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Voici 8 choses (indispensables) à savoir sur les Oscars 2021

Publié le

par Manon Marcillat

(© Focus Features)

Après une année cataclysmique pour le cinéma, cette cérémonie aura une lourde charge symbolique.

Reportée au dimanche 25 avril, la cérémonie des Oscars approche à grands pas. Malgré le recul de l’épidémie aux États-Unis, elle sera marquée par les contraintes sanitaires. Mais c’est également le premier événement de cette ambition et de cette ampleur depuis que le pays a été frappé par la pandémie et il sera donc, de fait, historique. Pour les Oscars aussi, il y aura un avant et un après Covid.

Comme un clin d’œil à son film d’anticipation malgré lui, c’est Steven Soderbergh, le réalisateur de Contagion, qui est le producteur de cette 93e cérémonie des Oscars. Si la production espère ne pas reproduire le fiasco des Golden Globes, qui a réalisé la pire audience de son histoire, elle reste également très mystérieuse quant aux contours de cette cérémonie. "Nous voulons que cette année, les Oscars ressemblent à un film, pas à un spectacle télévisé", a insisté la production.

Les organisateurs ont donc promis "un aréopage de stars vraiment galactique", tellement éblouissant que "des lunettes de soleil pourraient être nécessaires". Mais derrière les paillettes, l’Académie a également travaillé pour rendre cette cérémonie historique, et la diversité et la mixité promises depuis des années sont enfin au rendez-vous.

Effet d’annonce pour attirer les foules désintéressées du cinéma après une année cataclysmique ou véritable prise de conscience ? L’avenir nous le dira mais, en attendant, voici huit choses à savoir sur cette 93e cérémonie des Oscars.

1. Un "aréopage de stars galactique"

Cette année, les stars sont mises à contribution pour tenter, ensemble, de recréer la magie du cinéma en piteux état. Pour charmer les téléspectateurs, la production a fait appel à plusieurs anciens lauréats. Si, pour la troisième année consécutive, aucun maître de cérémonie n’a été désigné pour animer la cérémonie, plusieurs stars sont attendues pour remettre les prix.

Harrison Ford et Reese Witherspoon, ainsi que les lauréats de l’édition 2020 comme Brad Pitt, Joaquin Phoenix, Renée Zellweger, Laura Dern et Bong Joon-ho, troqueront leurs pyjamas pour des tenues de soirée afin de remettre en main propre les statuettes. Et pour un goût de vie d’avant, Steven Soderbergh a annoncé que les masques seraient facultatifs pour les personnes devant la caméra.

Afin de permettre au plus grand nombre d’invité·e·s de venir assister à la cérémonie en chair et en os, dans le strict respect des distances sociales, les organisateurs ont cette année choisi de déplacer la soirée dans un hall de gare. Mais pas n’importe quelle gare : la mythique Union Station, ancienne gare ferroviaire du centre de Los Angeles, que l’on a pu apercevoir dans Blade Runner de Ridley Scott, à quelques kilomètres de la traditionnelle salle du théâtre Dolby à Hollywood, où se tiendront également la remise des prix et des performances musicales en direct.

Union Station dans <em>Blade Runner</em> de Ridley Scott (1982).

Entre désintérêt forcé pour le cinéma et les pléthores d’acquisitions par les plateformes qui ont noyé les usagers sous une offre démesurée, les sorties n’ont pas fait événement cette année. Les Oscars le feront-ils ?

2. Des Français à Hollywood

Cette année plus que jamais, Tahar Rahim a imposé son talent de l’autre côté de l’Atlantique grâce à son rôle dans Désigné coupable et a donc porté sur ses épaules tous les espoirs de voir la France représentée à Hollywood. S’il ne sera finalement pas à Los Angeles le 25 avril prochain, l’Hexagone ne sera pour autant pas en reste.

Car cette année, cocorico, deux Français sont dans la compétition et emboîteront peut-être le pas à Jean Dujardin, Juliette Binoche, Marion Cotillard, Agnès Varda et Claude Lelouch. Si l’Académie n’a finalement pas retenu Deux, le premier film très réussi de Filippo Meneghetti et César du Meilleur premier film qui représentait la France dans la course, deux autres Français sont en revanche nommés.

