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Les collages de Jesse Draxler nous plongent dans un univers ténébreux et tourmenté

Publié le

par Konbini

Un artiste aux multiples facettes chez qui l’obscurité l’emporte sur la lumière.

L’inconnu et les paysages intérieurs nourrissent les collages noirs et lunaires de l’artiste multidimensionnel Jesse Draxler. Formes de pensées, paysages d’idées, ses œuvres semblent exorciser les démons de la souffrance, du déni, afin de produire du sens dans un environnement lugubre.

De ses figures découpées et déchirées s’échappent une tension et une angoisse palpables, nimbées d’une atmosphère irréelle. Ces apparitions obsédantes nous invitent dans un monde sans pesanteur, aussi ambigu que séduisant, qui révèle autant qu’il opacifie : "J’essaie de laisser mon travail aller là où il veut", explique l’artiste à Cheese, avant de poursuivre :

"C’est un espace inconnu, imaginaire, mais c’est aussi un état d’esprit. Ça existe. C’est quelque chose qui se fait jour d’une manière ou d’une autre. C’est parfois très terre à terre et d’autres fois complètement fantastique. Je ne sais pas ce que c’est et c’est là tout l’intérêt. Par mon travail, je cherche quelque chose en plus − une dimension presque chimique."

Issu d’une famille de mécaniciens, Jesse Draxler a grandi dans le Wisconsin rural. Enfant, il a passé des heures et des heures à étudier les dessins industriels des voitures, des camions et des moteurs. Plus tard, à l’adolescence, c’est pour la musique et le son qu’il va développer une obsession qui s’avérera primordiale dans sa créativité :

"La musique a toujours joué un rôle majeur dans ma vie, et par conséquent dans mon travail artistique. La musique peut être une manière de créer une tonalité dans laquelle l’œuvre va se situer, ou de déclencher des émotions qui vont s’exprimer dans l’œuvre. Une grande partie de ma pratique consiste à traduire ce que j’entends par ce que je vois. Avec le temps, cette dimension s’est étendue de la musique au son en général. J’écoute souvent attentivement le paysage sonore de mon environnement et cela m’inspire parfois beaucoup également."

Entre philosophie et thérapie

De même que le travail de Jesse Draxler est bercé de taoïsme − spontané, éternel, naturel et innommable −, ses œuvres sont chargées des traumatismes et des vides de la mémoire. Ces fissures dans les souvenirs confèrent à l’œuvre kaléidoscopique de Jesse Draxler une qualité particulière d’immédiateté et d’éternité. Mélanger des fragments de l’humain et de la nature lui permet d’examiner son moi profond à travers un nombre infini de perspectives.

Avec cette déconstruction d’images récoltées et d’identités fragmentaires, Jesse Draxler compare sa pratique au procédé scientifique de lentille gravitationnelle, utilisé pour chercher la matière noire dans les recoins de l’univers, afin de voir comment la lumière se courbe autour de la substance sous l’action de la gravité :

"C’est parce que je ne me limite pas à un seul medium que j’obtiens ce résultat. Je ne suis pas le genre d’artiste qui travaille trop longtemps sur quelque chose. Je cherche en permanence à pouvoir entrer et sortir de l’œuvre.

La partie physique de l’œuvre est la plus satisfaisante, mais il y a tout un travail avec les idées et les émotions qui fait qu’à un moment, je ne peux tout simplement plus me supporter. On ne peut pas me demander d’être trop constant dans mes pensées ou mes émotions. Je pense que mon cycle de media et de méthodes de travail en témoigne de façon presque rituelle."

Créatrice mais aussi destructrice, l’approche holistique de Jesse Draxler l’empêche de se cloisonner dans une catégorie trop restreinte, notamment grâce à son refus de la couleur. Sa palette monochrome fait émaner l’essence même de sa nature abstraite, où confluent deux chemins : la création et la découverte de soi, qui finissent par n’en former qu’un.

"Je suis ce qu’on appelle généralement un daltonien, mais j’ai estimé qu’il était nécessaire de foncer vers la couleur plutôt que de la fuir. Mes premières études étaient très colorées, mais après, j’ai tout simplement tout abandonné. Ça n’était pas une décision particulièrement importante.

C’est presque rétrospectivement que je m’en suis rendu compte. Ça coïncidait avec le début d’une période introspective, d’honnêteté vis-à-vis de moi-même. C’est grâce à cela que j’ai pu traduire visuellement de nombreuses réflexions philosophiques que j’avais."

Par sa peinture et ses collages, c’est au monde nuancé des doutes, des zones grises entre l’incertitude et l’absurdité que s’adresse Jesse Draxler. Au sein de cet espace, les superpositions puisent leur force de l’obscurité, ouvrant vers le néant. Presque masquée, la présence de l’artiste s’infiltre dans tout un corpus vivant d’œuvres qui respirent et cherchent à nous montrer ce que l’on relègue sous les couches de la conscience.

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Le premier livre de Jesse Draxler, Misophonia sera disponible à partir du 4 mai sur le label Sacred Bones Record.

Traduit de l'anglais par Dario Rudy, texte de James Musker.

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