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Voilà 3 bonnes raisons de se jeter sur Love and Monsters

Publié le

par Louis Lepron

La très bonne surprise ciné du mois vous est offerte par Netflix.

Que pouvait-on attendre d’un projet pensé en 2012, confirmé en 2018, tourné en 2019 et réalisé par un illustre inconnu (Michael Matthews), avec à l’écran la star du Labyrinthe (Dylan O’Brien), une actrice rompue aux seconds rôles dans des séries et films à gros budgets (Jessica Henwick) et Yondu Udonta des Gardiens de la galaxie (Michael Rooker) ? Pas grand-chose.

Love and Monsters est ce projet. Il aurait dû sortir en 2020 dans nos bonnes vieilles salles de cinéma via la Paramount. Le Covid en a décidé autrement, rebattant les cartes de sa distribution, privilégiant le virtuel et le streaming au présentiel et sièges bourrés de pop-corn, même si quelque 300 salles américaines ont eu le privilège de le défendre au détour du mois d’octobre dernier.

En France, sa diffusion se fait discrètement ce mercredi 14 avril sur Netflix, entre la sortie de la série Le Serpent qu’est Tahar Rahim, du long Madame Claude et du très bon film d’animation Les Mitchell contre les machines. Et on vous donne 3 raisons de vous jeter dessus.

1. Une histoire apocalyptique façon comédie

Il y a des films dont les titres vous disent tout ce que vous allez voir. Prenons Titanic : vous savez pertinemment que, vers la fin, le paquebot ne va pas aimer se frotter à de la glace. Comme L’Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford : là aussi, on sait d’emblée que Jesse James va se faire trucider par cet enfoiré de Robert Ford. Ou encore 127 heures, soit le nombre d’heures de vie qu’on a perdues après avoir vu ce film de Danny Boyle.

Love and Monsters fonctionne sur le même principe : on sait qu’il y aura des monstres et de l’amour. Mais un troisième élément aurait pu être ajouté à cette équation somme toute assez basique : de la comédie. Dès les premières secondes, le protagoniste, Joel, devient le narrateur d’une apocalypse qui a ravagé la Terre et près de 90 % de la population.

La faute à pas de chance : alors que l’humanité avait fait feu de missiles pour détruire une météorite un peu trop envahissante, l’effet secondaire a été la transformation, après la descente des éléments nucléarisés sur le sol, d’innocents animaux terrestres en monstrueux kaijūs.

Il s’ensuivit pas mal de pertes chez les humains (dont le président des États-Unis, bouffé par un papillon de nuit) et une seule possibilité de survivre, celle de se barricader sous terre. Le tout raconté avec des dessins et un ton qui se veut léger. Comme si rien de tout ça n’était vraiment grave. Une manière comme une autre, pour Joel, d’alléger la gravité de la situation.

Jessica Henwick dans <em>Love and Monsters.</em>

2. Un casting qui fonctionne parfaitement

Joel n’est autre que Dylan O’Brien. L’acteur américain est connu du public pour ses rôles à répétition dans la franchise Le Labyrinthe façonnée depuis 2014, et ne lui laissant guère de liberté artistique. Avec Love and Monsters, le comédien semble se moquer du courage et de la force intrinsèque à Thomas, le héros du Labyrinthe, pour mieux se risquer à affirmer qu’il n’est en rien un héros. Sa particularité ? "Freezer" lorsqu’il se retrouve face à un monstre.

Alors qu’il décide soudainement de rejoindre son ancien premier amour à 135 kilomètres, un membre de son équipe lui conseille alors, au regard de son gabarit et de sa nullité en combat : "Cours et cache-toi." En résulte une idée de casting pertinente pour dépoussiérer le jeu d’un acteur provenant d’une franchise qui n’avait plus grand-chose à dire.

À ses côtés, Jessica Henwick et Michael Rooker permettent à Love and Monsters d’obtenir un rythme scénaristique efficace. Si Jessica incarne Aimee, le fameux premier amour de Joel et son objectif géographique, Michael Rooker, qui semble sortir de The Lost City of Z, devient son compagnon de route le temps de quelques kilomètres à la surface de la Terre.

Michael Rooker dans <em>Love and Monsters.</em>

Les profils de ces personnages permettent de donner du souffle à un scénario qui aurait pu se tourner vers un voyage solitaire et sanglant d’un Joel dépassé par les événements. En ressortent au contraire des rencontres attachantes et bienvenues, sans pour autant être naïves et convenues.

3. Une alchimie ciné rafraîchissante

Mais qu’est-ce qui fait aussi que Love and Monsters fonctionne ? Tout d’abord ses influences, assumées dès le départ : on y trouve la fraîcheur du premier Zombieland, le cynisme comique des films d’Edgar Wright (coucou Shaun of the Dead) et une aventure que n’aurait pas reniée un George Miller.

Ça marche aussi parce que le film profite du contexte. Si sa sortie l’a plutôt malmené au regard des salles fermées, son histoire, pensée depuis bientôt dix ans, raconte pourtant précisément notre situation. Le parcours de Joel à la surface frappe tant il pourrait être relié à nos angoisses en temps de Covid.

Dylan O’Brien et son chien, Boy.

Avec un subtil équilibre entre les personnages, les situations, les drames, l’humour et une action bien dosée, Michael Matthews réussit le pari de façonner un film apocalyptique à petit budget (30 millions de dollars) sans jamais nous ennuyer ni nous asséner de grandes vérités, privilégiant les angles morts des faux-semblants et lorgnant en ce sens vers la découverte de l’autre, ce thème si cher à un Spielberg, tout en allant voir du côté moderne d’Edgar Wright pour la mise en scène. Bref, courez le voir. Enfin, bougez pas, ça se passe via votre canapé.

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