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Romain Veillon : de l'urbex dans le désert

La pratique photo de l'urbex, ce n'est pas que des paysages industriels piochés dans notre bonne vieille Europe. Romain Veillon est allé découvrir Kolmanskop, un village abandonné depuis 1958 et uniquement peuplé par le désert. Entretien avec ce photographe à l'oeil aventureux qui ramène de son voyage une impressionnante série de photos, Les Sables du temps.

Romain Veillon

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Nous vous avions déjà parlé de Romain Veillon, jeune photographe de 29 ans passionné d'urbex. De quoi ? Mais si, voyons : l'exploration urbaine. Cette pratique essentiellement photographique consiste à visiter des lieux inédits, insolites, et d'en rapporter des clichés sans altérer la tranquillité du lieu. la plupart du temps fermés au public, ces endroits sont les terrains de jeu préférés de Romain qui nous expliquait alors :

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J’ai toujours aimé visiter des lieux abandonnés. On se prend vite au jeu du voyage dans le temps. On a l’impression de contempler les vestiges d’une autre époque.

Évidemment, ça nous a rendus curieux.

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Romain nous prouve à nouveau son talent de la découverte et la précision de son oeil photographique. Il revient avec une toute nouvelle série intitulée Les Sables du Temps, capturée à Kolmanskop, en Namibie. Là, un village jadis monté dans l'effervescence de la chasse aux diamants n'est plus habité que par les innombrables grains de sable du désert qui a lentement repris ses droits sur les habitations bâties par les hommes.

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Le photographe raconte sa rencontre avec ce lieu mystérieux :

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J’y suis resté deux semaines. L’endroit est assez reculé en Namibie, près de la frontière sud-africaine, à côté de Lüderitz. Ce n’est pas très compliqué de s’y rendre mais tout de même assez long. [La ville la plus proche], Lüderitz, est située à une dizaine de kilomètres de là. 

Et de poursuivre :

Mais comme Kolmanskop est la seule attraction touristique de la région, cette ville aussi dépérit petit à petit. Généralement, les touristes ne font que passer et font une visite de deux heures de la ville abandonnée.

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C'est une fameuse photo de Chris Gray qui a fait redécouvrir cet endroit au monde entier. Romain Veillon l'avoue : "je crois que la première fois que j’ai découvert cet endroit, c’est justement grâce à la photo de Chris Gray publiée dans National Geographic. Mais c’est surtout l’année dernière quand j’ai vu le film Samsara que j’ai redécouvert les images de Kolmanskop en version timelapse et que j’ai décidé de partir là-bas pour réaliser un reportage photographique".

Même s'il a connu l'existence de ce lieu fantomatique grâce au travail d'un confrère, le photographe français a décidé de se l'approprier à sa propre manière : "je ne me suis pas vraiment inspiré de la photographie de Chris Gray même si la pièce dans laquelle elle est prise est un passage obligé de l’exploration de la ville. D’ailleurs, il est difficile d’être original dans cette pièce et je préfère essayer de ne pas trop voir d'images du lieu avant de l'explorer".

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Tout amateur d'urbex vous le dira : avant le délice de la prise de photos, un grand travail en amont est nécessaire. Afin de connaître l'endroit que vous allez explorer, mais aussi pour connaître les limites de votre champ d'exploration. Romain Veillon ne déroge pas à la règle :

La région où est située cette ville fantôme est le [parc national de] Sperrgebiet et est fortement règlementée par "Namdeb", association de l’État Namibien et du grand groupe diamantaire De Beers.

D'où quelques difficultés à s'introduire :

Ce qui veut dire qu’il est impossible de se rendre dans la majeure partie de cette région où les mines sont encore en activité et que Namdeb garde farouchement. C'est dommage car les paysages et la faune sont extraordinaires et il reste des dizaines de mines et de villages abandonnés là-bas. Plus personne n’habite à Kolmanskop depuis 1958, il y a un juste poste frontière à côté de l’entrée où sont obligés de passer les mineurs qui travaillent dans les mines plus au sud et qui sont obligés de passer par ce checkpoint.

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Finalement, plus que le lieu en lui-même, c'est la lumière exploitée par l'objectif de Romain qui rend cet endroit si particulier. Il explique son processus de travail : "Le permis photographique permet de se rendre sur place du lever de soleil au coucher de soleil. J'ai passé de nombreux jours sur place. J’ai réussi à obtenir plusieurs lumières différentes en fonction de l’heure, même s'il est obligatoire de revenir plusieurs fois au même endroit pour avoir exactement le rayon de soleil que l'on veut".

C'est l'aurore qui est décisive :

J’ai privilégié le plus souvent le soleil du petit matin qui permettait d'éclairer la pièce exactement comme je le souhaitais. Comme par exemple pour la fameuse pièce de Chris Gray qui est envahie par une lumière très forte dès l’aurore et qui varie pratiquement à chaque minute.

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On a l'impression de découvrir une nouvelle pièce en fonction de la lumière à chaque heure. Les variations de couleurs sur le sable et sur les murs sont vraiment incroyables ! Et c'est valable pour presque toutes les maisons de la ville. La lumière est réellement l’élément central de toutes ses prises de vue.

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Nous avions remarqué Romain Veillon grâce à son travail d'urbex dans les prisons de Loos, dans le nord de la France. Entrée confidentielle, paysages de béton et de métal qui s'entrechoquent... son travail photographique s'inscrivait alors tout à fait dans le principe d'exploration urbaine, dans sa plus pure tradition clandestine.

Mais peut-on parler d'urbex dans le cas d'un village comme Kolmanskop ? Selon lui, pas tout à fait : "je trouve que c’est un peu réducteur pour une ville comme Kolmanskop qui est chargée d’histoire".

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Ce qui lui fait dire :

On ressent que la nature a repris ses droits et est en train petit à petit de faire disparaître la création de l’homme. Le sable a un côté intemporel qui renforce cette impression. En plus, ici ce n’est plus un bâtiment mais toute une ville - où plus de 1.200 personnes ont vécu - qui est à laissée à l’abandon.

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Du journalisme ? De l'urbex ? Pour Romain Veillon, cela va plus loin que ça :

Il y a une dimension plus artistique que "reportage", comme cela peut être le cas dans beaucoup de lieux en urbex. Dans ces cas-là, on essaie de restituer une atmosphère figée par le temps, et non pas de montrer son évolution sur des dizaines d'années et son "retour à la nature", comme à Kolmanskop.

Et Romain Veillon de conclure par cette assertion sincère, preuve de sa passion de découvrir :

C'est surtout un lieu extraordinaire et unique au monde.

Les bluffantes séries de cliché du photographe se découvrent sur son site internet. Idéal pour en prendre plein la vue, visiter virtuellement des lieux hautement improbables et vous donner envie, pourquoi pas, de tenter l'expérience un jour ou l'autre, vous aussi.

Par Théo Chapuis, publié le 12/09/2013

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