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Liban, Tunisie, Algérie : le boycott de Wonder Woman prend de l’ampleur dans le monde arabe

Publié le

par Lucille Bion

( © Warner Bros France )

Wonder Woman risque de ne pas arriver jusqu’au public dans plusieurs pays arabes, à cause du passé militaire de Gal Gadot, l’actrice israélienne qui tient le rôle-titre.

Wonder Woman, réalisé par Patty Jenkins, bat des records : il explose le box-office, s’impose comme le film dont l’on parle le plus sur Twitter cette année et surtout, envoie enfin une réalisatrice aux sommets de l’industrie du cinéma. Bref, l’adaptation du comics de DC fait couler beaucoup d’encre. Mais tout le monde ne partage pas le même enthousiasme pour ce blockbuster hollywoodien, frappé de boycott et censure dans certains pays arabes.

Tandis que le Liban a officialisé le boycott de Wonder Woman, la Tunisie, l’Algérie et la Jordanie réfléchissent à l’avenir du film sur leur territoire. Certains, ont choisi de le déprogrammer, d’autres lui prédisent un avenir incertain. Quoi qu’il en soit, les projections, quand elles ne sont pas annulées, sont repoussées ou en stand-by. Chaque pays donne aux médias sa propre justification.

Le passé militaire de l’actrice

Il y a quelques jours, on apprenait que le film avait été censuré au Liban à cause de la nationalité israélienne de l’actrice principale, Gal Gadot. En effet, dans un contexte conflictuel entre le Liban et Israël, tous les produits israéliens sont interdits au Liban. Et comme l’actrice, qui a effectué son service militaire, obligatoire en Israël, avait affiché en 2014 son soutien aux actions de Tsahal dans la bande de Gaza, le ministre de l’Intérieur libanais a tranché : le film ne sera pas diffusé en avant-première, le mercredi 31 mai. Il ne sera d’ailleurs jamais diffusé tout court.

Traduction : "Les projections de Wonder Woman ont été annulée ce soir, le film ne sortira finalement pas demain dans les cinéma du Liban." 

En Jordanie, Wonder Woman pourrait également être boycotté, à cause des mêmes raisons : l’origine de l’actrice. Comme la Jordanie est l’un des sept pays fondateurs de la Ligue arabe, qui a appelé au boycott des œuvres dans lesquelles apparaît l’Israélienne, l’avenir du film est compromis. En effet, l’étiquette militaire colle à la peau de l’actrice et porte préjudice au film. Courrier international souligne que la Commission des médias de Jordanie, qui étudie le scénario du film pour évaluer s’il correspond aux standards et valeurs du royaume, considère avant tout l’actrice comme "une citoyenne israélienne qui avait rejoint durant deux ans les rangs de Tsahal, dans le cadre du service militaire obligatoire".

Pour la Tunisie, "une affaire purement administrative"

Un nouvel épisode dans la saga de la censure de Wonder Woman s’est ouvert le mercredi 7 juin, date à laquelle devait se dérouler l’avant-première du film au cinéma Le Colisée, à Tunis. "Devait", car l’évènement a également été annulé. Le ministère de la culture tunisien a justifié sa décision dans un communiqué à l’AFP, arguant qu’une demande d’autorisation avait été déposée trop tardivement :

 "Elle a été déposée il y a deux jours seulement. L’obtention d’un visa d’exploitation requiert un délai de huit jours, a affirmé une responsable de ce ministère. C’est une affaire purement administrative."

Dans la foulée, nous avons appris par le parquet de Tunis que la projection du film de Patty Jenkins, programmée dans deux salles, à Tunis et La Marsa (au nord de la capitale), avait été suspendue à la demande du parti nationaliste Al-Chaab. Le sort du film sur le territoire tunisien sera examiné le 12 juin.

Pour Alger, "un problème de procédure"

Une projection de Wonder Woman était programmée à Alger le 8 juin dans le cadre de la deuxième édition du festival Les Nuits du cinéma. France Info rapporte que ce choix a soulevé l’indignation des internautes et entraîné la création d’une pétition demandant l’annulation de la séance :

© thepetitionsite.com

"La projection du film Wonder Woman au théâtre de verdure Laadi Flici à Alger le jeudi 8 juin avec une actrice principale qui glorifie l’attaque au phosphore blanc contre Gaza est inacceptable ! Le jour de la projection correspond justement au 50e anniversaire de l’occupation de Gaza durant la guerre des 6 jours (du 5 au 10 juin 1967). Alors qui est d’accord pour maintenir la projection à Alger ? Le film est déjà sur la blacklist du bureau des boycotts d’Israël de la Ligue arabe et interdit au Liban."

Malgré seulement une petite centaine de signatures sur un objectif de 1 000, le film a été déprogrammé et remplacé par Les Gardiens de la galaxie 2. Le site d’info algérien TSA a donc contacté Amine Idjer, le responsable de com de la société privée de distribution MD Ciné, pour évoquer l’avenir du film en Algérie. Pour lui, ce n’est pas un boycott, les projections étant juste repoussées à cause d’un problème administratif :

"Nous n’avons pas dit qu’il n’allait plus être diffusé. Nous avons eu un problème dans la procédure, ce qui fait qu’aujourd’hui nous ne pouvons pas le diffuser dans les délais fixés. Dès que la procédure sera réglée, nous communiquerons les nouvelles dates."

L’avenir nous le dira, donc.

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