Pen & Ink : des tatouages à travers des histoires

« Life is a box of chocolates ». Un peu comme Tumblr d’ailleurs. Mais parfois, on tombe sur de véritables perles, comme celles de  Wendy MacNaughton et Isaac Fitzerald, deux illustrateurs américains basés à San Francisco. Il y a presque un an, une page s’ouvrait avec leur projet Pen & Ink. Des tatouages et leurs histoires.

Christine Hostetler, copywriter - "Quand nous étions petites, ma soeur et moi, on courrait après les abeilles dans les champs de lavandes et on essayait de les apprivoiser sans être piquées. Nous étions émerveillées par leurs petits dards qui pouvaient faire chanceler un adulte"

Christine Hostetler, rédacteur publicitaire : "Quand nous étions petites, ma soeur et moi, on courrait après les abeilles dans les champs de lavandes et on essayait de les apprivoiser sans être piquées. Nous étions émerveillées par leurs petits dards qui pouvaient faire chanceler un adulte"

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L’idée semble simple et le projet a cette touche d’originalité insoupçonnable : partager votre tatouage et l’histoire qu’il véhicule (Ink), mais de manière illustrée (Pen). Pour ses deux instigateurs, les illustrateurs Wendy MacNaughton et Isaac Fitzgerald, plus que le tatouage lui-même, c’est l’histoire de la démarche qui pousse les gens à se faire tatouer qui les intrigue.

Au point de vouloir partager ça et d'y prendre un malin plaisir :

Ça arrive tout le temps de voir des gens tatoués, mais on n'a jamais l'occasion d'entendre la raison de l'acte, ce qui les a inspirés avant de franchir le pas. Quand on choisit de dessiner une marque permanente sur son corps, il y a toujours une histoire derrière. Certaines sont très profondes et personnelles, d'autres sont très courtes et légères.

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Et d'ajouter :

On a commencé ce projet pour partager les anecdotes qu'on a recueillies. On s'amuse bien.

Anna Schoenberger, Manager at Thrift Store : " Pour mes 18 ans, je me suis faite tatouer en hommage à ma grand-mère. J'ai grandi en jouant aux jeux vidéo avec elle. Elle avait une table de bar dans laquelle on posait nos verres pendant qu'on jouait des heures durant. On a joué à Super Mario Bros, mais Pacman, c'était vraiment son jeu. Depuis ce jour, à chaque fois que je la vois, elle commence toujours la conversation en disant: " S'il te plait ne te fais plus de tatouages, Anna". Et à chaque fois je réponds en montrant mon bras: "Je les ai eus en ton honneur mamie". Et ensuite, à chaque fois, elle répond: "Tu es une si bonne petite fille", et sourit.

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Mais Pen & Ink, c’est aussi un projet collaboratif entre les deux artistes et la communauté des tatoués. Pour participer, il suffit de leur envoyer une photo de son tatouage et un bref descriptif anecdotique qui raconte le pourquoi du comment. Certains participants sont des amis de Wendy ou d’Isaac, d’autres des amis d’amis, des cibles potentielles rencontrées dans la rue. Enfin, il y a aussi des anonymes qui viennent des quatre coins du monde.

Parmi les histoires les plus originales, celle du tatouage d’un ex-leader de gang chinois réalisé en un mois dans la prison d’Etat Tehachapi en Californie avec les moyens du bord : un moteur de magnétoscope, une corde de guitare, une pièce d'échec fondue mélangée à de l'encre et du dentifrice. Ou encore le tatouage de Cassie Fritzen : deux colibris en souvenir de son fiancé, mort d’un cancer.

Cassy Fritzen, barman : "Je n'avais jamais été intéressée à l'idée de me faire faire un tatouage jusqu'à ce que mon fiancé, Steve, meurt d'un cancer. Il en avait tellement lui-même, et je voulais le garder en mémoire. (...) "Colibri" : Steve appelait à chaque fois qu'il en voyait un."

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Raymond "Shrimp Boy" Chow, Dragon Head of the Chineese Freemasons : " J'ai pris onze ans à la prison d'Etat de Tehachapi pour du racket. Vraiment dûr cet endroit (...). Un jour, un gamin appelé 007 qui dealait de la drogue pour moi a été pris dans une émeute. Je l'ai transporté à l'hôpital de la prison, mais c'était fermé à cause de l'émeute. J'ai tapé à la porte et crié, et ils l'ont finalement pris à l'intérieur. 007 est revenu me voir et il m'a dit: "Raymond tu m'as sauvé la vie, laisse moi te tatouer". Donc j'ai demandé un dragon. Tu sais combien les chinois aiment les dragons. Il a cassé un magnétoscope pour avoir le moteur et faire un pistolet à tatouage. L'aiguille était une corde de guitare. Pour l'encre, il a brûlé une pièce d'échec noire en plastique, et il a collecté les cendres (..). La douleur était partout".

Tant qu’il y aura des tatouages et des histoires, les deux amis à l’initiative de ce projet Tumblr ont décidé de continuer l’aventure. Work in Progress donc. L’excellent travail graphique de Wendy McNaughton est également publié dans The Rumpus, dont Isaac Fitzgerald est l’éditeur. On n'aura jamais fait couler autant d’encre.

Eric Fletcher, photographe : "Ce tatouage est l'histoire de mes deux "chez moi". Je suis né à Tallahassee, Floride, et j'ai été adopté quatre jours après ma naissance. Trois ans après, avec ma famille, on a déménagé dans le Massachussets. (...) 25 ans après, j'ai reçu une lettre affirmant que ma mère biologique voulait me contacter. On s'est rencontré, on est devenu amis et les questions auxquelles j'avais toujours eu ont commencé à avoir des réponses. (...) Je ne suis pas sûr qu'un membre de ma famille, du Nord ou du Sud, sache en fait ce que ce tatouage signifie. Mais je l'ai fait".

Roxane Gay, écrivain et professeur : " J'ai eu la plupart de mes sept tatouages au bras à l'âge de 19 ans. Je voulais être capable de regarder mon corps et de voir quelque chose que je n'avais pas besoin de détester (...) C'est vraiment tout ce que j'ai toujours désiré le plus."

Article écrit par Florian Bardou. Vous le pouvez le retrouver sur Twitter.

Par Florian Bardou, publié le 05/02/2013

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