C'est pas moi m'sieur c'est la coke !

Pour contrer la crise, les journalistes économiques y ont été de leurs préconisations, le FMI a appelé à la prudence, les politiciens ont recommandé l'austérité. On a vraiment tout envisagé, oubliant que les finances se trouvaient entre les mains d'hommes sur-cokés. On prend les pop-corn et on déguste !

Il n'y a pas si longtemps, on vous parlait de l'alcoolisme à l'ONU. Joseph Torsella, l'ambassadeur des Nations Unies à New York avait alors attiré l'attention sur ces soirées de travail sur-alcoolisées où les diplomates n'avaient plus toute leur tête. "Imaginer les membres de l'ONU pétés comme des confettis de carnaval", étirait alors nos bouches en un rictus mi-amusé mi-flippé.

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Dans notre inconscient collectif, à l'ONU on travaille sur l'amitié entre les peuples. On imagine donc les protagonistes travailler d'arrache-pied, dans l'humanisme et l'empathie pour la cause internationale. Mais que nenni ! Les types apaisent le monde entre deux mojitos et une table dance. Ils étaient d'ailleurs légion à avoir participé à ces séances orgiaques et à confirmer cette version des faits extraordinaire.

Ces débordements sont hallucinants mais ils sont la conséquence d'une vieille tradition qui veut qu'un peu d'alcool fluidifie les négociations. Les divertissements favorisent depuis toujours les négociations. Si ça nous choque quand il s'agit de l'ONU, cette pratique n'est pourtant ni nouvelle ni exceptionnelle. C'est même un classique dans le milieu des affaires.

Ainsi, après les cuites à l'ONU, voilà que le monde s'étonne de la coke à Wall Street !

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Crise toxicomaniaque

Car c'est bien le nouveau bruit qui circule : les traders et les banquiers useraient et abuseraient de la cocaïne. Il n'est pas rare que les effets de sur-confiance induits par ce stupéfiant entrainent le consommateur dans une tendance à la prise de risque. Ce n'est pas nouveau et c'est justement le point de vue que défend le psychiatre spécialisé en toxicomanie, David Nutt. D'après lui, la surconsommation de cocaïne dans les sphères financières a entraîné la défaillance du système.

Pour David Nutt, c'est cet usage de la drogue qui aurait conduit à la crise avec un grand C.

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Même son de cloche chez Chris Luke, spécialiste des urgences à l'hôpital universitaire de Cork en Irlande. Il a étudié longuement l'impact de la cocaïne dans les différents milieux, et voici ce qu'il en a retenu :

Certaines personnalités en vue dans les cercles politique et financier ont pris des décisions irrationnelles inspirées par la mégalomanie que provoque la cocaïne. (...) Les gens prenaient des décisions insensées en pensant avoir raison à 110 %, ce qui nous a conduits au chaos actuel.

Des avis d'experts allant dans ce sens, il en existe à la pelle et la consommation de poudre blanche chez les financiers est tout sauf un mythe. Les bureaux de Madoff - pour ne citer qu'eux- étaient surnommés le"Pôle Nord" en raison de la présence quotidienne et massive de poudre blanche dans les locaux. Ils sont donc nombreux à avoir pu observer ce phénomène et à le commenter aujourd'hui.

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Qu'il s'agisse d'économistes ou d'experts qui furent spectateurs de ce phénomène, ils évoquent pour beaucoup le goût pour le sentiment de surpuissance et de mégalomanie induite par le produit. Mais surtout, elle favorise en plus de la confiance en soi, conviction et crédibilité à la vente de promotions de crédits.

En deux mots, la sur-confiance annihile la culpabilité que le banquier pourrait éventuellement ressentir en vendant son contrat qu'il sait véreux et c'est alors bagou qu'il refourgue à une famille déjà endettée un crédit qui a de grandes chances de les conduire à la faillite.

Un triple A vs la C : une erreur de calcul

On a tout envisagé, tout soupesé pour essayer de comprendre les tenants et aboutissants de la crise. On se mettait alors à parler d'économie sans trop y comprendre grand chose mais en saisissant la chose essentielle - que quelque chose se passait et que même si on n'y tâtait rien, il semblait vital de conserver ce mystérieux triple A. 3 A pour contrer au mieux la déferlante des subprimes et le grand C de la crise (ou de la coke).

Concevoir que des millions de foyers soient en faillite à cause de banquiers junkies est en soi digne d'un film des frères Cohen mais c'est sans considérer la seconde erreur qui vient de voir le jour : les chiffres sur lesquels les gouvernements et le FMI se sont basés pour déterminer leur politique d'austérité sont en fait erronés.

Oups on s'est tout trompés dans les chiffres ! On a oublié la virgule dans l'addition haha.

On.Se.Marre.  Ce sont 3 universitaires qui ont découvert l'erreur en reprenant le tableau excel établi par Reinhart et Rogoff , tableau sur lequel s'est alignée la communauté internationale. Ils se sont aperçus que dans le calcul de la moyenne d'une colonne, plusieurs cellules avaient été oubliées.

- Dans la formule de Reinhart et Rogoff, les cellules L45 à L49 ont été oubliées dans le calcul de la moyenne de la colonne L

Cette erreur a révélé un taux de croissance négatif de -0.1% au lieu de + 0.2%. Un résultat alarmant qui a conduit à la politique d'austérité. Les trois chercheurs qui ont pointé cette faute ont été surpris de cet oubli enfantin d'autant que   :

Les résultats de Reinhart et Rogoff ont servi de rempart soutenant les politiques d’austérité. Le fait qu’ils soient faux doit en conséquence nous amener à les réévaluer à la fois en Europe et aux Etats-Unis.

Quand on y pense, on a hâte de voir les écoliers de demain apprendre dans leurs livres d'Histoire que le monde économique des années 2000 tenait à un rail de coke et une mauvaise addition.

Sources - Guardian / Courrier International / Slate US

Par Afifia B, publié le 24/04/2013

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