AccueilÉDITO

Club Docu : avec Berlin Way of Love, plongez dans l'amour à la berlinoise

Publié le

par Vincent Glad

Comment s'aimer dans une ville où on se dit sans cesse au revoir ? Deux jeunes expatriés français à Berlin posent la question dans le documentaire Berlin Way of Love, diffusé jeudi prochain dans le cadre du Club Docu de Konbini diffusé le 21 avril prochain.

L'amour est un angle mort des études urbanistiques : comment se rencontre-t-on, comment s'aime-t-on, comment se sépare-t-on dans les grandes capitales ? Matthieu Douard et Salama Marine ont étudié un cas bien spécifique, Berlin.

Entre Berlin et l'amour, it's complicated. Pourtant Berlin déborde d'amour. L'amour est partout, dans le sourire des passants, dans le scintillement des open-air, dans les darkrooms du Berghain, dans les cocktails de pilules. Mais l'amour, le vrai, le fort, le durable, semble glisser sur la capitale allemande comme la joie sur le visage d'Angela Merkel.

Le documentaire s'ouvre sur ce constat amer de Bukowski : "L'amour, est comme la brume au petit matin avant que le soleil ne se lève. Ça tient un instant et puis ça s'évapore. L'amour est une brume qui disparaît à la première lueur de réalité." À Berlin, trop souvent, le rimmel coule sur les paillettes.

L'éternité n'est pas une valeur berlinoise. Berlin est une parenthèse qui finit toujours par se refermer, une ville où l'on se dit sans cesse au revoir. Un Club Med pour expats, qui viennent épuiser les dernières lueurs de leur jeunesse et retournent au pays pour enfin devenir adultes. L'amour commence dans la moiteur d'un club et se termine sur le tarmac de Schönefeld.

"Si l'amour était un champ de bataille, Berlin en serait le camp d'entraînement, avance Claudio, blogueur sur I Heart Berlin, dans le documentaire. Ce que je veux dire par là, c'est que Berlin t'apprend à surmonter les peines de cœur. Tu peux être faible, doux et gentil, bien sûr, mais Berlin t'en mettra plein la gueule".

La liberté est la valeur cardinale de ce Koh-Lanta pour célibataires. Les gens sont avant tout amoureux de leur propre liberté.

"Les Berlinois que je rencontre ont toujours le même problème, explique Basti, un jeune Allemand. Ils s'attendent à de la stabilité de la part de leur partenaire alors qu'ils agissent comme des célibataires. C'est aussi l'une des raisons pour laquelle ils sont venus à Berlin, pour vivre librement".

"Berlin est comme le Vegas de l'Europe", disait joliment Dr Dot, un chroniqueur allemand. "Les gens viennent ici pour jouer. Pour la plupart d'entre eux, une relation représente trop d'efforts". Et pourtant, le documentaire de Matthieu Douard et Salama Marine montre un Berlin inondé de soleil, joyeux et dansant. Un Berlin au cœur asséché mais qui n'oublie jamais le charme de ces inépuisables après-midis de mai, à danser une bière à la main au bord de la Spree.

Et  Salama Marine d'expliquer :

"La réalité de la vie berlinoise c'est ça aussi. On vit des moments incroyables, avec des personnes venant du monde entier, on partage un même sentiment, très intense... mais qui peut s'évaporer dès le lendemain, lorsqu'est venu le moment de s'en aller.

Il ne se passe pas un mois sans qu'il faille dire au revoir à un/une ami(e).  C'est une chose inévitable lorsque l'on vit dans cette ville, c'est peut-être aussi pour cela que les relations d'amitiés et d'amour s'en retrouvent d'autant plus fortes. Parce que l'on sait qu'elles ont une fin."

C'est tout le paradoxe de ce documentaire : constat désabusé sur l'amour à la berlinoise en même temps que déclaration d'amour à la ville. On comprend au final la valeur qui domine Berlin : le culte de Berlin lui-même. Et tant pis pour l'amour, cette contingence.

Plus d’infos sur l’événement Facebook de la projection prévue le 21 avril prochain

Le Club Docu, tous les troisièmes jeudis du mois à 19 heures à la Gaîté Lyrique, 3 bis rue Papin, Paris 3e. Entrée libre. Curateur : Julien Potart, réalisateur chez Konbini (T-Shirt Stories coréalisé par Canal+ et Arte). En partenariat avec la Gaîté Lyrique.

(Disclaimer : cet article manque totalement d'objectivité, les deux réalisateurs du documentaire étant des amis et l'amour à Berlin étant, disons, un sujet, un peu trop concernant pour l'auteur.)

À voir aussi sur konbini :