AccueilCinéma

Vu à Cannes : Adèle Haenel, très impliquée dans La Fille inconnue des frères Dardenne

Publié le

par Charles Carrot

On a vu La Fille inconnue, le dernier film (en compétition) des frères Dardenne sur une jeune femme médecin rongée par la culpabilité. Dommage : en dépit d'une construction limpide et de la belle implication d'Adèle Haenel, le récit ne décolle jamais tout à fait.

Docteur Jenny (Adèle Haenel) et son iPhone, accessoire omniprésent dans le film. (© Christine Plenus / Les Films du Fleuve)

Projeté ce 18 mai en compétition, La fille inconnue de Jean-Pierre et Luc Dardenne marque l'humble retour des frères belges à Cannes, avec un polar tourné dans la région de Liège. C'est l'histoire de Jenny Davin (Adèle Haenel), jeune médecin généraliste à l'avenir prometteur, appréciée de ses patients. Un soir, après s'être engueulée avec son stagiaire, elle n'ouvre pas sa porte à la personne qui sonne à l'interphone de son cabinet. Le lendemain, celle-ci est retrouvée morte par une police incapable d'identifier la victime. Il était tard, ses heures de travail étaient dépassées, mais il n'empêche : Jenny se sent coupable. Elle décide donc de mener l'enquête pour retrouver le nom de l'inconnue...

Un bon scénario déroulé de façon trop mécanique

Un peu hué, un peu applaudi à sa première cannoise, le film va clairement diviser le public. Commençons par ce qui fonctionne : le script. Le scénario de La Fille inconnue est intéressant, bien construit, et sa description de la vie d'une jeune femme médecin généraliste dans la banlieue wallonne sonne plutôt juste. Les Dardenne excellent généralement à peindre le quotidien de leurs personnages et ce nouveau long ne fait pas exception, donnant le temps au personnage de Jenny de s'incarner. Ils filment toujours aussi bien le réel dans tous ses aspects, dépeignant une communauté de gens "normaux" dans ce qu'elle a d'humain, sans la glorifier ou tomber dans le misérabilisme.

Le problème, c'est que ce solide scénario du projet est déroulé sur un canevas de polar qui ne sied guère aux Dardenne – qui flirtent parfois dangereusement avec le téléfilm policier à l'ancienne au rythme ronronnant. L'obsession des réalisateurs pour une réalité "crue" fait que le film n'essaie jamais d'être beau. Au-delà du parti pris visuel, La Fille inconnue manque de suspense, de tension, il se refuse tout agrément de réalisation qui pourrait faire monter la pression sur son personnage principal. De rares scènes viennent rappeler les risques potentiels que pourrait courir Jenny dans son enquête personnelle, mais les Dardenne donnent une forte priorité à sa routine de médecin, pour des scènes qui n'apportent pas toujours grand-chose.

Adèle Haenel impliquée mais inégale

En vérité, le vrai point de débat dans La Fille inconnue, c'est sa direction d'acteurs et la prestation de ses comédiens. Peut-être un peu jeune pour le personnage, Adèle Haenel reste crédible en docteur Jenny. Elle parvient généralement à détourner l'attention de ses airs d'étudiante en médecine, on la sent totalement impliquée dans le rôle et on lit l'obsession et la fatigue de son personnage dans son regard. Tout en retenue, parfois chaleureuse, elle est de chaque scène, et donne toute son identité au film.

Le reste du casting est bon aussi... du moins dans l'attitude et la gestuelle. L'énorme souci de La Fille inconnue, c'est la manière dont les acteurs débitent leurs dialogues, très rigide et théâtrale, ce qui donne un côté robotique au film. Les personnages déclament lentement leurs répliques, ne se coupent pas la parole, restent presque toujours d'un calme indéfectible. Même Haenel n'y coupe pas : parfaitement dans le ton dans certaines scènes, elle donne l'impression de réciter scolairement son texte quelques secondes plus tard, parfois avec une touche d'accent moyennement réussi. Résultat : structurellement intéressant, La Fille inconnue est un film trop mécanique pour son propre bien.

À voir aussi sur konbini :