Le premier : Florian Zeller, nommé à six reprises notamment pour le Meilleur film avec The Father, adapté de sa pièce Le Père, huis clos émouvant sur la vieillesse et la maladie d’Alzheimer, magistralement porté par Anthony Hopkins et Olivia Colman, qui a conquis Hollywood. Le second : Adrien Merigeau, nommé dans la catégorie Meilleur court-métrage d’animation pour Genius Loci, réalisé à l’aquarelle. Dans les catégories techniques moins médiatisées sont également nommés Frédéric Thoraval pour le Meilleur montage avec son travail sur Promising Young Woman et Nicolas Becker, co-nommé dans la catégorie Meilleur son pour Sound of Metal.

Mais Colette Marin-Catherine, 92 ans et l’une des dernières résistantes françaises encore en vie, s’est également glissée dans la sélection officielle. Son voyage en Allemagne sur les traces de son frère Jean-Pierre, mort dans le camp de concentration de Dora, a été porté à l’écran par le réalisateur américain Anthony Giacchino et nommé dans la catégorie Meilleur court-métrage documentaire.

3. La (presque) parité

On tire, tristement, le même constat tous les ans : depuis la création des Oscars, une seule cinéaste a, à ce jour, remporté la statuette de la Meilleure réalisation. Il s’agit de Kathryn Bigelow pour Démineurs, en 2010. Et tous les ans, on ne répétera jamais assez qu’il y a évidemment des films réalisés par des femmes qui méritaient d’être sélectionnées dans les plus importantes catégories de la compétition, à savoir celles de Meilleur film et de Meilleure réalisation.

Maintenant qu’on a dénoncé en long en large et en travers l’invisibilité des femmes dans l’industrie, il serait temps que la société patriarcale innove et se fasse garante d’un monde plus inclusif. Cette année, l’Académie a justement tenté de relever le défi de la parité. Pour la première fois, deux réalisatrices sont nommées dans la catégorie Meilleure réalisation.

Sur les traditionnels cinq cinéastes en lice pour l’Oscar, on compte dans la course Emerald Fennell pour Promising Young Woman et Chloé Zhao pour Nomadland, qui pourrait ainsi briser un double plafond de verre en devenant la première réalisatrice non blanche à être récompensée. Face à Thomas Vinterberg (Drunk), David Fincher (Mank) et Lee Isaac Chung (Minari), les femmes ont désormais une chance de reprendre le flambeau à Hollywood, qui n’a cessé de s’engouffrer dans la surreprésentation des hommes derrière la caméra.

4. L’année de la diversité

Après de nombreuses polémiques les années précédentes, c’est sous le signe de la diversité que s’ouvrira cette 93e édition. Taxé de "so white", Hollywood peut se targuer d’avoir ouvert son champ de vision pour une cérémonie plus inclusive. Du côté des prétendants à la statuette du Meilleur acteur, on se réjouit de voir figurer Steven Yeun pour son rôle de père immigré aux États-Unis dans le sublime Minari.

C’est la première fois qu’un acteur d’origine asiatique figure dans cette catégorie. Doté de sa casquette rouge, espérons-le, il fera notamment face à Riz Ahmed, lui aussi premier musulman à être nommé dans cette catégorie, pour son rôle de sourd dans Sound of Metal, et qui vient d’ailleurs de repartir des Film Independent’s Spirit Awards avec la statuette du Meilleur acteur.

Avant même de savoir qui détiendra cette prestigieuse récompense, le duo de comédiens tient donc déjà sa victoire : celle d’avoir marqué l’Histoire. Car il y a fort à parier qu’une pluie de récompenses s’abatte sur le regretté Chadwick Boseman pour son dernier film, Le Blues de Ma Rainey. Laissant un grand vide au cinéma, il rafle à titre posthume tous les prix depuis cet automne.

Les Oscars laissent également une chance à Yoon Yeo-jeong de se démarquer pour son second rôle dans Minari, ce qui fait également d’elle la première actrice coréenne à entrer dans cette compétition. Cette année, la communauté asiatique est donc entrée par la grande porte du cinéma sous la houlette de Lee Isaac Chung, nommé quant à lui à la Meilleure réalisation pour Minari.

