AccueilCinéma

Une étude sur la diversité prouve qu'Hollywood a encore beaucoup de boulot

Publié le

par Lucille Bion

L'industrie d'Hollywood n'arrive décidément pas à changer.

L’étude annuelle de GLAAD (Gay & Lesbian Alliance Against Defamation), chargée d’examiner et de rendre compte de la qualité, de la quantité et de la diversité des personnages LGBTQ+ dans les films à succès, produits par les gros studios en 2019, vient de rendre son verdict : Hollywood a encore beaucoup de chemin à parcourir pour être irréprochable sur les questions de diversité.

Pour mener à bien cette étude "Studio Responsibility Index" (SRI), les analystes se sont penchés sur le cas de huit majors : Lionsgate, Paramount Pictures, Sony Pictures, STX Films, Les Artistes associés, Universal Pictures, The Walt Disney Studios et Warner Bros. Au cours de l’année 2019 — du 1er janvier au 31 décembre — on peut compter 22 personnages gays, lesbiens, bisexuel·le·s, transgenres ou queer dans les 118 films réalisés par ces studios les plus influents du cinéma.

Si ce chiffre représente environ 18,6 % des personnages fictifs, ce faible pourcentage semble réjouir plusieurs médias, à commencer par Deadline qui parle de "bonne nouvelle" en se référant aux résultats de 2018. Ces derniers rapportaient que l’on trouvait 20 personnages LGBTQ+ sur les 110 films analysés, donnant alors un pourcentage légèrement plus faible, estimé à 18,2 %.

Sans nuance, Sarah Kate Ellis, la présidente et CEO de GLAAD tire un constat plus amer : 

"Bien que nous ayons observé une évolution constante de la représentation LGBTQ+ à la télévision ces dernières années, les films mainstream continuent de prendre du retard."

Les gays à l’honneur, les trans absents

L’étude met également l’accent sur les bons et les mauvais élèves, en indiquant par exemple que Lionsgate, Paramount Pictures, Les Artistes Associés et Universal Pictures ont été plus soucieux de représenter la communauté LGBTQ+ par rapport à Sony Pictures Entertainment ou Walt Disney Studios. STX Films a même été pointé du doigt puisqu’aucun protagoniste LGBTQ+ n’a été intégré dans l’ensemble de son catalogue de films. 

Plus précisément, l’étude révèle qu’en 2019, parmi les films inclusifs, 68 % mettaient en scène un homme gay (15 films au total), 36 % une lesbienne (8 films) et 14 % un personnage bissexuel (3 films). Aussi, il n’y a pas de quoi se réjouir puisque le travail des analystes révèle que les protagonistes LGBTQ+ ont moins de temps à l’écran que leurs partenaires de jeu hétérosexuel·le·s. Sur les 22 films qui incluent des personnages LGBTQ+, seulement 9 donnent une visibilité à ces derniers pendant plus de dix minutes à l’écran. Plus effrayant ainsi formulé : 56 % d’entre eux possèdent moins de trois minutes au total à l’écran.

S’il est moins question d’attribuer des bonnes et des mauvaises notes aux différents studios que de les inciter à rendre compte de la diversité de notre société, cette étude met en lumière le côté conservateur d’Hollywood et plus largement du cinéma, toujours aussi frileux de représenter les minorités, malgré le succès d’Orange is The New Black ou Pose sur le petit écran.

Un enjeu futur pour les studios

Pour Sarah Kate Ellis, cette absence de représentation sera un des plus gros enjeux des studios, à l’avenir : 

"Si les studios de cinéma veulent rester pertinents pour le public d’aujourd’hui et rivaliser dans une industrie qui met l’accent sur la diversité et l’inclusion, alors ils doivent de toute urgence inverser la courbe de la représentation des femmes et des personnes LGBTQ+, de couleur, ainsi que l’absence totale de personnages trans […] pour la troisième année consécutive. "

On constate une évolution minime sur les cinq dernières années car, si l’on remonte à une étude datant de 2014, on observe que sur les 4 610 personnages étudiés, seulement 19 étaient gays, bisexuels ou lesbiennes. Et parmi eux, aucun transgenre n’avait été représenté. 

Pour le moment, les minorités sont surtout présentes dans les comédies et les drames des grosses productions des studios de cinéma : 

Pour Sarah Kate Ellis, il est urgent que ce constat évolue et touche d’autres genres :

"Le cinéma a le pouvoir d’éduquer, d’éclairer et de divertir le public du monde entier et, dans le climat politique et culturel actuel, nous devons donner la priorité aux histoires LGBTQ+ ainsi qu’aux histoires des personnes marginalisées"

Il est donc grand temps que le septième art, et surtout Hollywood, ouvre les yeux et rectifie le tir, en changeant de mentalité. Tout le monde ne se ressemble pas. 

À voir aussi sur konbini :