déjà écrite lorsque sa mère, grecque, rencontrait son père, français, à l'Université de Californie – avant leur mariage à San Francisco.

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En 2007, il confiait au New York Times avoir été "presque élevé comme un petit Américain. J'ai écouté des compositeurs américains et vu des films américains depuis l'âge de 14 ou 15 ans. Coppola, Scorcese, Hitchcock, Spielberg, tous ces grands maîtres. Donc finir par écrire pour des films américains fait un peu partie du rêve".

Désormais, Alexandre Desplat a travaillé lui-même avec de tels grands maîtres. Ci-dessous, notre liste de cinq des meilleures bandes-son Desplatiennes.

Jacques Audiard : Un Prophète (2009)

S'il a désormais beaucoup travaillé à Hollywood, Alexandre Desplat avait déjà écrit une cinquantaine de musiques de films avant de pénétrer le marché américain. L'une de ses pièces les plus fameuses reste le chef-d'œuvre de Jacques Audiard sorti en 2009, Un Prophète. Une histoire carcérale où un jeune détenu illettré se retrouve entre les feux de prisonniers musulmans et de la mafia corse. La musique de Desplat rend l'atmosphère encore plus étouffante, de sorte que les spectateurs aient encore davantage envie de s'échapper du film.

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Roman Polanski : The Ghost Writer (2010)

The Ghost Writer de Polanski finira probablement comme l'un des films les plus sous-estimés de cette décennie. Trop classique, et pris dans la tourmente des conséquences judiciaires autour du sulfureux réalisateur, Desplat y délivre pourtant une enveloppe sonique propice à l'ambiance glacée du film. Après l'avoir vu, vous reconnaîtrez son travail du premier coup.

Si la scène prend place à l'intérieur d'une demeure aussi élégante que sinistre, sise au beau milieu d'une île déserte, la distanciation et l'humour british d'Ewan McGregor offrent son parfait contrepoint. La musique de Desplat s'articule en conséquence : à la fois obscure, tendue mais aussi naïve. Comme un Disney qui rencontrerait Shutter Island.

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Wes Anderson : Fantastic Mr. Fox (2009) et Moonrise Kingdom (2012)

Ils sont légion, les compositeurs de musiques de film à avoir collaboré avec le même réalisateur. Fellini et Nino Rota, Sergio Leone et Ennio Morricone, Kubrick avec Mozart et Beethoven. Le problème, c'est que trop de compositeurs s'arrachent les morceaux d'Alexandre Desplat. Comme il l'explique à Variety : "Certains cinéastes me sont très fidèles, ils me rappellent [...] mais au bout du compte, il y en a trop : Frears, Audiard, Polanski, Clooney, Anderson..."

Les toiles soniques facétieuses de Desplat vont comme un gant avec l'univers de Wes Anderson. Pourtant, on espère secrètement que le réalisateur de Rushmore reviendra un jour à ses premiers amours : des chansons de rock et de folk comme celles des Kinks, de Nico ou d'Elliott Smith.

Tom Hooper : Le Discours d'un Roi (2010)

En 2010, l'Oscar pour la meilleure bande originale revenait à Michael Giacchino pour Là-Haut, sa troisième œuvre pour un film Pixar. Tout le monde aime les films Pixar, certes, mais pendant ce temps, l'Académie ratait le travail aérien de Desplat pour Le Discours d'un Roi.

Dans ce film, sa musique se détend peu à peu, se faisant de moins en moins nerveuse, à mesure que la langue et les amygdales du roi George se relaxent. Une fois de plus, on admire son style, quelque part entre naïveté et gravité, un peu comme son travail pour Imitation Game.

Par Thomas Andrei, publié le 23/02/2015

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