Aaron Schwartz à San Francisco en 2008 – Crédit Image Reuters / Noah Berger

Aaron Swartz : les 20 premières minutes du docu hommage

Homme fort de Reddit, net-activiste et prodige de l'Internet, Aaron Swartz a mis fin à ses jours le 11 janvier 2013. Le documentaire The Internet's Own Boy revient sur son parcours, ses luttes, pour lui rendre un poignant hommage. 

Aaron Schwartz à San Francisco en 2008 - Crédit Image Reuters / Noah Berger

Aaron Swartz à San Francisco en 2008 - Crédit Image Reuters / Noah Berger

Parfois la vie ressemble à une tragédie. Dans le huis clos de son petit appartement de Brooklyn, celle d'Aaron Swartz a pris fin le 11 janvier 2013. L'enfant chéri de l'Internet, poussé à bout par une bataille judiciaire de plusieurs années, est mort sans jamais renier ses convictions. Quitte à en payer les conséquences. Cash.

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Aaron Swartz : le propre enfant de l'Internet

Né le 8 novembre 1986 à Chicago, Aaron Schwartz était un prodige de l'Internet. Premiers codes tout gamin, première réussite à l'adolescence, il participe à 14 ans au lancement de la licence Creative Commons, réalisant "informatiquement" les préceptes de son mentor : le juriste Larry Lessig.

Sur les bancs de la fac alors qu'il n'est encore qu'au lycée, le jeune homme rencontre les pionniers de l'Internet qui remarquent rapidement en lui un esprit brillant, insatiable, ayant plus que tout le souci du bien public. À coups de codes et de bonnes idées, Aaron Swartz devient millionnaire à 20 ans suite au rachat de Reddit par le groupe de presse Condé Nast. À partir de là, ne devant plus travailler pour survivre, il se fera net-activiste la plupart du temps, curieux de tout et avide de mener à termes de nombreuses batailles.

La naissance d'un net-activiste

Outre sa passion pour les lettres, les sciences humaines et la connaissance en général (il n'y a qu'à jeter un coup d'oeil sur son blog et la liste de livres qu'il affirmait avoir lus chaque année), son talent "d'autodidacte" (toujours étudiant, il n'a jamais été diplômé), Aaron Swartz a marqué les consciences collectives par ses actions militantes.

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La première date de 2008 : il fait alors sauter le verrou numérique de Pacer – une plate-forme qui regroupe l'ensemble des données des justiciables américains – et rend le système gratuit. Il est ensuite en première ligne dans la lutte contre  SOPA ("Stop Anti Piracy Act" – pour plus d'informations, voir ici), une loi liberticide encadrant le piratage informatique. Il multiplie alors les déclarations, les conférences, et ne semble jamais baisser les armes. Même face à la surdité du politique aux invectives populaires.

C'est pourtant au cours de cette année, où son visage apparaît si fréquemment dans les médias américains, qu'Aaron tombe dans l'engrenage qui lui fera perdre pied en janvier 2013.

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Robin des bois des temps modernes

Obsédé par le fait de rendre la connaissance disponible au plus grand nombre, Aaron Swartz passe à l'action en juillet 2011. En se branchant sur le serveur du MIT (pour Massachussets Institute of Technology – l'une des plus prestigieuses universités américaines), il "aspire" des millions de pages de documents académiques, propriété de la base de données JSTOR, pour les diffuser gratuitement.

Débusqué, il est arrêté un soir d'été, en flagrant-délit, menotté puis envoyé en prison. L'université porte plainte, et la justice américaine est tentée d'en faire un exemple.

Aaron Swartz en train de récupérer l'ordinateur qu'il avait placé dans un local du MIT

Aaron Swartz en train de récupérer l'ordinateur qu'il avait placé dans un local du MIT

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Il risque alors 50 ans de prison et un million de dollars d'amende. Malgré des négociations qui se sont étalées sur deux ans entre la justice américaine et ses avocats, le jeune homme semblait condamné à passer au moins quelque mois derrière les barreaux. Un acharnement et un enfermement insupportables pour un homme qui a passé son temps à chercher des solutions pour élargir l'horizon des possibles.

Deux ans après, épuisé psychologiquement, las de se battre contre un système dont il ne peut triompher complètement, Aaron Swartz met fin à ses jours. Et laisse le WWW endeuillé de la perte de son fils prodigue.

The Internet's Own Boy : hommage posthume

Si l'histoire a ému une grande partie des médias (on se souvient notamment du long focus de Télérama sur la vie du jeune homme) ainsi que les réseaux sociaux, il manquait une pierre définitive à cette affaire tragique. Elle semble être apportée par le réalisateur Brian Knappenberger à qui l'on doit le long métrage The Internet's Own Boy, dévoilé en avant-première aux festivals de Sundance, SXSW et Hot Docs.

Autant qu'un "compte-rendu" de son brillant parcours, il est un diagnostic sur les raisons de sa chute. Il sera disponible à partir de la semaine prochaine en Creative Commons, à l'achat ou en VOD alors que son auteur fait actuellement le tour des plateaux pour présenter le projet.

The Internet's Own Boy - Trailer from FilmBuff on Vimeo.

Récemment sur celui du Huff Post Live, il a rappelé que l'acharnement judiciaire est un facteur qu'on ne peut exclure pour comprendre la fin prématurée de l'enfant de l'Internet.

Les vingts premières minutes du docu

Le Monde, via sa plate-forme Pixels, propose depuis aujourd'hui, lundi 28 juillet, les vingts premières minutes du documentaire en streaming gratuit et en version sous-titrée français. Une bonne manière de voir enfin ce que The Internet's Own Boy a dans le ventre avant de passer à l'acte (à noter que le quotidien a également proposé des sous-titres pour l'ensemble du long-métrage, ainsi qu'une critique plutôt complète et bien foutue).

Disponible en location ou à l'achat uniquement sur le territoire américain, il faut malheureusement passer par des biais détournés et/ou illégaux pour l'obtenir en intégralité. Un comble qui ne retire rien au plaisir de découvrir enfin cette biographie (presque) officielle d'Aaron Swartz.

Par Tomas Statius, publié le 01/08/2014