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Yomeddine : un voyage avec un lépreux humaniste mais convenu

Publié le

par Mehdi Omaïs

Premier film d’A.B. Shawky, cinéaste austro-égyptien né en 1985, Yomeddine nous convie à un road trip sans dolorisme en compagnie d’un lépreux en rémission et d’un petit garçon baptisé Obama. Une œuvre en lice pour la Palme d’or.

© Le Pacte

Rares sont les premiers films ayant la chance d’être sélectionnés en Compétition officielle au Festival de Cannes. C’est le cas de celui du jeune réalisateur austro-égyptien A.B. Shawky. Yomeddine, le titre de l’opus en question, signifie en français "le jour du jugement dernier". Et fait précisément référence à cette date fatidique durant laquelle, pour les croyants, tous les hommes sont jugés pour leurs actes et non pour leur apparence. Métaphoriquement (et dans un avenir idéal), c’est ce qu’espère en tout cas le héros, Beshay, un homme lépreux et chrétien. Une double peine quand on sait que les Coptes sont très souvent persécutés à travers le pays.

Dès les premières minutes, Shawky choisit le contre-pied et prend le parti de la légèreté, bien décidé à convertir son baptême cinématographique en une expérience davantage emballante que plombante. Pourtant, sur le papier, il y avait vraiment tout pour que le projet nous tire vers le bas : un homme défiguré par la maladie – on pense forcément à Elephant Man de David Lynch – qui, à la mort de sa femme (internée dans un asile psychiatrique), décide d’aller en quête de ses origines aux côtés d’un âne épuisé et d’un enfant désœuvré. Imaginez la tête du producteur ! Ce pitch pourrait vous faire prendre la tangente mais, croyez-le, il donne naissance à un résultat étonnamment lumineux et optimiste. Mais à quel coût ?

Un acteur bouleversant pour une histoire qui l’est moins

Évidemment, découvrir Rady Gamal, véritable lépreux originaire d’un petit village du gouvernorat de Minya, est extrêmement émouvant. Ce dernier, jadis donné pour mort suite à de nombreuses erreurs de diagnostic quant à son état de santé, a été sauvé in extremis par les infirmières et les religieuses de la léproserie d’Abu Zaabal. A.B. Shawky, ému par sa destinée, en a fait un véritable héros de cinéma, qu’il regarde ici droit dans les yeux pour nous faire oublier petit à petit sa différence et en extraire son humanité si belle, si puissante, si abondante, et sa capacité à ne jamais succomber à l’auto-apitoiement. Son énergie fait le film. Et elle est joliment accompagnée par une bande originale de qualité, évoquant les sonorités des Bêtes du sud sauvage.

Par-delà les belles intentions du projet, on pourra néanmoins s’agacer d’un traitement naïf, presque enfantin. Le scénario, devenu trop simpliste à force de volonté d’épure, empêche le cinéaste d’investir et d’approfondir les à-côtés de la trame. Le road trip qu’il immortalise manque de couleurs et échoue en effet à retranscrire, comme c’est l’intention, les hauts et les bas d’une nation en souffrance. Le message principal – "l’homme en apparence monstrueux que vous voyez est en réalité magnifique" – est systématiquement martelé dans chacun des plans, figeant in fine ce feel good drama dans un geste trop sage, trop compassé et, du coup, pas assez émouvant pour embarquer le spectateur sur la durée.

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