AccueilCinéma

Une prière avant l’aube : la survie coup de poing du boxeur Billy Moore

Publié le

par Mehdi Omaïs

Dans Une prière avant l’aube, présenté à Cannes hors compétition, Jean-Stéphane Sauvaire relate l’histoire vraie et violente du boxeur britannique Billy Moore.

En 2008, avec le percutant Johnny Mad Dog, Jean-Stéphane Sauvaire portait à l’écran le roman homonyme de l’écrivain congolais Emmanuel Dongala. L’occasion pour lui de scanner le quotidien chaotique d’enfants-soldats au cœur d’un pays d’Afrique déchiré par une guerre intestine.

Neuf ans plus tard, si l’on met de côté son téléfilm Punk pour Arte, le réalisateur français revient sur le devant de la scène, par la porte cannoise, avec une autre transposition cinématographique. Cette fois, l’intéressé a choisi d’exhumer la trajectoire hallucinante du boxeur britannique Billy Moore, d’après son autobiographie baptisée Une prière avant l’aube.

Bienvenue en prison…

La porte explose. Des invectives s’élèvent. Quelques policiers sur les dents jaillissent. Billy Moore n’a pas le choix. Il est pris de court, appréhendé avec autorité pour détention de drogue. Ni une ni deux, le voilà balancé dans une prison insalubre de Thaïlande à l’intérieur de laquelle les détenus sont disposés les uns sur les autres, condamnés, au-delà de leur sentence, à une promiscuité intenable. Évidemment, on pense d’emblée à Brad Davis dans Midnight Express en voyant le protagoniste passer derrière les barreaux de cet établissement glauque, cauchemardesque et si éloigné de ses repères.

Une prière avant l’aube est ce qu’on appelle un film à la "première personne", de ceux qui adoptent invariablement le point de vue de leur héros. C’est ce qui intéressait avant tout Jean-Stéphane Sauvaire : se baser sur l’expérience de son sujet principal pour raconter, plus largement, le récit universel d’un homme claquemuré dans un environnement extrême dont il ne connaît aucun code.

De fait, la caméra talonne Billy, le colle, le touche. Elle est la matérialisation de son regard, ce même regard qui balaye les corps blessés, tatoués, avilis. Et c’est à travers ce dispositif de mise en scène ultra-immersif que le réalisateur transforme son spectateur en cobaye d’une épopée viscérale.

Terrain balisé

C’est un fait : aborder la thématique du film carcéral n’est pas toujours payant. Oh non. Si certains longs-métrages échappent aux facilités et autres poncifs, à l’image d’Un prophète ou plus récemment des Poings contre les murs, d’autres se contentent de multiplier les passages obligés, comme autant de cases à cocher dans un cahier des charges.

Le film de Jean-Stéphane Sauvaire n’est pas de ceux-là et c’est son approche qui le sauve. Sa mise en scène nerveuse, caméra souvent à l’épaule, tient en haleine et dissout petit à petit les clichés ambiants. Sous nos yeux, Billy va s’adapter, essayer de dompter un langage qu’il ne comprend pas – les propos en thaï, jamais traduits, participent à la perdition –, dompter la violence des gangs et trouver finalement son salut dans la boxe. Une destinée qui mérite qu’on s’y penche…

À voir aussi sur konbini :