"College Boy" d'Indochine : un clip polémique ?

Indochine sort le clip pour son titre "College Boy" et tout le monde ne parle que de ça. Il paraît même qu'il y a polémique. Blague.

A peine Indochine a sorti son clip "College Boy" qu'il a créé une polémique. Réalisé par le non moins talentueux Xavier Dolan (Les Amours imaginaires, Laurence Anyways), il relate la violence dans le système scolaire. La vidéo dure 6 minutes, 6 minutes de violences subies par un adolescent victime de la tyrannie d'élèves.

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Les forts contre le faible. L'adolescent y est molesté, frappé et même crucifié. Les images en noir et blanc n'enlèvent rien au rouge vif du sang. Les gosses y braquent des armes, écho aux tueries scolaires qui se sont déroulées aux États-Unis et que la presse n'a pas manqué de relayer.

Le clip ne sort que demain mais est déjà disponible en version intégrale :

[vimeo]http://vimeo.com/65293203[/vimeo]

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"College Boy", c'est pas Guernica !

Pour autant, cela reste un clip d'Indochine, une oeuvre audiovisuelle parmi d'autres. Après un long silence, la formation française revient et le fait savoir avec une claque. Toute relative la claque mais pour leurs fans, le coup est bienvenu et Indochine est fidèle à son franc-parler sur les sujets controversés (cf. "troisième sexe").

Le clip joue sur le paradoxe d'une cour de récré dans laquelle se déroulent des cruautés d'hommes en guerre. Voir des enfants jouer avec des armes, en soi, cela peut choquer le grand public mais ce n'est en rien plus virulent que les enfants soldats des photo reportages de guerre. Alors pourquoi la violence dans ce clip fait la controverse ?

Les élèves qui passent le brevet cette année ont les oreilles bassinées ( comme les nôtres jadis) avec le tableau "Guernica" de Picasso (comme si c'était la seule oeuvre au monde). On leur explique toute la force de ce tableau et combien la violence représentée sert la dénonciation d'une dictature face à l'art et la liberté créatrice. On leur explique que derrière la représentation, il y a la portée du sens, l'impact de l'idée.

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A quoi bon se coltiner ce cours-cliché si c'est pour interdire dans la foulée un clip vidéo qui relate une violence pourtant existante ?

Ha bon il y a controverse ?

Françoise Laborde, membre du CSA, a fait savoir ce matin sur la radio Europe 1 que le clip était menacé par une interdiction au moins de 16 à 18 ans et ne risquait d'être diffusé qu'après 22 heures sur les chaînes de télévision.

Pour Françoise Laborde, si le sujet abordé est légitime, afficher la violence pour la dénoncer n'est pas un argument recevable et ce, encore moins pour des raisons esthétiques.

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Cette vidéo montre des images dont la violence est inestimable et il y en a assez de cette mode de la violence. La mort, ce n'est pas esthétique. La violence, ce n'est pas esthétique. La torture ce n'est pas esthétique

La violence ou un message ?

Revenons sur l'argument esthétique qui laisse entrevoir une sensibilité uni-dimensionnelle sur la portée de l'image. Lorsque la porte-parole du CSA affirme que la violence de ce clip ne peut être affichée au nom de l'esthétisme, c'est moins un message de prudence à l'égard des spectateurs qu'un pieu de censure enfoncé dans le coeur de la création artistique.

Que l'on aime ou pas Indochine, que l'on apprécie ce titre ou non, le réalisateur de ce clip Xavier Dolan est assez talentueux pour ne pas se contenter de faire dans le "joli". Il fait partie de ces réalisateurs coups de poing, conscients de la portée du message.

Son film autobiographique J'ai tué ma mère est à lui seul représentatif de sa démarche artistique. Lui-même est outré de cette polémique :

Dire que mon clip encourage la violence, c'est complètement stupide. Est-ce vraiment plus violent que tous les films qui arrivent sur nos écrans tous les jours?

Tu l'as vu mon pieu ?

Dans ce clip, la violence est incarnée dans le système scolaire mais la portée du message est universelle. Le rejet de l'autre, le poids de la différence, le regard des autres, la difficulté d'être soi dans un monde qui semble  uniformisé, ces sujets ne sont pas indifférents à notre génération, ils la constituent.

Ce clip donne plus la parole aux sensibles qu'aux violents car la violence n'est ici que le cadre d'une mise en scène. Dans l'adolescent crucifié, c'est moins le sang qui coule que le sacrifice de l'être sensible qui est représenté. Lorsque le CSA censure ces images au motif d'une violence diffusée, c'est justement son manque de sensibilité qu'elle affiche et c'est bien plus inquiétant pour la liberté d'expression et de l'art que la violence qu'elle juge inacceptable.

Qu'il faille contrôler les images diffusées sur les écrans est une évidence et il ne s'agit pas de remettre en cause le CSA dont l'existence est aussi légitime qu'essentielle. Mais il y a de quoi s'interroger sur les critères pris en compte dans la diffusion des contenus. Cette menace de censure semble aussi aléatoire et peu considérée que lorsque Facebook interdit une paire de sein mais laisse passer la diffusion de la décapitation d'une femme.

Qu'est ce qui est réellement violent ? Est-ce la pornographie à disponibilité de tous en cliquant sur "je suis majeur" ? Est-ce le crime et la violence avec armes pourtant intégrées au commerce international ? N'y a t-il violence que là où le sang coule et la morale choquée ? D'aucuns pourraient dire qu'interdire un clip qui parle d'intolérance est justement un sommet d'intolérance et de violence silencieuse.

La violence n'est pas toujours là où l'on croit mais sûrement pas dans un clip d'Indochine !

Par Afifia B, publié le 02/05/2013

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