Un nouveau Banksy a disparu

À Londres une nouvelle oeuvre de Bansky a disparu. Elle pourrait être vendue aux enchères lors d'une soirée caritative au printemps prochain. 

Banksy

"Bring Our Banksy Back". Les habitants de Tottenham n'ont que ce mot à la bouche. "Bring Our Banksy Back", comme une rengaine, un mot d'ordre, mais aussi la revendication de quelque chose comme un petit bout de propriété. Car même s'il était dans la rue, s'affichant sur la devanture d'une échoppe, ce pochoir du street-artist était un peu le leur. Il fallait le rappeler.

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Un nouveau Banksy disparu

Dans le quartier de Tottenham depuis 2009, au croisement de High Road and Philip Lane, une oeuvre de l'activiste britannique de la peinture aérosol se donnait à voir. Intitulée "No Ball Games", elle mettait en scène deux gamins se jetant, comme un ballon, une pochette sur laquelle le titre de l'oeuvre était inscrite à la peinture blanche.

Comme un défi à l'autorité, à la bienséance, à ce qu'il faut dire ou faire. Une provocation présente dans l'acte même de graffer que l'artiste voulait probablement souligner quitte à être un peu redondant.

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Une provocation qui fait partie du patrimoine du quartier anglais mais ne sera visible que sur papier glacée. Ou "en bloc" si vous avez quelque centaines de milliers d'euros à débourser.

Des murs granuleux d'une échoppe londonienne vers le coffre d'une maison d'enchères jusqu'à, probablement, un mur blanc d'une galerie. Cette oeuvre de Banksy a en effet fait le même chemin que "Slave Labor" dont la disparition avait provoqué un grand émoi dans le quartier de Haringey, au nord de la capitale britannique.

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Envolée du jour au lendemain, la peinture a été recouverte par des plaques avant qu'une grande partie ne soit retirée de son emplacement d'origine. Ne reste que la petite fille (à droite de l'oeuvre) dont le transfert devrait être assurée incessamment sous peu selon Tony Baxter, le grand méchant dans l'histoire.

L'oeuvre a été séparée en trois morceaux

NGO-Washing

Même histoire donc, mais également même protagonistes. Disparue un jour des murs londoniens, c'est, comme en février, sur le site de l'agence SINCURA que l'oeuvre de l'artiste originaire de Bristol réapparait. Petit descriptif, affirmation de la qualité esthétique de la pièce mais surtout justification, à mots couverts, d'un vol.

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Ni plus ni moins :

De nombreuses tentatives ont été faites pour mutiler l'oeuvre, notamment en 2012 par King Robbo, un rival de Banksy. La pièce a été retirée dans le but d'être restaurée à la hauteur de sa beauté d'antan, et ce en raison des travaux dans le quartier et d'une inquiétude croissante à propos de sa sécurité.

 

Alan Strickland, élu du coin, n'en finit pas d'être scandalisé. 

Stocké et sous bonne garde, le "Bansky" devrait être vendu au printemps 2014 dans le cadre d'une soirée caritative pour l'association venant en aide aux personnes handicapés, Step by Step.

Et évidemment le PDG de l'entreprise en question n'a pas voulu répondre aux sollicitations de la presse sur la provenance de la pièce. Bien sûr les recours en justice ont peu de chance d'être concluant en raison du caractère public de l'oeuvre. Le street-art, c'est à personne et une peu à tout le monde. Ce qui en fait son charme mais aussi l'exploitation financière dont il est l'objet.

Vide juridique et patrimonalisation

Ce que l'on oublie bien souvent, c'est qu'en plus d'être une forme d'expression artistique "populaire", parce que gratuite, le graffiti (ou le street-art peu importe le nom) est également, consubstantiellement éphémère. Chaque jour à Lille, Paris, Londres, Caracas, aux quatre coins du monde, des graffiti meurent de vieillesse, d'intempéries ou sont juste repassés par quelqu'un qui verrait bien le sien à la même place, sur le même mur.

Et en soit cela n'a rien de dramatique. Cette destruction créatrice est à la base de ce mode d'expression bien que parfois cause, on vous l'accorde, de querelles. Elle fait de l'air dans la scène, permet le renouvellement et la vie de certains murs.

Banksy repasse une pièce de Robbo

L'idée de ce développement est de dire qu'outre un certain vide juridique sur le statut des oeuvres dans l'espace public, une certain "patrimonalisation" du graffiti est en cause. Car faut-il le rappeler, en plus d'être gratuit et éphémère, l'art de Bansky (et de la bombe en général) a l'originalité, d'être reproductible. À l'infini et facilement.

Nul doute qu'alors, un de ces jours, l'artiste repassera du côté du Tottenham, posera deux, trois sprays et fera ce qu'il a à faire. Car en plus de la primauté de l'idée, c'est encore lui qui possède le patron de "No Ball Games". Et de tous les autres.

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Par Tomas Statius, publié le 29/07/2013

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