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Une adaptation théâtrale de 1984 provoque des malaises à Broadway

Publié le

par Justina Bakutyte

Artists of the company in Robert Icke and Duncan Macmillan’s adaptation of George Orwell’s 1984 directed by Robert Icke and Duncan Macmillan at the Playhouse Theatre in London. (Photo by robbie jack/Corbis via Getty Images)

La première de la pièce tirée du chef-d’œuvre de George Orwell a fait beaucoup de bruit aux États-Unis.

Il fut un temps où un monde tourmenté par la peur, l’oppression, la surveillance constante et les théories du complot n’existait que dans les ouvrages de romanciers et d’artistes brillants. Près de sept décennies après la publication de 1984, ce monde dystopique est devenu une réalité – entre les attaques terroristes incessantes, les mouvements néonazis qui renaissent de leurs cendres, l’invasion des nouvelles technologies dans nos vies et les bras cassés qui sont candidats aux élections présidentielles… Ce changement terrifiant est exactement ce qui fait de la dernière adaptation théâtrale du roman de George Orwell une expérience aussi choquante que pertinente.

Traduction : "Il n’y a rien dans cette pièce ou dans ce roman dérangeant qui ne soit pas en train de se passer maintenant, quelque part dans le monde."

Selon plusieurs comptes-rendus, la première américaine de cette pièce de théâtre a provoqué des réactions très fortes au sein du public du Hudson Theatre, à Broadway : des spectateurs auraient invectivé les acteurs, d’autres se seraient battus, tandis que certains vomissaient ou s’évanouissaient. Adaptée et mise en scène par Robert Icke et Duncan Macmillan, la pièce affiche un beau casting, avec Tom Sturridge (Sur la route) dans le rôle de Winston Smith et Olivia Wilde (Tron, Dr House) dans celui de Julia. L’intrigue entraîne l’auditoire dans le quotidien d’un régime totalitaire dominé par un tyran omniprésent, Big Brother.

Selon le Hollywood Reporter, "des effets spéciaux comme des stroboscopes, des blackouts soudains et des bruits de marteaux-piqueurs" sont utilisés pour renforcer le sentiment de malaise véhiculé par le récit de George Orwell. Mais la cerise sur le gâteau, qui a littéralement pris certains aux tripes, ce sont les scènes de torture très intenses. Duncan Macmillan a commenté le fait que certains spectateurs aient eu des haut-le-cœur pendant la représentation :

"Nous n’essayons pas d’être volontairement agressifs ou de choquer les gens gratuitement, mais il n’y a rien de montré ici ou de décrit dans le roman qui ne se déroule pas en ce moment même, quelque part dans le monde. Des gens sont emprisonnés sans procès, torturés, et exécutés."

Ce à quoi Robert Icke ajoute :

"Vous pouvez rester jusqu’au bout et regarder ou partir. C’est une réaction complètement compréhensible quand on voit quelqu’un en train d’être torturé. Mais si cette pièce est le moment le plus perturbant de la journée d’un spectateur, c’est qu’il ne lit pas les gros titres de la presse."

Il est difficile d’appréhender la difficulté de certaines scènes sans les avoir vues, mais le Huffington Post décrit un passage pendant lequel Winston est torturé pour un "crime de pensée", avec une cage remplie de rats enfoncée sur sa tête de force. Le magazine Vulture mentionne une quantité impressionnante de sang, et le Washington Post insiste sur le moment où Winston est électrocuté et fixe des spectateurs dans les yeux en leur criant qu’ils sont des "complices".

La pièce ne séduit pas que les amateurs de théâtre. Comme le dit Robert Icke, "le spectacle attire parce qu’il permet de s’identifier de manière viscérale" :

"On s’attend toujours à ce que le théâtre soit un lieu sûr, dans notre zone de confort. La pièce n’est jamais vraiment terrifiante, elle l’est dans la mesure où une pièce de théâtre peut l’être. Mais elle a été pensée pour frapper fort, il faut prendre cela au sérieux."

Traduit de l’anglais par Sophie Janinet

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