Panorama Street : #3 - Toctoc

Au fil du temps, le graffiti change. Mais pas forcément de visage. Avec Panorama Street, on remet tout à plat en interrogeant les acteurs. Aujourd’hui #3 avec Toctoc et ses illustrations Duduss, disséminées un peu partout dans Paris.

Konbini by Toctoc

Konbini by Toctoc

 

Quai Valmy, Bastille, Saint-Germain, le XVIe, etc. Depuis un an, de bien étranges personnages à la mâchoire inférieure proéminente fleurissent sur les murs parisiens aux côtés des Bastek et autres Invaders.

Ce sont les Duduss, signés Toctoc. Leur spécificité : reprendre avec humour et de façon très personnelle des icônes. « J'essaie toujours de mettre une touche d'humour et un côté un peu décalé à mes collages. Les personnes que je réalise en Duduss sont pour moi des sources d'inspiration (acteurs, chanteurs, poètes, peintres, réalisateurs, etc) ou m'ont marqué d'une façon ou d'une autre » explique l'auteur.

Derrière ces collages, se cache un jeune étudiant en graphisme et en publicité, la vingtaine, originaire de la région de Bourges, V. D. de ses initiales ou plutôt Toctoc – son pseudonyme.

D’ailleurs, Toctoc et le street art, c’est d’abord l’histoire d’une rencontre. « J'ai décidé de m'installer à Paris après mon Bac - donc à 17ans -, et c'est à ce moment-là que j'ai découvert tout le street art parisien : c'était une vraie claque ! » s’extasie le jeune artiste, avant de poursuivre : « Je me suis directement intéressé à toute cette culture et deux ans après je me suis mis à coller mes persos ».

 

Un collage Keith Haring-Duduss © photo : Ombeline Guillaume

Un collage Keith Haring-Duduss © photo : Ombeline Guillaume

Pas marteau le Toctoc

Désireux de garder l’anonymat – et même si ses copains de classe l’ont démasqué -, le jeune artiste semble très imprégné par sa famille dans l’exercice de son art. « Toctoc, c'était un surnom que ma famille et mes proches me donnaient quand j'étais petit ». Et d’ajouter : « J'ai appris à dessiner et à peindre, grâce à mon grand père "Papouche" qui m'a appris et donner l'envie de dessiner et de créer. »

Débarqué à Paris, c’est pendant ses heures de cours qu’il a l’inspiration buissonnière et s’invente un monde fait de ses Duduss :

C'était en cours d'Histoire de l'art. J'ai commencé à dessiner un prêtre avec une mâchoire inférieure plutôt énorme. J'aimais bien cette mâchoire donc j'ai refait un personnage dans le même style, puis 2, puis 3... Jusqu'à ce que le modèle Duduss soit là, comme par magie.

Depuis, Toctoc enchaîne les illustrations à tout va et se lance dans des collages parfois audacieux, mais toujours givrés. Au total, avec 36 Duduss posés un peu partout dans Paris, il commence à prendre en visibilité. « Je ne cherche pas la quantité mais toujours à avoir de l'impact. » s’amuse-t-il à faire remarquer.

Keith Haring-Duduss à Saint-Germain by Toctoc

Keith Haring-Duduss à Saint-Germain by Toctoc

Taquin, il poursuit : « Je n'ai jamais eu de problèmes en collant, sauf peut être pour le Batman et Robin-Duduss que j'ai collé au Quai Valmy. » D’ailleurs, un poil joueur, il avoue raffoler de cet aspect, à la fois éphémère et illégal du collage. Toujours en recherche de cette petite excitation, cette montée d'adrénaline, ce yo-yo émotionnel au moment du collage. « C’était un peu compliqué à coller de part le spot que j'avais choisi, mais j'en suis content car ça fait plus d'un an qu'il est là bas et il ne prend pas une ride ! » se réjouit-il.

Absent des murs depuis un ou deux mois, Toctoc n’en démord pas. Il se promet d’être de retour un peu partout dans la capitale dès que possible. « Par contre, je peux te dire que quelques pochoirs Duduss sont en préparation pour cet été. Ils ne demandent qu'à se poser sur les murs de Paris ! » assure-t-il d’un ton enjoué.

Keith Haring, en tête de proue

« Depuis toujours je suis un grand fan de Keith Haring, la simplicité et la force de ses dessins m'ont toujours fasciné. » Toctoc le fait remarquer très justement, mais le papa de l’art urbain dans la continuité de la mouvance pop art fait toujours autant d'émules. Preuve en est avec la rétrospective parisienne au musée d’art moderne qui a fait couler beaucoup d’encre. « Je pense qu'il y a une continuité. Depuis Keith Haring et les autres pionniers, on ne cesse de s'inspirer plus ou moins d'eux, même si le travail de chacun est bien différent » poursuit-il, au moment d’évoquer le street art.

Lire aussi: Keith Haring débarque au musée d'art moderne de Paris

Une collaboration Bastek/Toctoc dans les rues de Paris

Une collaboration Bastek/Toctoc dans les rues de Paris

Au moment d’évoquer son travail graphique, le nouveau-né du street art parisien tient à apporter sa petite définition. « J'aime bien la notion de street art et je pense qu'elle représente pas trop mal ce que je fais. Je colle dans les rues pour apporter un plus aux murs de Paris, c'est bien de l'art de rue je pense ! » Et Toctoc d’enchaîner : « Après, je ne me limite pas qu'au street art, je vais faire des illustrations, des toiles, des customisations, etc... J'aime bien dériver un peu mais j'essaye de ne pas trop me disperser non plus et de garder le street art au centre de mon travail ».

Touche-à-tout, ce street artist de la nouvelle génération n’exclut pas de tester toutes les pratiques de l’art urbain comme le graffiti – pour la beauté du geste. « Je n'ai jamais eu de période graffiti, mais je m'y intéresse pas mal. Je pense qu'il évolue au côté du street art » confie-t-il. Il a par ailleurs signé quelques belles collabos avec Bastek, Gregos ou Avaatar, sans exclure les Tilt, Oré, Paella et consorts. « Je fais rarement le premier pas, mais si on me propose des projets je suis toujours partant ! » conclut-il enthousiaste à l’idée de faire encore plus connaître ses Duduss drôlatiques.

Toctoc en pleine action à Paris / Photo © Bastek

Toctoc en pleine action à Paris / Photo © Bastek

Par Florian Bardou, publié le 12/07/2013