Pourquoi l'affaire Lostprophets est inédite dans le monde du metal

Le chanteur de Lostprophets, Ian Watkins, vient d'écoper de 35 ans de prison pour faits de pédophilie. Retour sur les antécédents criminels dans le heavy metal.

Le chanteur de Lostprophets, Ian Watkins, à une époque où il avait encore un boulot. (Crédit image : Thomas Frey / DPA / MaxPPP)

Si vous étiez au lycée au début des années 2000, il y a de fortes chances pour que le groupe de neo metal Lostprophets ne vous soit pas tout à fait inconnu. Classable quelque part entre Linkin Park et Simple Plan, le groupe fait aujourd'hui parler de lui. Mais le combo s'en serait bien passé : Lostprophets fait l'actualité à cause du procès de son chanteur... pour pédophilie.

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Ian Watkins, citoyen britannique de 36 ans et chanteur dudit groupe, a été arrêté le 19 décembre 2012. Après avoir nié pendant près d'un an, il a répondu coupable à treize chefs d'accusation. Aujourd'hui, Watkins a été condamné à purger une peine de 35 ans de prison pour pédophilie.

Le détail ? L'ancienne star du neo metal a reconnu une tentative de viol et d'agression sexuelle sur un enfant de moins de 13 ans (en l'occurrence un bébé), préméditation en vue de violer un enfant, trois chefs d'agression sexuelle impliquant des enfants, sept chefs d'accusation de fabrication ou de possession d'images indécentes d'enfants, et un dernier : possession d'une image au contenu jugé trop extrême : celle d'un acte sexuel impliquant, entre autre, un animal.

Ian Watkins semble donc remporter la palme du musicien de heavy metal le plus diabolique d'entre tous, alors même que Lostprophets était bien loin de prier le Très-Bas ou encore d'en appeler à la haine dans sa musique. Les chansons du groupe sont très soft, puisque relativement pop par rapport à nombre de ses pairs. Le monde du metal s'est finalement très peu illustré par le passé dans des affaires aussi violentes. Retour sur quelques-unes, marquantes.

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Le chanteur de Lamb Of God arrêté pour homicide involontaire

C'est très récemment qu'une affaire a secoué la planète metal tout entière. Le 28 juin 2012, le chanteur du groupe américain Lamb Of God, Randy Blythe, était arrêté à Prague pour homicide involontaire. Le 24 mai 2010, Daniel Nosek, un fan tchèque de 19 ans, décédait des suites d'une blessure infligée à la suite d'une altercation sur scène avec le chanteur.

L'affaire a déchaîné les passions, chacun y rajoutant sa couche d'intox et contribuant au flou général. Les cohortes d'admirateurs du groupe se sont largement manifestées, tweetant avec le hashtag "#FreeRandyBlythe". De nombreux médias metal ont partagé ce soutien, comme le site américain Metalsucks.

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Le 5 mars 2013, Randy Blythe était acquitté. Lors de son procès, il a été démontré que le chanteur n'avait pas pu être la cause de la mort directe du jeune fan, qui par ailleurs avait démontré une attitude hostile au chanteur pendant le concert. Il serait monté sur scène à plusieurs reprises en essayant d'agripper Randy Blythe.

Le premier message d'homme libre de Randy Blythe, peut après le procès, mentionnait la mort tragique du jeune homme :

Je vous en prie, souvenez-vous de la famille de Daniel Nosek dans vos pensées et vos prières en cette période difficile. Tout ce que je souhaite, c’est qu’ils trouvent la paix. Merci de votre soutien.

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Le malaise norvégien

À l'aube des années 90, Christian Vikernes n'est encore qu'un adolescent fan de jeux de rôles et mal dans sa peau lorsqu'il fonde son propre projet musical, Burzum. Impliqué dans la scène alors florissante de la seconde vague du black metal, le jeune Norvégien dérive très vite du statut de simple musicien vers celui d'idéologue, plus intéressé par la politique que par la musique elle-même.

À savoir que le black metal tirait alors ses principes d'une musique violente et sans concessions, d'une attitude sataniste profondément antichrétienne... mais aussi vaguement xénophobe, flirtant parfois avec l'antisémitisme et le racisme pur et simple. Une autre époque.

Dès l'été 1992, la Norvège fait face à une crise inattendue et incompréhensible : une vague sans précédent d'incendie d'églises, dont certaines millénaires. L'opinion publique est sous le choc et personne ne sait vraiment qui sont les fautifs. Accusé, arrêté, puis libéré faute de preuves, Christian Vikernes - qui s'est rebaptisé "Varg" (soit "Loup") entre-temps par rejet des racines ouvertement chrétiennes de son prénom - fait à nouveau parler de lui peu de temps après.

