Bernard de La Villardière : une histoire de TV Big Bang

Quand tu restes dans ta case, ça va. Mais quand tu essaies d'en sortir, paye ta galère ! C'est pas la TV et Bernard de La Villardière qui diront le contraire ! Auscultation télévisuelle.

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Chemise ouverte sans chaîne en or mais l'œil qui brille, le pas chaloupé avançant face caméra. BDLV aka Bernard de la Villardière n'est pas un novice de la télé mais on a beau savoir que tout ce qui s'entrevoit à travers une lucarne est plus ou moins déformant, cela n'empêche pas d'être le dindon de la farce ! Un dindon cuit à la sauce d'un formatage télévisuel de plus en plus victime de ses déformations. Explications.

Bernard de La Villardière : lâchage de l'extrême

D'abord, les faits.

Avant. Il y a longtemps. Bernard de la Villardière c'était le mec sérieux d'M6. Le pape du reportage dominical, la bonne alternative à la verveine. Reportages simples et digestes. Parfait pour se souvenir que le monde est pourri juste avant d'attaquer son lundi.

Le souci c'est qu'à force d'écumer la planète et les boîtes de nuit en quête d'exclusivités putesques, le journaliste s'est décontracté au fil des émissions. Au début c'était subtil : veston sur l'épaule, chemise blanche trempée de l'atmosphère exotique, tentatives d'ouverture mais la gêne bourgeoise jamais bien loin. Un peu comme ici :

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Et puis, les années passant, Bernard s'est essayé à la danse en solo. Il s'est mis à se lâcher. Un peu. Beaucoup plus.

Aussi gênant qu'un bal dansant peuplé de tous nos parents. Mais voilà, Bernard il est comme ça. Lui aussi peut bouncer et déconner un peu. C'est un pan de sa personnalité que nous ne lui soupçonnions pas forcément, mais c'est chez Laurent Baffie que le naturel de BDLV a surpris son monde il y a peu :

"Je suis le seul journaliste plus fort que sa case". Quand BDLV est un peu bourré, il dégaine l'option "kéké" mais en soi, cette phrase était une vanne. J'ai donc été surprise du manque total d'humour des autres convives qui ont pris cette sortie au premier degré, pointant du doigt son pseudo manque d'humilité. Ce doit être ce que l'on appelle la perceptibilité inversée de la meute.

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Alors depuis, quelque chose a changé. Et Bernard est passé du type sérieux d'M6 qui n'intéressait pas grand monde à la star du gif et des citations à vertus hilarantes. On loue sur des Tumblr à son effigie ses talents de danseur comme son amour des putes dont il dira au détour d'une gorgée rouge : "Toutes les putes sont des miss". 

Bref, entre séductions ratées et blagues salaces, cette vidéo a tourné sur la Toile et sur les chaînes de télé qui ne se sont pas privées de souligner un "pétage de plomb" de Bernard de la Villardière. "Pétage de plomb" ? Heu, peut-être est-il tout simplement comme ça ! Ce n'est pas tous les jours qu'une personnalité médiatique joue vraiment le jeu de la franchise d'attitude. S'extirper du formatage télévisuel engagerait-il à la guillotine ? Peut-être bien.

Mauvaise réputation 3.0


Comme la télévision a pu influencer la Toile à ses premiers crochets, le web s'est aussi fondu dans la télévision. Une boucle qui tourne en boucle, peignant et dépeignant les territoires qu'elle traverse. Et de facto , les travers de ceux qui la composent. Ainsi, ceux que nous admirions ou respections hier sur écran ou papier glacé n'ont plus droit à l'erreur. À tel point que "s'exprimer" est devenu un métier.

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Entre coachs et autres conseillers de communication, les personnalités visibles sont vivement appelées à s'aligner sur les nouveaux codes de l'apparence et du langage. Bien "représenter" ce que l'on est censé "représenter" : une ligne de conduite à ne surtout pas lâcher au risque de devenir la victime d'une démystification lapidaire.

