Spring Breakers : trois règles pour vendre un film aux ados

Aujourd'hui, pour vendre un film aux adolescents, il faut suivre trois règles. Celles utilisées par Spring Breakers. 

Quatre filles fauchées braquent un fast-food. Leur plastique est parfaite et leurs agissements, à coup de gros fusils à pompe, sont provocateurs. Leur objectif ? Se faire de l'argent pour aller à un spring break américain. Ça paraît extraordinaire, déplacé ou "YOLO" (You Only Live Once) comme on dit.

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En l'espace d'un coup d'oeil au scénario, à la bande-annonce et à l'affiche, vous avez des ingrédients sulfureux propre à faire parler : de la violence, de jolies filles et du sexe, implicitemment liés à la légende colportée par le spring break. Cette "semaine de relache" alcoolisée, comme nous l'indique Wikipedia est le fondement de Spring Breakers, un film à la promotion ambivalente, entre références superficielles à Disney et Britney Spears et sexe, drogue et violence.

Disney tu détourneras

La star de Spring Breakers n'est pas James Franco, caché derrière ses dents argentées et ses cheveux en tresse. En réalité, tous les regards se tournent, pour les adolescents et adolescentes, vers les filles : Selena Gomez, Vanessa Hudgens et Ashley Victoria Benson.

Toutes trois ont incarné des personnages culcul la praline qui sont aujourd'hui des références chez les jeunes ados. Selena Gomez ? Elle jouait dans la série Disney Hannah Montana. Vanessa Hudgens ? Son personnage de Gabriella Montez, jeune élève modèle dans la comédie musicale High School Musical estampillée Disney, c'est elle. Ashley Benson ? Mannequin, elle a eu un rôle dans le soap opéra Des jours et des vies. Autant dire que les thèmes abordés au cours de ces séries n'avaient rien en commun avec ceux de Spring Breakers.

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Gabriella Montez, jouée par Vanessa Hudgens, dans la série High School Musical

Pourquoi un tel changement d'image ? Il faut se tourner vers Harmony Korine, le réalisateur du film, pour mieux comprendre. Son inspiration s'appelle Britney Spears, pop star qui a connu une déchéance physique il y a quelques années :

Je pense que c'est un personnage intéressant, une ancêtre en quelque sorte de cette idée, d'avoir un rêve pop, une fille typiquement américaine, qui prend en quelque sorte un chemin déviant. En plus, elle est une sorte de prédecesseur à ces actrices.

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Et d'ajouter :

Tout le monde les connaît [Selena Gomez, Vanessa Hudgens et Ashley Victoria Benson, ndlr] sous un certain angle, elles ont un peu cette image Disney et je trouve très amusant de les pousser vers une autre réalité.

Prendre à revers la pop culture Disney pour lui mettre une claque, aucun problème. Mais Harmony Korine abuse de ses chères petites têtes blondes pour mieux attirer dans les salles une certaine population adolescente.

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Des clichés sexuels tu abuseras

Pour mieux illustrer sa production, le réalisateur n'a pas hésité à les dénuder via les affiches du film. Toujours en maillot de bain.


En un mois, trois bandes-annonces ont été diffusées. La première faisait office d'introduction aux personnages. La deuxième apportait un élément non-négligeable : une version "non-censurée". En gros, plus de flingues, plus de filles, plus de drogue, plus de fête.

La troisième, diffusée aujourd'hui, démontre le franchissement d'une nouvelle étape : c'est une bande-annonce "NSFW", soit "Not Safe For Work" (pas conseillé à regarder au bureau).

Comme NME le titre :

James Franco and Selena Gomez star in NSFW 'Spring Breakers' trailer.

Deux noms connus et un mot, NSFW, qui fait cliquer. On a connu plus subtile comme promotion cinématographique. Comme prévu, on peut voir ce fameux bandeau rouge qui annonce des restrictions au niveau de l'âge :

Sexy tu paraîtras, indé tu seras

L'aventure Spring Breakers commence en mai 2012. Pas à Los Angeles, lors d'une avant-première de blockbuster. Non. Mais lors du Festival de Cannes, où trois minutes du film sont révélées pour la première fois. Dans la foulée, le film est choisi par la 69ème Mostra de Venise pour concourrir au Lion d'Or, aux côtés de The Master de Paul Thomas Anderson ou de Passion de Brian de Palma.

Résultat, le film apparaît avec deux critères ambivalents : une coote de film "indé" pour l'industrie du cinéma, gage de sérieux et de qualité, qui est reservé pour des compétitions cinématographiques réputées; une cote de film pour adolescents qui mélange le subversif de Projet X avec des musiques affriolantes, comme Skrillex ou SebastiAn.

Comme le rappelle Télérama, Spring Breakers est avant tout un film violent :

Le film qui a des allures de vacances vodka-bikini est en fait un film trash interdit aux moins de 12 ans avec avertissement. Il contient notamment des scènes de tueries relativement gores, de sexe en groupe, de la drogue et des flingues...

Aux États-Unis, le film est interdit au moins de 17 ans. Mais en France, ce n'est qu'aux moins de douze ans qu'il a été interdit. Comme l'explique Brain Magazine, qui a assisté à l'avant-première donnée le 19 février dernier au Grand Rex :

Pendant 1h30, [la séance] n'aura été perturbé que par les départs précipités de dizaines de parents outrés, et d'enfants pleurant à chaudes larmes.

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Par Louis Lepron, publié le 22/02/2013

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