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Vu à Cannes : Loving, le biopic un peu trop simple de Jeff Nichols

Publié le

par Charles Carrot

On a été un peu déçus par Loving de Jeff Nichols, chronique du quotidien d'un couple mixte dans l'Amérique raciste des années Eisenhower. En compétition, le film est beau, simple... mais sans éclat.

Joel Edgerton et Ruth Negga dans <em>Loving.</em> (© Mars Distribution)

Richard Loving (Joel Edgerton) est blanc, Mildred Jeter (Ruth Negga) est noire, ils s'aiment et décident de se marier. Nous sommes dans l'Amérique de la fin des années 1950 et leur union est interdite dans l'État de Virginie, alors ils vont jusque Washington et reviennent discrètement, sans faire de bruit. La police les retrouve quand même et ils sont expulsés de l'État. D'abord, ils acceptent la sentence et déménagent loin de chez eux, de leur famille et de leurs amis. Puis les années passent et ils décident de contester cette décision en justice – portant leur cas jusqu'à la Cour suprême des États-Unis.

Un biopic humble et joli, mais un peu plat

Très en vue depuis Mud et Take Shelter, tout juste sorti d'un Midnight Special aux jolies fulgurances de mise en scène, Jeff Nichols signe ici un film d'une grande simplicité. Loving est beau, il évite les écueils du biopic pompier à l'américaine pour se concentrer sur le quotidien de ses personnages... Une idée intéressante, mais qui trouve rapidement ses limites. Un enfant, deux enfants, un procès, deux procès, un mur de briques puis un autre, saison après saison, le long métrage s'enfonce dans une confortable monotonie.

C'est tout là tout le drame d'un film qui cherche à éviter les flashs mais qui ne décolle vraiment que lorsque son histoire dépasse le cadre des époux Loving. Aussi touchants soient Richard et Mildred dans leur combat pour que soit reconnu leur amour – et malheureusement, ils ne sont pas aussi émouvants qu'on pourrait le penser –, les meilleurs moments de Loving ont lieu quand d'autres personnages entrent en jeu. Toujours aussi bon dans les scènes de nuit, Jeff Nichols se défend mieux quand il s'approche du thriller que lorsqu'il filme les sentiments.

Potentiel mal exploité

Les prestations de Ruth Negga (bien) et Joel Edgerton (moins bien) ne sont pas ridicules : on ne niera pas que les acteurs donnent une vraie consistance au couple Loving, et que leur alchimie fonctionne. Mais ils paraissent un peu rigides face à un Nick Kroll qui a l'air de s'amuser en avocat des droits civiques et pire, ils sont presque transparents quand Michael Shannon apparaît à l'écran. L'acteur fétiche de Jeff Nichols ne fait qu'un passage relevant du caméo mais son charisme met en évidence le potentiel mal exploité du film, son manque d'intensité.

On se prend à rêver de dialogues plus vifs, d'une mise en scène plus énergique : dans Loving, l'action est rare, le drame souvent lointain. Les choses se passent ailleurs. À l'image d'une jolie scène dans laquelle Richard Loving croit voir revenir la police, à tort, le film multiplie les fausses alertes. Et malgré sa belle simplicité, il échoue à se hisser vraiment au-delà de son statut de biopic convenu, de joli produit conçu soigneusement pour la Compétition officielle... ou les Oscars.

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