Vilipendé par le Vatican, le film Week-end cartonne en Italie

La romance homosexuelle réalisée par le Britannique Andrew Haigh, excommuniée d'un millier de cinémas italiens sur ordre du Vatican, a pourtant triomphé ce week-end.

Les censeurs italiens du Vatican peuvent s'en mordre les doigts : le film Week-end d'Andrew Haigh, tourné en 2011, qui narre le coup de foudre de deux hommes dans un club et les deux jours de sexe et romance qu'ils passent ensuite ensemble, a cartonné au box-office italien ce week-end, selon Variety, engrangeant le plus de recettes par salle d'exploitation, avec une moyenne de 5 609 euros. Le film a même totalisé plus de 15 000 euros de recettes dans une seule et même salle à Rome, précise Variety.

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En temps normal, l'indicateur retenu pour estimer le succès d'un film est évidemment le nombre d'entrées. Mais Week-end souffre d'un contexte pour le moins particulier : labellisé "scabreux et indécent" par l'Église italienne lors de sa sortie le 10 mars, il a ensuite été banni de plus d'un millier de salles indépendantes gérées par le Vatican et n'a pu sortir que dans une dizaine de cinémas à travers le pays, alors que les pouvoirs publics le déconseillent seulement aux moins de 14 ans.

De l'influence de l'Église sur les exploitants

Pour Cesare Petrillo, président du distributeur italien Teodora Films, l'explication est simple : l'Église "a décidé que c'était inacceptable, que ça devait être censuré, et elle a joué de son influence pour paralyser la distribution" par pure homophobie. Car en Italie, l'Église s'invite même dans la programmation cinématographique.

Le réseau du cinéma indépendant italien est en effet historiquement lié à celui des paroisses, à qui il doit son implantation dans les communes éloignées des grandes métropoles. Et si l'époque où le prêtre coupait lui-même les scènes qu'il jugeait indécentes pour les chastes yeux de ses paroissiens est révolu, c'est encore le Vatican qui loue les salles aux exploitants. Si ces derniers ne sont pas forcément catholiques, ils sont néanmoins influencés par les décisions de la commission d'évaluation des films de la Conférence des évêques italiens, qui examine tous les films à sortir en Italie. Néanmoins, la censure pure et simple d'un film reste extrêmement rare.

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The Danish Girl et Spotlight, ça passe

Comme le précise l'AFP, récemment, The Danish Girl (qui dépeint une romance transgenre dans les années 1930) et Spotlight (qui s'attaque à l'affaire des prêtres pédophiles de Boston) ont respectivement reçu les étiquettes "problématique" et "complexe", sans qu'aucun ordre de déprogrammation ne soit pour autant émis. Le dernier film, indique l'agence de presse, a avoir subi la censure ecclésiastique est El Club, du Chilien Pablo Larraín, Ours d'argent à Berlin en 2015, qui se déroule dans une paroisse-prison officieuse pour prêtres pédophiles.

Mais Week-end ne connaîtra peut-être pas le même sort : à  la suite de ces chiffres, indique Variety, 11 cinémas supplémentaires vont désormais projeter le film. Hasard magnifique, Week-end vient d'être couronné second meilleur film LGBT de tous les temps, juste derrière l'ébouriffant Carol, avec Rooney Mara et Cate Blanchett, et devant Happy Together de Wong Kar-wai.

Par Thibault Prévost, publié le 16/03/2016

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