Varg Vikernes jugé dans les années 90. (Crédit image : Johnny Syversen / EPA / MaxPPP)

Dans la nuit du 10 août 1993, Varg Vikernes assassine Øystein Aarseth, aka Euronymous, guitariste du groupe de black metal Mayhem. À l'origine d'un passage à l'acte aussi macabre : apparemment un stupide différend financier qui opposait les deux hommes. Mais surtout une querelle d'ego inhérente à "l'inner circle", ce petit noyau de groupes de black metal dont le parrain n'était autre qu'Euronymous.

En sa qualité de tenancier du shop de disques de metal local, Helvete, à Bergen, son autorité sur le reste de la meute était indiscutable auprès de tous... sauf de Varg Vikernes, qui pousse l'ego-trip jusqu'à adopter le pseudonyme de Count Grischnack au passage.

"Quatre ou cinq" coups de couteau

Vikernes aurait poignardé sa victime de "quatre ou cinq" coups de couteau, la laissant sans vie après une rixe dans l'escalier de son appartement d'Oslo. Il est arrêté neuf jours plus tard et la police retrouve 150 kilos d'explosifs et 3 000 cartouches de fusil chez lui. Cet arsenal était apparemment destiné à détruire la "maison Blitz", le repaire des activistes d'extrême-gauche d'Oslo.

Le 16 mai 1994, la sentence est prononcée. Vikernes est condamné à 21 ans de prison — la même peine que celle, 19 ans plus tard, écopée par l'assassin Anders Breivik : c'est la peine maximale en Norvège. La cour retient un meurtre, l'incendie de trois églises, la tentative d'incendie d'une quatrième et le vol et la détention de 150 kg d'explosifs. Il n'avouera que ce dernier chef d'accusation.

Aujourd'hui, un souvenir liant les deux hommes glace encore le sang : celui d'entendre la basse, jouée par Varg Vikernes, aux côtés de la guitare enregistrée par Euronymous dans l'un des parangons du genre, le génial album De Mysteriis Dom Sathanas de Mayhem, enregistré avant les faits. "Freezing Moon" s'écoute très fort, dans le noir le plus total.

Le retour du Comte Grischnack

Varg Vikernes a de nouveau fait parler de lui, en France, cette année, lorsque la police l'a placé en garde à vue. Alors qu'il vit avec sa femme, elle-même Française, il se procure des fusils. La police le soupçonne d’avoir voulu perpétrer un “massacre” et perquisitionne chez lui. Problème : les armes sont acquises légalement, Marie Cochet est inscrite à un club de tir et il est très vite libéré.

D'autres affaires survenues au début des années 90 ont contribué à la légende sulfureuse du black metal norvégien. Comme celle de l'assassinat délibéré d'un homosexuel par le batteur du groupe Emperor, Bard Faust, ou encore de l'incendie de plusieurs églises par le batteur du même groupe, Samoth. Mais à part les événements norvégiens qui ont eu cours à cette époque, il est bien difficile de relever d'autres crimes commis par des musiciens de metal.

Les satanistes sont sympa

Surprise : le musicien metal moyen ne serait donc pas un être assoiffé de sang, inconditionnel de crimes, de violence et de boissons aromatisées à la cyprine de vierges. L'affaire Ian Watkins est d'autant plus remarquable que la musique de son groupe était mélodique, positive... et finalement, très pop. Si la vague de neo-metal a aussi bien pris en Europe et en France, c'est aussi parce que les suiveurs de ce genre, dont Lostprophets fait parti, accentuaient le côté mélodique à outrance, ne gardant du heavy metal originel que le son des guitares et quelques breaks de batterie un peu fouillés. Et puis basta.

C'est donc le chanteur d'un groupe de "metal" très propre sur lui qui a accompli des crimes aussi violents que ceux qu'on lui reproche. La mise en parallèle est forcément tentante : d'un autre côté, le black metal et le death metal sont les groupes les plus fustigés par la presse ou encore les associations, notamment celle qui veut interdire le festival Hellfest à cause, notamment, de ses choix de programmation. Le death metal et le black metal, deux sous-genres à la musique violente et sans merci pour le néophyte, voient souvent leur art occulté par le satanisme supposé de leurs membres.

Cette croyance, souvent montée en épingle, est interprétable dans de nombreux cas comme du second degré. Et quand bien même certains groupes, tel Deicide, Behemoth, Mayhem ou encore Dark Funeral, se revendiquent satanistes, eux, ils n'ont pas violé des enfants.

Par Théo Chapuis, publié le 19/12/2013

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