Banksy avant…

Banksy : une oeuvre retirée puis mise aux enchères à Miami

Une oeuvre de Banksy affichée sur un mur de Londres a été retirée de son lieu d'exposition initial pour être mise aux enchères à Miami.  Prix de vente : 500 000$ .

banksy

Banksy avant...

C'est une oeuvre de l'artiste anglais Banksy, intitulé Banksy Slave Labor (Bunting Boy). London 2012 qui se retrouve aux enchères. Il ne s'agit nullement d'une création destinée à se retrouver dans le circuit du marché de l'art. Et c'est là l'originalité et le scandale de l'histoire.

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Le graffiti, réalisé grâce à une superposition de pochoirs, représente un jeune garçon s'essayant à l'utilisation d'une machine à coudre. Outre la dénonciation (probable) du travail des enfants dans des "sweat shop", l'oeuvre réalisée en mai dernier avait été également perçue comme un clin d'oeil moqueur et subversif en pleine préparation des Jeux Olympiques de Londres. Une création controversée mais aussi iconique qui s'est vue arrachée du mur où elle s'exposait pour ensuite réapparaître sur un site américain de ventes aux enchères.

Banksy après...

De Londres à Miami : le voyage d'une oeuvre d'art

L'annonce a étonné. Le graffiti qui se donnait à voir sur les murs du quartier de Haringey, dans le nord de la capitale britannique a été retiré probablement le week-end dernier (sa disparition n'a été constatée que dimanche). Plus de détails ont été apportés par le témoignage d'une habitante des environs qui affirme que l'oeuvre avait été recouverte opaque d'une bâche depuis mercredi dernier.

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Mais le graffiti de l'artiste anglais n'a pas disparu longtemps. C'est ce matin qu'il se retrouve mis en vente via la société d'enchères Fine Art Auctions Miami pour un prix de base de 500 000$. Selon, Frédéric Thut, propriété de l'entreprise, c'est un collectionneur célèbre, dont l'identité reste néanmoins inconnu, qui a mis l'oeuvre en vente.

A propos de la transaction, celui-ci commente :

Le propriétaire a signé un contrat indiquant que tout était en règle

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A Haringey, la révolte gronde. Sur Twitter le représentant Alan Strickland en appelle aux soutiens des habitants du quartier ainsi qu'à la vigilance des pouvoirs publics. L'oeuvre du street artiste de Bristol faisait la fierté des riverains et était également une source non négligeable d'attraction : les touristes affluaient pour découvrir un original de celui qui fait tant parler de lui.

Capture d'écran du compte Alan Strickland

Par le passé, de tels "vols" avaient déjà été commis, notamment en ce qui concerne les oeuvres du graffeur dont l'identité reste toujours secrète. Banksy avait par ailleurs refusé d'authentifier ses pièces dont le lieu d'exposition est et doit demeurer la rue selon lui.

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Le problème : la marchandisation du street art et du graffiti

Outre l'histoire, les retombées sont à soulever. La marchandisation et le mercantilisme en cours dans le milieu de l'art contemporain ne sont pas des nouveautés, et l'idée est nullement d'en discuter les tenants et les aboutissants ici. Néanmoins il convient de constater plusieurs choses.

Tout d'abord que le street art est victime de son succès. Propulsé phénomène artistique et médiatique majeur grâce à des figures de proue comme le natif de Bristol ou le Parisien Space Invader, c'est à présent une forme d'expression pleinement intégrée dans le giron de l'art contemporain. Les retombées sont importantes, son arrachement à son contexte d'épanouissement premier manifeste, et le mécanisme toujours le même : la valorisation à excés d'un artiste, eu égard la qualité de ses créations. Il est amusant de voir que c'est en partie ce mécanisme que l'artiste anglais dénonçait dans son célèbre long métrange Faîtes le mur. 

Face à un engouement qui dépasse à présent la sphère première des initiés, il apparait qu'un certain vide législatif est préjudiciable à la protection des oeuvres du mouvement. En effet il est étonnant de voir à quel point les pouvoirs publics semblent démunis face à une détérioration aussi évidente.

Enfin, la nouveauté provient de l'arrachement physique des oeuvres à leur lieu d'exposition. L'ambiguité du mouvement street art relève de de la non adéquation entre la renommée de certains artistes et la non monétisation de certaines de leurs oeuvres. Il faut croire que l'existence de cette manne financière inexploitable était inconcevable pour certains des barons de l'art contemporain. Et on ne peut que le regretter.

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Source : GUARDIAN

Par Tomas Statius, publié le 18/02/2013

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