Pourquoi les gens faisaient la gueule sur les photos d'époque

Il existe une (ou plusieurs) raison(s) pour expliquer l'air sérieux, sinon déprimant, que prenaient les sujets des photos d'époque. On vous les donne.

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Mais qu'ont-ils donc, tous ces gens sur les photographies d'époque, à tirer une tronche d'enterrement ? Vous vous êtes déjà posé cette question : pourquoi ne souriaient-ils pas sur les clichés ? Pour plusieurs raisons à la fois.

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Nicholas Jeeves est artiste, écrivain et conférencier à l'École d'Art de Cambridge. Il s'est penché sur ce mystère et donne plusieurs éléments de réponse, écartant d'entrée de jeu la croyance populaire qui tend à penser que si les gens ne souriaient jamais sur les photos ou les portraits, c'est parce qu'ils avaient une hygiène dentaire douteuse. Or, à l'époque, tout le monde avait une hygiène dentaire douteuse mais ce charmant attrait de la personnalité de nos prédécesseurs n'était en aucun cas un facteur de dégoût profond.

Un temps de pose long, très long

Si aujourd'hui, immortaliser un sourire est systématique, il faut avouer que ce n'était pas chose aisée d'apparaître à son plus brillant avantage. D'autant plus si le sourire doit durer un certain temps à cause du temps d'exposition lié à l'ouverture de l'objectif photographique ou bien - pire encore - de celui de la pose que vous fera prendre un peintre.

Abraham Lincoln était un mec cool. Mais ça se voyait pas forcément à l'image.

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Chacun a vécu cette expérience d'un trop long sourire exigé par un piètre photographe qui semble mettre une éternité avant de prendre sa photo : la plupart du temps, ce qui devait être un sourire resplendissant se transforme en rictus forcé figé par la douleur. Et d'après Nicholas Jeeves :

Ce qui était volontaire il y a un moment devient immédiatement intolérable. Sourire, c'est comme rougir - c'est une réponse, pas une expression en soi, et donc le sourire ne peut ni être facilement maintenu, ni facilement enregistré.

Rappelons-le : en 1826, la première photo de l'Histoire, Point de vue du Gras, a mis huit heures à s'imprimer sur la plaque photographique de Nicéphore Niépce. Treize ans plus tard, le daguerréotype de Louis Daguerre réduit ce temps à 15 minutes. Bien que la révolution soit de taille, le temps d'exposition reste encore long. Essayez un peu de sourire pendant un quart d'heure...

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Mark Twain ou l'art du "Vous connaissez celle de la mouche qui pète ?"

Mais plus encore que l'expression d'une contraction musculaire abominable, le sourire donne l'air bête. Du moins le pensait-on à une époque où, pour apparaître sérieux et distingué, il ne fallait pas avoir l'air de jouer les rigolos. Non non non. La preuve avec l'exemple de Mark Twain, responsable d'une des proses les plus amusantes que le territoire de l'Oncle Sam ait connu au XIXème siècle.

L'auteur des Aventures de Tom Sawyer, par ailleurs un bon vivant dans la vraie vie, n'a jamais posé avec le sourire. Dans une lettre pour le Sacramento Daily Union, Twain écrit :

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Une photographie est un document très important et il n'y a rien de plus accablant qu'un sourire niais et ridicule capturé et figé pour l'éternité

Pour être traité avec respect et déférence, il s'agissait donc de prendre un air sérieux et pénétré plus que celui d'un être léger et amusé. Nicholas Jeeves revient sur la symbolique du sourire dans la peinture : "Au XVIIème siècle en Europe, il est un fait bien établi que les seules personnes qui sourient largement, dans la vie et dans l'art, sont les pauvres, les impudiques, les ivrognes, les innocents et les amuseurs publics". Voilà qui est dit.

Par Théo Chapuis, publié le 24/09/2013

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