Ryan Gosling dans Only God Forgives

Only God Forgives, l'anti-Drive de Nicolas Winding Refn

Critique de Only God Forgives, film de Nicolas Winding Refn avec Ryan Gosling, Kristin Scott Thomas et Vithaya Pansringarm.

Ryan Gosling dans "Only God Forgives"

Julian (Ryan Gosling) marche lentement dans un couloir rougeâtre tapissé de dragons. La caméra le suit jusqu’à ce qu’il s’arrête à ce qui semble être une entrée. On ne décèle rien, sinon un noir envahissant. Doucement, son bras se lève, sa main pénètre dans la pénombre. Comme s’il jaillissait de nulle part, un sabre coupe l’air, et son avant-bras avec.

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À l’image de cette scène, le nouveau film de Nicolas Winding Refn devrait en surprendre plus d’un.

Le quiproquo Drive

Pour son deuxième film avec Ryan Gosling, le réalisateur danois revient à ses vieux démons. Drive ? Un film de commande dont il a su remanier le scénario et amoindrir le budget (à l’origine, Hugh Jackman et Universal voulait en faire une franchise) pour le rendre tenace, singulier. Et il trouve en 2011 son public ainsi qu'une critique positive.

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Pour autant, si les fans pensaient retrouver dans Only God Forgives un Drive bis à la sauce thaïlandaise, ils peuvent ici se mettre une droite dans l’œil. Alors que le précédent film de Nicolas Winding Refn suivait un justicier mutique sur fond d’une sombre romance, le nouveau raconte l’impuissance d’un homme, Julian.

Son frère mort, sa mère (Kristin Scott Thomas) réapparaît. Furieuse, castratrice, sans pitié avec le seul fils qu'il lui reste, elle n’a qu’une idée en tête : venger la mort de sa progéniture. Jamais on n’aura vu l’actrice britannique si charismatique, accrochant la rétine avec cette présence vulgaire qu’on ne lui connaissait pas. Elle nous fait même penser à Jacki Weaver, la mère de la fratrie australienne d'Animal Kingdom.

Kristin Scott Thomas dans "Only God Forgives"

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En face, Nicolas Winding Refn dessine la mort. Son visage prend les traits de Vithaya Pansringarm, un acteur thaïlandais terrifiant : il fournit, conditionne et contrôle sa violence. Ses gestes, ses pas et ses agissements semblent être calculés à la perfection, tels ceux d'un mi-homme mi-Dieu, mi-homme mi-diable.

Un film hypnotisant

Un tryptique cinématographique s’échappe de Only God Forgives : une musique prenante, des décors idéaux pour une photographie hallucinante et des acteurs – excepté Kristin Scott Thomas, muets. L’image parle, l’acteur se tait et l’on s’enfonce dans ce Bangkok lumineux où la mort et la souffrance règnent.

Nicolas Winding Refn suit lentement mais non sans rythme les chemins de ses personnages à l’aide d’un scénario qui pourrait tenir sur une serviette de restaurant. Mais voilà : pour prendre à rebours Drive, pour prendre à rebours les films de vengeance, matrice d'un certain cinéma asiatique, le cinéaste découpe avec une précision folle son sentier et le ponctue d’une violence fétichiste, presque perverse.

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Un couloir de "Only God Forgives", Ryan Gosling en noir

Le cœur du film prend place dans les couloirs. Le réalisateur danois cite avec emphase Stanley Kubrick et son Shining, incorporant dans les portes les rêves, peurs, fantasmes et futures réactions inconscientes de Julian, incarné par un Ryan Gosling impressionnant de maîtrise. Une maîtrise d'ailleurs capturée par Larry Smith, directeur de la photo sur Eyes Wide Shut.

Avec Only God Forgives, le Danois tue dans l’œuf Drive et la figure romantique de Ryan Gosling. Sur les côtés, Kristin Scott Thomas et Vithaya Pansringarm sont violents tellement ils sont imperturbables. Ils tiraillent l’acteur canadien telle une  marionnette qui, à terre, ne parle pas. Il baisse la nuque. Va-t-il enfin devenir un homme, un vrai ?

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Par Louis Lepron, publié le 23/05/2013

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