Vidéo : à Paris, une projection du nouveau film de Polanski annulée

Manifestations, avant-premières et interviews annulées... Roman Polanski et son film J'accuse ne sont pas les bienvenus en France.

Aujourd’hui, mercredi 13 novembre, J’accuse, le dernier film de Roman Polanski, sort en salles dans un climat de tensions. Après que Jean Dujardin, l’acteur principal, a annulé sa venue au Journal de 20 heures de TF1 dimanche, que l’émission Pop pop pop de France Inter avec Louis Garrel, autre acteur du film, n’a pas été diffusée lundi et qu’Emmanuelle Seigner (qui est l’épouse de Polanski et qui joue dans le film) s’est "décommandée" de l’émission Boomerang prévue mardi, le Champo, cinéma mythique du quartier latin organisait une avant-première de J’accuse.

Parmi les spectateurs qui faisaient la queue, on pouvait entendre : "Polanski violeur, cinémas coupables" ou "Polanski persécute les femmes". Dans le Ve arrondissement de Paris, une quarantaine de féministes, habillées tout en noir et munies de fumigènes rouges, se sont rassemblées devant la salle et ont réussi à bloquer la projection, comme le rapporte France Info.

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Après une heure de protestation, Le Champo a décidé d’annuler la projection. Pour Chloé Madesta, l’une des militantes, il reste encore de longues batailles à mener :

"Ce n’est pas une victoire. Ce sera une victoire quand l’impunité des violeurs prendra fin. Le jour où les femmes arrêteront d’être violées, ce sera une victoire […]. On appelle tous les cinémas à arrêter de projeter l’œuvre d’un violeur."

Quelques jours auparavant, la photographe Valentine Monnier, inspirée par la prise de parole courageuse d’Adèle Haenel, qui accuse Christophe Ruggia "d’attouchements" et est soutenue par ses pairs et les activistes #MeToo, a révélé qu’elle avait été violée et battue par le réalisateur lorsqu’elle avait 18 ans, alors qu’elle était venue skier en Suisse avec une amie. Ces faits, qui auraient eu lieu en 1975, s’ajoutent aux témoignages de quatre autres femmes accusant Roman Polanski de les avoir agressées dans le passé.

Cette nouvelle accusation de viol, immédiatement démentie par le réalisateur, embarrasse le cinéma français, qui est régulièrement soupçonné de trop protéger le réalisateur multirécompensé toujours poursuivi par la justice américaine. Le cinéaste a été récompensé du Grand Prix du jury à la Mostra pour J’accuse, mais il a aussi suscité des réserves, notamment parce qu’il a dit à plusieurs reprises que l’affaire Dreyfus lui évoquait sa propre histoire, s’estimant "persécuté".

"Une complicité indécente du cinéma français"

Thriller sur fond d’espionnage, J’accuse raconte ce scandale majeur de la IIIe République qui a duré douze ans (1894-1906) du point de vue du lieutenant-colonel Marie-Georges Picquart, chef des services de renseignement. Jean Dujardin campe le rôle de Picquart, Emmanuelle Seigner celui de sa maîtresse, tandis que Louis Garrel incarne le capitaine Dreyfus.

Par ailleurs, Jean Dujardin a déclaré début novembre dans Elle qu’il était "fatigué" du mouvement #MeToo et de la polémique qui entourait J’accuse, malgré la "nécessité" du débat. De leur côté, les Femen accusent "le cinéma français, les producteurs, les techniciens et les comédiens de complicité", soulignant que "le cinéaste jouit d’une complicité indécente" :

De son côté, l’ARP, la Société civile des auteurs réalisateurs producteurs, qui réunit plus de 200 cinéastes dont Roman Polanski, réfléchit à d’éventuelles sanctions à l’encontre de ses membres mis en cause dans des affaires de violences sexuelles, une décision qui pourrait concerner le réalisateur.

Dans un communiqué, l’association "invite toutes les organisations professionnelles à se réunir pour une réflexion sur une déontologie commune" et rappelle qu’elle "soutient avec force toutes les victimes de violences morales et sexuelles".

Konbini avec AFP

 

 

Par Lucille Bion, publié le 13/11/2019

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