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Yoon Yeo-jeong décroche l’Oscar de la Meilleure actrice dans un second rôle

Publié le

par Lucille Bion

Avec cette récompense, Yoon Yeo-jeong devient la première actrice coréenne primée aux Oscars.

Annoncé par Brad Pitt, qui s’est intéressé aux premiers coups de cœur cinématographiques de chacune, l’Oscar de la Meilleure actrice dans un second rôle a été attribué cette année à Yoon Yeo-jeong. La comédienne âgée de 73 ans était nommée pour sa prestation de la grand-mère débarquée de Corée dans le magnifique Minari. Son rôle poignant et central dans le récit de Lee Isaac Chung nous a donné à voir l’un des plus beaux duos du cinéma cette année, qu’elle composait avec la révélation Alan Kim, qui incarne son petit-fils réfractaire dans le film. 

Lorsqu’elle est venue chercher son Oscar, l’actrice a rappelé ses origines et repris les médias sur la prononciation de son nom de famille, d’un ton rassurant : "Mais tout le monde est pardonné ce soir", a-t-elle ajouté. Un an après que Parasite a reçu une pluie de récompenses lors de la dernière édition, les Américains célèbrent de nouveau le cinéma coréen. Avec cette récompense, Yoon Yeo-jeong devient la première actrice coréenne primée aux Oscars.

La comédienne était face à Maria Bakalova pour Borat 2, Glenn Close pour Hillbilly Elegy, Olivia Colman pour The Father ou encore Amanda Seyfried pour Mank. Ne se considérant pas en concurrence avec ces consœurs, Yoon Yeo-jeong a décrété qu’elle avait juste eu plus de chance qu’elles.

Ce prix ne récompense pas seulement "sa performance dans Minari, mais il couronne une illustre carrière au cours de laquelle elle a travaillé avec de nombreux grands réalisateurs coréens", souligne Brian Hu, professeur de cinéma à la San Diego State University.

Née à 1947 à Kaesong, une ville désormais située en Corée du Nord, elle a débuté en 1971 sous la direction du réalisateur avant-gardiste Kim Ki-young, dont le travail continue d’inspirer des cinéastes sud-coréens, parmi lesquels M. Bong.

Dans ce film, La Femme de feu, elle incarnait une domestique au sein d’un foyer de la classe moyenne tombée enceinte du père de famille. Ce thriller, devenu un classique du cinéma sud-coréen, lui a valu plusieurs prix. Sa carrière s’est pourtant brusquement arrêtée en 1975, après son mariage avec le chanteur Jo Young-nam et son départ pour les États-Unis.

Moins de dix ans plus tard, en 1984, elle rentre dans son pays natal avant de divorcer trois ans plus tard. Renouer avec sa carrière d’actrice afin de subvenir aux besoins de ses deux fils n’a pas été aisé, à une époque où le divorce était stigmatisé en Corée du Sud. "Être divorcée, c’était comme avoir commis un adultère, a raconté en 2009 Yoon Yeo-jeong à un magazine. C’était comme si les femmes ne devaient pas apparaître à la télévision très vite après leur divorce."

"J’ai travaillé très dur"

Elle accepte donc toutes les propositions, même les petits rôles, avant d’apparaître régulièrement, durant les années 1990, dans des séries télévisées, dans le rôle d’une mère de famille, puis, plus tard, d’une grand-mère. "J’ai travaillé très dur. Je devais nourrir mes enfants", explique-t-elle.

En 2003, Yoon Yeo-jeong fait son retour sur le grand écran dans Une femme coréenne d’Im Sang-soo, sous les traits d’une belle-mère anticonformiste au sein d’une famille déséquilibrée. Elle est ensuite une riche et cruelle héritière trompée par son époux en 2012 dans le drame L’Ivresse de l’argent.

En 2016, dans Canola, elle est une plongeuse en apnée qui ramasse des coquillages et retrouve sa petite-fille depuis longtemps disparue. La même année, elle est saluée pour sa performance dans The Bacchus Lady de Lee Jae-yong, dans lequel elle joue le rôle d’une prostituée âgée contrainte de commettre des crimes.

Tout au long de sa carrière, elle a fait face à un "univers hautement compétitif" dans un univers cinématographique "largement tourné vers de jeunes talents, souvent masculins" pour les rôles principaux, a expliqué Jason Bechervaise, professeur à la Korea Soongsil Cyber University de Séoul.

L’Oscar remporté par l’actrice de Minari intervient dans un contexte de violences contre la communauté asiatique à travers les États-Unis. Pour M. Hu, le prix décerné à Yoon Yeo-jeong est une "reconnaissance pour tant de grands-mères d’origine coréenne vivant aux États-Unis, surtout à une époque où les Américains d’origine asiatique les plus âgés sont considérés comme des victimes plutôt que des vainqueurs".

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