Il fut un temps où, comme tous les autres animateurs et journalistes qui officiaient à la télévision, Bernard de la Villardière ne faisait QUE son job. La façon dont le public le percevait était par conséquent relative au format de son émission c'est-à-dire carrée, formatée, "sérieuse".

"Bernard de la Villardière ? Ah ouais c'est le mec de Zone Interdite là ! Cheap James bond style, non ?"

Mais ce monde uni-dimensionnel n'est plus. Notre appréhension des médias a évolué, le champ de notre perception s'est élargi. Les professionnels se livrent de plus en plus. Leurs propos sont immortalisés, cristallisés dans la mémoire sans fond de nos ordinateurs. Et au-delà des discours, ce qui relève de l'infra-verbal, ce qui se laisse percevoir entre les lignes est désormais capté, grossi, amplifié jusqu'à transformer les images comme les réputations.

Quant au "ouèbe", il a multiplié les codes, dilaté les cases, étalé à la vue de tous les "off" et autres envers de l'univers médiatique. Les réseaux sociaux ont eux aussi participé à ce "décoinçage" en règle, révélant des aspects de la personnalité des uns et des autres que nous ne soupçonnions pas. Et les bla-bla de s'exciter  :

- Tiens, il est plutôt de droite lui. J'pensais pas.

- T'as vu ce qu'il a dit sur Twitter ce mec ? Mais il est con en fait !

- Ha ouais, elle est drôle en vrai elle. J'aurais pas cru.

Démystification médiatique

Respectée hier dans le cadre très sérieux de ses activités, Audrey Pulvar a pris elle aussi – et à ses dépens – le chemin du lâcher-prise. Son arrivée chez Laurent Ruquier où elle ne cachait pas son goût pour la mode et les lunettes en (véritables) écailles de tortue marquait déjà les prémices d'un épinglage en règle. Un nœud de réputation qui commençait déjà à se défaire.

Et puis, lorsqu'elle a été placée à la tête des Inrocks, Audrey a voulu montrer son côté "rock", histoire de légitimer ce nouveau statut. C'est passé par la voie capillaire. Elle n'aurait peut-être pas dû :

Ce n'est pourtant qu'une coupe de cheveux mais de nos jours, quand on est connu brushingée dans la case X, on reste brushingée dans la case X. Les gens ont alors commencé à rire mais appréciant sûrement cette nouvelle liberté, Audrey a poursuivi son chemin entre filles sur le Grand 8 où elle apprendra même à faire de la pole dance. On la verra également défilant sur le podium du Salon du Chocolat.

Passer de l'info politique chaude à chaud chaud cacao, forcément, ça laisse des traces. Tout comme Bernard de La Villardière, vouloir s'afficher sans prise de tête, conformément à ses désirs a quelque peu écorché la réputation d'Audrey Pulvar. En débordant des cases sérieuses dans lesquelles ils se sont faits connaître, ces deux journalistes se sont montrés "en vrai" et leur crédibilité s'en est trouvée amoindrie.

S'afficher soi ? Révéler sa sensibilité ? Vous n'imaginez pas !

Des gens comme Adjani ou Van Damme demeurent dans les archives de la moquerie pour n'avoir pas eu d'autre choix que de vouloir exister sans cadre. Adjani n'a jamais caché sa sensibilité : on l'a figée des années dans la case "grande barge". Idem pour Van Damme dont les sorties verbales sont pourtant loin d'être stupides (on en parlera une autre fois !) mais ses modes d'expression ont pris le pas sur ses intentions, l'enfermant à tout jamais dans le rôle du "mec perché".

Plus généralement, la forme a pris le pas sur le sens. Un impératif que nous sommes les premiers à appliquer inconsciemment. Ceci n'est pas d'une exclusivité transcendante mais le traitement des attitudes et propos des uns et des autres par les médias accentue les lignes de démarcation. C'est intéressant à observer. Effrayant aussi.

Mais la leçon est claire : de nos jours, être soi est un combat !

 Crédits images : Bernard, french journalist

Par Afifia B, publié le 24/06/2013

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