Greffe et transfert de personnalité : c'est pas de la SF !

Peut-il y avoir un transfert de personnalité lors d'une greffe ? C'est pas de la SF mais une vraie question soulevée par une étude américaine. Attention, c'est vertigineux !

Puisque le calendrier consacre chacun de ses jours à une cause particulière, le 22 juin prochain est officiellement déclaré " journée nationale du don d'organe". Si le sujet n'est pas des plus sexy au premier abord,vous verrez qu'il peut faire voler très haut lorsque les questions existentielles sont posées. Dans le cadre des "festivités", les réflexions en tous genre pullulent dont une aussi intéressante qu'intrigante :  la greffe d'organe implique t-elle un transfert de personnalité ?

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Greffe : à la frontière du réel

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Une étude dirigée par Meredith Meyer, professeur de psychologie, a étudié la question en testant les comportements d'un échantillon d'Américains face à l'idée d'une transplantation. Dans un premier temps, ils ont dû choisir sur un panel de photos, quelle personne ferait un bon donneur. Ensuite, il leur a été demandé si la personnalité du donneur pouvait influencer selon eux celle du receveur. Et il s'avère qu'une bonne majorité d'entre eux craignent un transfert de personnalité et refuserait tout organe issu du corps d'un individu ayant fait de la prison ou ne partageant pas leur idéal moral.

Une fois confronté à la question de la greffe, l'homme a une tendance naturelle à penser que la personnalité et le sang ne font qu'un. Si cette idée peut sembler incongrue pour le plus déterminé des cartésiens, elle gagne en réalisme une fois la personne mise en situation. Pour Mérédith Meyer, cette croyance s'explique par le rapport à la différence :

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Les gens n'apprécient pas l'idée que leur personnalité propre soit modifiée, que ce soit de manière positive ou négative. Ainsi toute différence un peu trop importante entre donneur et receveur amène une méfiance. Pourtant, il n'y a aucune preuve que les greffes pourraient amener un transfert de personnalité.

Aucune preuve n'est scientifiquement admise certes, mais les questions sur le transfert de personnalité après une greffe ne sont pas nouvelles. Et c'est pas de la SF !

Le fight intérieur : état des lieux

Ceux qui penseraient que la greffe tient à un acte chirurgical se mettent le doigt dans l'oeil jusqu'au trognon. En effet, si l'acte chirurgical est la base de la greffe, la condition sine qua non de la réussite d'une transplantation tient au traitement et au maintien du greffon. Parce que, instinctivement, une fois l'organe posé, le corps perçoit ce nouvel arrivant comme un étranger et s'emploie à le rejeter. Symboliquement, la survie d'un greffon tient à une acceptation, à une connexion entre cet organe étranger et le corps qu'il va habiter.

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Pour éviter le rejet dont l'issue peut être fatale, un traitement est appliqué mais cela demande parfois des mois pour trouver le bon car la greffe est une question d'équilibre. Il faut trouver le bon médicament, la bonne balance, la bonne dose. Et pendant ce temps-là, le patient s'emploie à faire son meilleur pour que son corps daigne accepter en son sein la présence d'un "Autre".

Les interrogations commencent alors. Recevoir un nouvel organe dans son propre corps n'est pas une chose anodine. L'organe d'un inconnu dans sa propre chair génère des interrogations qui dépassent le strict champ de la rationalisation pure.

Accueillerait t-on un nouvel organe comme on reçoit un nouvel invité dans sa propre maison ? Et pourquoi pas ?

Greffe, transfert et mémoire cellulaire

Les témoignages de personnes greffées qui ont vu leurs goûts, leurs comportements modifiés après une transplantation sont légion. En Asie, où la culture considère le lien esprit-corps comme l'équilibre constitutif de la santé, l'idée d'une connexion personnalité/organe est loin d'être insolite. Son cinéma s'en inspire par ailleurs souvent. Dans le célèbre film The Eye, l'héroïne greffée de la cornée se met à faire des cauchemars liés au passé de son donneur. Ce récit est tiré de faits réels, beaucoup moins exceptionnels que l'on peut le penser.

Parmi les greffés qui ont témoigné de changements étranges post-transplantation, ceux qui ont reçu un coeur sont les plus nombreux à faire état d'un ressenti d'émotions du donneur. Face à ces cas incompréhensibles pour la science, les médecins sont bien souvent dépassés et perplexes mais ces expériences font écho à une théorie connue : celle de la "mémoire cellulaire".

La notion de "mémoire cellulaire" se fonde sur la capacité des cellules des tissus vivants à mémoriser les caractéristiques du corps. Plus vulgairement, cela revient à dire que nos cellules, notre sang, nos organes sont imprimés de données caractéristiques à notre personne. Partant de ce constat, il suffit de peu pour élargir le champ des possibles et soulever l'idée que nos organes sont imbibés de notre personnalité, constitutifs de ce que nous sommes.

En bref, et pour simplifier encore la chose : recevoir l'organe d'un individu X reviendrait à hériter potentiellement de sa personnalité.

Fascinant, non ?

 

 

Par Afifia B, publié le 20/06/2013

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