David Choe devant son travail dans les locaux de Facebook

David Choe à Détroit : Robin des bois ou cynisme non dissimulé ?

L'artiste américain David Choe a fait parler de lui les derniers jours pour le "jeu de piste" qu'il a "organisé" du côté de Détroit. Avec 10.000 $ à la clé pour les plus chanceux, ou les plus inspirés. 

David Choe

David Choe : artiste joueur

David Choe a un parcours singulier. Artiste américain originaire de Los Angeles, il est l'un des premiers auquel Sean Parker, alors #2 de Facebook et admirateur de longue date de son travail, fait appel pour rendre les murs des locaux de Facebook moins blancs en 2005. Puis en 2007 c'est Mark Zuckerberg qui a fait appel à lui. Un artiste en vue qui a fait les bonnes rencontres au bon moment et qui a gagné son premier million de dollars de gains en jouant au casino. Assez rare pour être signalé.

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Quelques dessins plus tard, la question de la rémunération se pose. Et plutôt que d'être payé en "liquide", c'est une rémunération à l'intéressement que l'artiste se voit proposer. Joueur invétéré, il accepte même s'il doute à l'époque de la rentabilité financière du modèle de Facebook. Et l'avenir lui a donné raison d'avoir accepté malgré sa réticence initiale.

Car quelques années plus tard, après l'implantation de Facebook à l'international et le passage en bourse négocié (difficilement certes mais tout de même), les actions de David Choe pèsent lourd dans son porte-feuille. À la fin de l'année 2012 le New York Time estime à 200 millions de dollars les gains obtenus par ce choix un peu hasardeux mais finalement sage.

David Choe devant son travail dans les locaux de Facebook

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Et de scribouilleur crève-la-dalle il se transforme instantanément en millionaire, uniquement pour avoir été au bon endroit au bon moment.

Cherche un billet dans Détroit

Et mise à part cette qualité de mec plutôt chanceux, pas dénué de talent, et assez présent médiatiquement (ces travaux sont à voir dans de nombreux films ou sur la pochettes du disque collaboratif de Linkin Park et Jay-Z par exemple), David Choe semble être quelqu'un qui désire oeuvrer pour sa communauté. En attirant l'attention de l'opinion publique sur la situation en Afganistan (en couverture de Juxtapoz pour un reportage photo pour l'édition d'août du magazine) ou en dépannant des biftons à droite, à gauche.

Pour cet dernier aspect, fort est de constater que l'artiste ne fait pas cela n'importe comment. La semaine dernière, c'est une véritable chasse au trésor grandeur nature que le peintre s'est évertué à organiser du côté de Détroit. Dix milles dollars à la clé au mieux, en petite coupures (1 ou 100 $ semble t-il). Et pas mal de questions.

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À ce propos, l'intéressé déclare sur son compte Facebook :

De la joie, de l'amour et du bonheur à quiconque trouve ces cadeaux cachés. Ils viennent du coeur, ne l'oubliez pas et répandez l'amour autour de vous. Vous pouvez le dépenser pour acheter de l'alcool ou de la drogue. Mais pas tout, du moins je l'espère.

Deux étapes pour ce jeu de piste

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  • Des messages postés sur Twitter annoncent l'organisation d'une chasse au trésor dans tout Détroit. Les indices sont donnés au compte-goutte par l'artiste qui aime à "teaser" son audience.


Capture d'écran du compte Instagram de l'artiste

  • Des graffitis signalant la présence de billets planqués sous un matelas ou sous un tas de gravats. 

Photo extraite du facebook de David Choe

Presse Complaisante / Initiative Limite

La première chose qui frappe d'abord est la relative "complaisance" de la presse généraliste face à l'initiative. Le Huffington Post, par exemple, se fend d'une sélection des messages mielleux adressés à l'artiste sur son Facebook. Même chose pour le site d'information Detroit News qui entame son papier sous le même mode :

David Choe a généré beaucoup d'excitation, d'espoir et de gratitude à travers Détroit cette semaine. Et a peut-être permis à certains d'être un peu plus riche.

Face à cet engouement, on ne peut que remarquer le "scepticisme" de médias plus spécialisés comme pour l'article d'AllCityBlog dont le ton est critique. Et notre coeur penche vers la seconde posture éditoriale.

Parce que la manière de faire pose question. D'abord parce que ce choix de "charité" met mal à l'aise : sa démarche tend vers une "infantilisation" de la pauvreté pour une chasse au trésor avec quelque billets à la clé dans une des villes les plus pauvres des Etats-Unis.

Surtout, quand on y pense, parce que malgré les dires de l'artiste, l'initiative n'a que les apparats de la charité. Les followers de David Choe ne sont probablement pas ceux qui ont le plus besoin de cette poignée de dollars. Les "laissés pour compte" auxquels il implore de ne pas tout dépenser en alcool ou en drogue ne sont probablement pas ceux qui rafraichissent leur fil sans arrêt à l'affût de la moindre piste pour trouver quelques billets.

Au final tout cela n'est qu'une habile opération de communication. Et ça rend un peu triste.

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Par Tomas Statius, publié le 09/07/2013

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