Une actrice reproche à la Berlinale d’avoir invité Kim Ki-duk, qui l’aurait agressée sexuellement

La jeune femme reproche au festival de cinéma berlinois d’avoir invité le réalisateur Kim Ki-duk, qu’elle accuse de l’avoir agressée sexuellement en 2013.

Kim Ki-duk en 2014, à Venise. (© Stefania D’Alessandro/Getty Images)

Événement culturel majeur de l’hiver, la Berlinale revêt cette année une importance particulière. Dans la lignée du mouvement #MeToo, la 68e édition du festival de cinéma berlinois − qui démarre ce jeudi 15 février − a pour ambition d’être "un forum pour la lutte contre les agressions sexuelles", selon son directeur, Dieter Kosslick.

Dans cette optique, certains films ayant fait l’objet de polémiques − en raison de l’implication de membres de leur production dans des affaires d’abus sexuels − ont été disqualifiés de la compétition. Mais si l’initiative est louable, il semblerait qu’elle soit malheureusement incomplète.

Dans une déclaration à l’AFP, une actrice sud-coréenne a en effet dénoncé "l’hypocrisie" de la Berlinale, qui se veut être une nouvelle tribune féministe tout en invitant Kim Ki-duk (Printemps, été, automne, hiver… et printemps), un réalisateur reconnu en Corée du Sud mais que la jeune femme accuse de l’avoir agressée sexuellement il y a quelques années. Un choix qui, selon elle, "donne raison aux agresseurs" :

"Je trouve la décision d’inviter Kim profondément triste et extrêmement hypocrite.

Kim a été reconnu coupable de m’avoir agressée physiquement pendant le tournage. Mais la Berlinale lui déroule le tapis rouge tout en vantant son soutien au mouvement #MeToo.

À la différence des célèbres actrices d’Hollywood qui ont parlé pendant la campagne #MeToo, je suis juste une obscure actrice d’un petit pays d’Asie. Mais cela ne veut pas dire que mes souffrances peuvent être passées sous silence."

Des faits d’agressions physiques et sexuelles

La jeune femme – qui a préféré conserver son anonymat – se réfère à un épisode survenu lors du tournage du film Moebius (sorti en 2013), pendant lequel le réalisateur l’aurait giflée et forcée à tourner des scènes de sexe qui ne figuraient pas dans le script initial.

Après quatre ans d’hésitations, nourries par l’organisation profondément patriarcale de l’industrie cinématographique sud-coréenne et les risques de répercussions sur sa carrière, la comédienne avait finalement décidé de relater cette agression au cours d’une conférence de presse en décembre dernier :

"Un jour, Kim a dit 'je vais créer de l’émotion' et m’a soudainement giflée très fort à trois reprises devant tout le monde, avant de tourner la caméra vers moi et de filmer.

J’étais très choquée […] mais j’ai dû commencer à jouer tout de suite. Personne dans l’équipe n’a dit un mot pour l’arrêter."

Une gifle que Kim Ki-duk a qualifiée de simple "leçon de comédie" et pour laquelle il a été condamné à 3 800 euros d’amende. Il a cependant démenti toute autre forme d’abus envers la comédienne et n’a pas été poursuivi pour agression sexuelle, le parquet de Séoul ayant abandonné les poursuites par manque de preuves tangibles.

Face à cette polémique, le festival a choisi d’invoquer la présomption d’innocence. Dieter Kosslick a déclaré à l’AFP être au fait de ces accusations, soulignant cependant que les poursuites pour abus sexuels avaient été abandonnées et rappelant que "la Berlinale condamne et s’oppose à toutes les formes de violences ou d’abus sexuels."

Le principal intéressé s’est quant à lui refusé à tout commentaire. Son dernier film, Human, Space, Time and Human, sera projeté en première mondiale, dans la sélection "Panorama" du festival berlinois.

Par Marie Jaso, publié le 13/02/2018