Mais les Tunisiens pourraient aussi repartir avec une belle nouvelle. Avec The Man Who Sold His Skin qui concourt au Meilleur film étranger, la réalisatrice Kaouther Ben Hania offre à son pays sa première nomination aux Oscars. L’écrasante majorité de mâles blancs dominant l’industrie semble enfin prête à mettre les minorités sur le devant de la scène. Et on ne peut que saluer cette volonté de mieux représenter le monde dans lequel nous vivons.

5. Les biopics sont rois

Films hautement oscarisables depuis toujours et souvent taillés pour les récompenses, les biopics sont une nouvelle fois surreprésentés cette année. L’an passé, Renée Zellweger avait par exemple remporté l’Oscar de la Meilleure actrice pour son interprétation de Judy Garland dans Judy.

Cette année, ils font la part belle aux histoires vraies autour des Afro-Américains et, dans la catégorie Meilleur film, on recense trois biopics : Judas and the Black Messiah sur le Black Panther Fred Hampton, Mank sur le scénariste de Citizen Kane Herman Mankiewicz, et Les Sept de Chicago sur l’affaire et le procès des Chicago Seven. Chadwick Boseman est de son côté nommé pour Le Blues de Ma Rainey, Andra Day pour The United States vs. Billie Holiday, Leslie Odom Jr. pour One Night in Miami et Glenn Close pour Hillbilly Elegy.

Plutôt conventionnel, le biopic est pourtant le genre roi de la cérémonie. Souvent sélectionnés et récompensés, les films biographiques raflent chaque année de nombreuses statuettes. Si les César récompensent moins systématiquement le genre, les Américains, adeptes du grand spectacle, sont souvent séduits.

Mais pourquoi une telle popularité ? Les acteurs et actrices, déjà, veulent tous leur rôle dans un biopic car ressusciter un personnage disparu ou une personnalité hors du commun au destin souvent exceptionnel est une ambition très noble. Les biopics permettent également de livrer une interprétation qui marquera les esprits : émois, excès ou transformations physiques, une large palette d’émotions est au rendez-vous et tout est fait pour impressionner. Ainsi, formatés mais efficaces dans la forme, les biopics remportent souvent l’adhésion de la majorité et parviennent à conquérir critiques comme public.

6. Un record de nominations pour Netflix

La plateforme, de mieux en mieux accueillie aux Oscars, domine, comme en 2020, la sélection cette année. L’an dernier, le géant du streaming avait déboursé 70 millions de dollars pour la promotion de ses films dans la course à la statuette et avait récolté 24 nominations, Marriage Story et The Irishman en tête. En 2021, Netflix bat un nouveau record en décrochant 35 nominations, notamment grâce aux dix citations de Mank de David Fincher et aux six nominations des Sept de Chicago d’Aaron Sorkin et du Blues de Ma Rainey.

Chaque année depuis 2014, date où la plateforme a apporté son premier film jusqu’aux Oscars, Netflix envoie un nombre exponentiel de ses productions concourir dans les différentes catégories et, au total, le géant a décroché plus de 90 nominations dans la compétition.

Cependant, nomination ne signifie pas victoire, surtout pas pour Netflix qui, l’an dernier, est reparti avec seulement deux statuettes. Mais cette année de reports de sorties et d’acquisitions en masse par les plateformes en décidera peut-être autrement.

Quoi qu’il en soit, les nominations suffisent à changer le destin d’un film. Si les producteurs investissent de telles sommes dans la course aux Oscars, c’est que l’impact financier est bien réel. Ainsi, une étude menée par le professeur d’université Randy A. Nelson estimait qu’une nomination dans la catégorie Meilleur film augmentait les revenus au box-office de près de 7 millions de dollars.

En 2019 par exemple, année où Netflix a donné un véritable coup d’accélérateur à sa production de films originaux et où Roma d’Alfonso Cuarón décrochait dix nominations, les vues du film sur la plateforme ont bondi de 250 %, révèle le Huff Post. Victoire ou non, Netflix y trouvera donc forcément son compte.

7. Un triomphe pour Nomadland

Nomadland de Chloé Zhao n’en finit plus de conquérir les festivals et cérémonies de récompenses. À deux jours des Oscars, où il est nommé pour Meilleur film, Meilleure actrice, Meilleure réalisation, Meilleure photographie, Meilleur scénario adapté et Meilleur montage, le film vient de remporter une nouvelle salve de prix aux Film Independent’s Spirit Awards, dans la catégorie Meilleur film, Meilleur réalisateur, Meilleur montage et Meilleure cinématographie. Des statuettes qui viennent ainsi s’ajouter au Lion d’or de Venise, aux deux Golden Globes et aux quatre Bafta.

