( © Velvet Film)

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Une fille facile s’attaque aux clichés en sublimant Zahia

Avec un quatrième film plus léger, Rebecca Zlotowski nous envoie une carte postale clinquante mais engagée et nécessaire.

Au cours du Festival de Cannes, Konbini vous fait part de ses coups de cœur. Aujourd’hui, place au nouveau film de Rebecca Zlotowksi, Une fille facile, présenté à la Quinzaine des réalisateurs.

C’est quoi ?

À Cannes, Sofia (interprétée par Zahia) qui vient de perdre sa mère rejoint sa cousine Naïma (Mina Farid), qui vient de fêter ses 16 ans. Robe transparente, talons, UV : du haut de ses 22 ans, Sofia, qui a beaucoup usé du bistouri, attire tous les regards avec son corps fascinant. Et elle assume.

Les deux cousines passent leurs journées sur la plage et leurs soirées à sortir. Elles rencontrent deux garçons plus âgés, Andrès (Nuno Lopes), un Brésilien fortuné, et Philippe (Benoît Magimel), son bras droit chargé de connecter les riches entre eux. Acceptant d’élargir leur microcosme élitiste, ils les convient sur leur yacht avec jacuzzi, champagne et tout le tintouin.

Naïma, fasciné par ce nouveau monde, va délaisser son meilleur ami, sa vocation d’actrice et la tendresse étouffante de sa mère, pour suivre les grands dans les restaurants huppés. Comme dans un parcours initiatique, l’héroïne va nous embarquer dans ses vacances d’été solaires, curieuses et parfois sulfureuses.

(© Velvet)

Mais c’est bien ?

Une fille facile est un film efficace puisqu’il pousse les spectateurs à déconstruire l’opinion qu’ils ont de l’actrice principale. Rebecca Zlotowski, la réalisatrice, est venue trouver Zahia sur Instagram. L’ancienne call-girl, connue pour ses affaires avec les footballeurs Ribéry et Benzema alors qu’elle était mineure, a su saisir sa chance de devenir actrice pour tordre le cou aux stéréotypes.

Derrière la plastique de poupée Barbie, c’est le cerveau de la jeune femme que tente de mettre en avant la réalisatrice. Et c’est comme si nous avions brutalement oublié l’anatomie humaine après qu’elle nous a présenté son actrice habillée avec un minimum de tissu.

On se rend vite compte qu’un film n’a pas le même impact lorsqu’on transforme Marion Cotillard en cagole dans Gueule d’ange (Un certain regard à Cannes, l’an passé) et qu’on demande à Zahia de jouer son propre personnage médiatique. Dans le deuxième cas, le film envoie plus de signaux et soulève plus de réflexion.

Dans une société où l’image prime et les réseaux sociaux dictent nos conduites, Zahia donne à entendre sa voix. On finit par comprendre que personne ne savait ce qu’elle avait à dire car on ne lui a pas laissé la chance de le faire. Dans une scène du film, sûrement la meilleure sur le plan scénaristique, elle cite Marguerite Duras, histoire de montrer qu’elle n’est pas qu’un objet sexuel aguicheur.

Si le fond est plus fort que la forme, ce quatrième film de Rebecca Zlotowski est culotté, imparfait, mais nécessaire. Après avoir étudié la montée du nazisme en Europe, la cinéaste qu’on ne soupçonnait pas si féministe revient en force, avec un message plus abouti et une ambiance solaire et plus clinquante qu’on ne le pense.

Qu’est-ce qu’on retient ?

L’acteur qui tire son épingle du jeu : Zahia Dehar

La principale qualité : Les intentions de la réalisatrice

Le principal défaut : Le manque de magie

Un film que vous aimerez si vous avez aimé : Gueule d’ange

Ça aurait pu s’appeler : Cagole

La quote pour résumer le film : "Clinquant et piquant"

Par Lucille Bion, publié le 23/05/2019

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