Vamp – membre du PS Crew

Vamp : Le graffeur portait un attaché case

Kristian Holmes, 32 ans, était VAMP. Un des "writers" les plus célèbres de la scène graffiti londonienne. Retour sur les à côtés de son arrestation pour un billet libre autour de la perception du graffiti aujourd'hui. 

Vamp - membre du PS Crew

Chaque époque a son king. Une figure qui a représenté plus que les autres et apporté au graffiti ses lettres de noblesse. Chaque époque et surtout chaque cité a son O'CLOCK, son SEEN, ou son STOR (pour ce qui est de la scène lilloise). Et pour Londres, VAMP représentait tout ça. Une époque, une ville, un quartier, une signature.

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4 bombes et un mégot de cigarette

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Membre du PS Crew depuis plus de dix ans, le londonien cartonnait tout ce qui bougeait et forçait le respect des autres writers. Des trains, des murs, pour une rumeur colorée se propageant d'East London jusqu'aux rivages ensoleillées d'Ibiza. Une rumeur qui a connu un arrêt cinglant il y a quelque temps déjà.

Après avoir échappé aux forces de l'ordre plusieurs fois (notamment en 2009 devant le célèbre café 1001 à Bricklane), VAMP a été identifié, arrêté, condamné. Clou de l'investigation ? Une carte de Londres indiquant le lieu de ses méfaits colorés, des bombes et un mégot de cigarettes portant son ADN retrouvés à côté d'une de ses peintures. Confondant.

Vamp - Whole Car

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Selon le Daily Mail qui apportait la mauvaise nouvelle, il devrait passer ses trois prochaines années sous les verrous. Et les ennuis ne s'arrêtent pas puisque c'est la somme de 250.000 livres sterling qu'il doit à l'état britannique. Double-peine.

À propos de ses agissement en tant que peintre vandale, la procureur James Murray-Smith en charge de l'affaire n'était pas tendre :

Monsieur Holmes est un prolifique graffeur vandale. On ne parle pas ici de peintures imaginatives comme celles de Bansky. Je dirais qu'il s'agit ici simplement de dégradation pure et simple et de dégradation ennuyeuse et attristante pour la majorité des gens.

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Le graffeur portait un attaché case

Et l'intérêt de l'information ne tient nullement à ce déballage de faits. Ce n'est pas la chronique judiciaire qui nous intéresse mais plutôt l'identité de celui qu'on ne connaissait que par ses gros tags faits à la va-vite, ou ses flops habiles.

D'abord, il faut bien l'avouer, pour satisfaire notre curiosité maladive. Ensuite, parce que l'information (et la couverture qui lui a été offerte dans les médias britanniques) est assez révélatrice de la perception du graffiti de nos jours.

Kristian Holmes aka. Vamp

VAMP était en fait Kristian Holmes, un chargé d'études dans une société tout ce qu'il y a de plus respectable . Père de deux enfants, il donnait tous les signes extérieurs d'une vie paisible, rangée et même bourgeoise. Imper' sur le dos, attaché-case à la main.

Et quelle surprise pour ses proches quand on annonce avoir trouvé à son domicile le petit nécessaire du peintre vandale : la carte de Londres, un bleu de travail plein de peintures, des bombes. Et quel étonnement quand les médias anglais ont fait l'étalage des ruses qu'il a mises en oeuvre pour échapper aux forces de l'ordre. Des courses poursuites aux fausses vidéos postées sur internet pour brouiller les pistes.

"On arrête pas Voltaire"

Si le fracas de l'information suffit à expliquer la couverture massive dont elle a fait l'objet, autre chose frappe à la lecture de différents articles (et particulièrement celui du Daily Mail). Comme une mise en scène exagérée de l'incongruité de la situation.

Kristian Holmes, figure bonhomme, job sympa, position sociale assise - bombe à la main ? Pas possible.

Père responsable, mari exemplaire vaquant la nuit à faire des gribouillis innommables sur la voix-ferrée ? Inconcevable.

Tout ça jure socialement. Ou du moins la représentation communément admise du graffiti détonne face à l'exemple de ce mec terriblement normal que l'Angleterre semble construire en vandal assoiffé de dégâts. Inspiré, le blog "London Vandal" écrit à ce sujet :

Qu'est ce qu'ils croient ? Que tous les graffeurs portent des sweats à capuches et se saoulent la gueule.

Pourtant, Kristian Holmes n'est ni plus ni moins que le visage du graffiti aujourd'hui. Celle d'un mouvement dont les origines sociales sont bien évidemment à rechercher dans les faubourgs des cités, mais dont les orientations ne saurait se limiter à pareille catégorisation.

Au terme de cette exploration deux remarques semblent de mise :

1) S'il y a une leçon de tirer de tout ça, c'est la profonde incompréhension et déconsidération dont fait l'objet le graffiti. À l'heure où l'on écrit ces lignes, on aime à se souvenir d'un célèbre épisode de 1968. De Gaulle, alors président de la République, décida de ne pas arrêter Jean-Paul Sartre alors qui s'adonnait à son rôle d'agitateur politique notoire. Raison invoquée : "On arrête pas Voltaire", tonnait le général face au préfet de police. On aimerait voir pareille clémence pour ce qui est de cette forme d'expression.

2) Car ce qu'il faut rappeler c'est que tout ça ne mérite pas forcément (de notre point de vue, du moins) la pénalisation qui lui est offerte. Ce n'est finalement qu'un peu de peintures et de créativité.

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Par Tomas Statius, publié le 19/06/2013

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