Avec cette pluie de récompenses, son entrée prochaine dans le Marvel Cinematic Universe avec The Eternals et sa future adaptation de Dracula version western futuriste pour les studios Universal, Chloé Zhao a tout pour devenir la nouvelle reine de Hollywood. Mais pourquoi, après deux premiers films qui se focalisaient déjà sur l’Ouest américain, celui-ci remporte-t-il une telle adhésion ?

Film contemplatif qui encapsule les grands espaces désertés des États-Unis, captés au petit matin ou à la tombée de la nuit, Nomadland est une véritable ode au voyage, à la liberté et à l’indépendance, qui résonne différemment à nos yeux et dans nos cœurs alors que notre semi-enfermement dure depuis près d’un an déjà. Il célèbre ceux qui ont osé un pas de côté en adoptant un mode de vie nomade, loin des considérations matérielles.

Nomadland (© Searchlight Pictures)

À mi-chemin entre la fiction et le documentaire, il raconte également, avec un regard bien à lui et loin de tout sensationnalisme, la crise des subprimes qui a frappé les États-Unis en 2008. Taxé de complaisance envers Amazon pour son absence de discours politique sur les conditions de travail des employés de la firme, Nomadland met également en lumière une certaine Amérique et, on le sait, les États-Unis sont un pays qui aime se raconter en film – ce qui explique donc son engouement pour les biopics précédemment cités.

À l’inverse de ses premiers films, qui reposaient sur des comédiens amateurs, la réalisatrice a cette fois-ci réussi à embarquer avec elle l’impériale Frances McDormand, première instigatrice du projet et très appréciée des cérémonies de récompenses. Celle qui a remporté à deux reprises l’Oscar de la Meilleure actrice pourrait ainsi rejoindre le club très fermé des actrices les plus oscarisées aux côtés de Meryl Streep, Ingrid Bergman ou encore Katharine Hepburn.

8. Le boycott chinois

Cependant, de l’autre côté du globe, on ne voit pas le succès de Chloé Zhao du même œil. Sa "standing ovation" a d’abord suscité l’admiration en Chine, son pays d’origine, et la réalisatrice chinoise, première femme asiatique en passe d’être récompensée d’un Oscar, était alors qualifiée de "fierté" par la presse nationale.

Mais des propos de la plus américaine des Chinoises ont rapidement refait surface. Elle affirmait, dans une capture d’écran supposée de l’article, que la Chine est un "endroit où il y a des mensonges partout", que "les États-Unis sont maintenant [son] pays" et qu’elle ne possède plus de passeport chinois. Après avoir été qualifiée de "traîtresse", la sortie de son film dans l’empire du Milieu semble donc compromise.

Mais la présence de Nomadland dans six catégories aux Oscars n’est pas la raison de la colère chinoise envers la cérémonie. Alors que cette année pourrait être l’année de la Chine à Hollywood qui, outre le sacre annoncé de Chloé Zhao, a sélectionné Voyage vers la Lune pour le Meilleur film d’animation, Better Days pour le Meilleur film étranger et offre également deux nominations à Mulan, le pays a décidé de boycotter la cérémonie.

La raison principale de ce boycott est bien évidemment politique. Outre de nombreux différends entre le pays et la cérémonie par le passé, c’est cette année la sélection d’un court-métrage documentaire, réalisé par le Norvégien Anders Sømme Hammer et qui raconte les violentes manifestations qui ont eu lieu à Hong Kong en 2019, qui ne passe pas.

Field of Vision - Do Not Split from Field of Vision on Vimeo.

Dans ce documentaire pro-démocratie, le réalisateur a promené sa caméra dans les rues de la ville envahies par des gaz lacrymo pour suivre des étudiants qui se battent contre un gouvernement chinois qui n’entend plus leur laisser de libertés. Et le boycott de la Chine ne lui donne ainsi que plus de résonance.

Entre inclusion, tensions politiques et septième art dévasté, quels que soient les choix de l’Académie, cette 93e cérémonie des Oscars aura donc une lourde charge symbolique.

Article écrit avec Lucille Bion.

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