"C'est une chasse à l'homme" : la polémique Polanski aux César se poursuit

Depuis le sacre du cinéaste aux César, le milieu du septième art se divise en deux camps.

Chacun son camp : près d’une semaine après, la cérémonie mouvementée des César marquée par la polémique Polanski n’en finit pas de faire des vagues, suscitant des prises de position tranchées qui alourdissent le malaise dans le cinéma français.

Depuis la soirée de vendredi, au cours de laquelle Roman Polanski, visé par des accusations de viol, a reçu le prix de la meilleure réalisation, entraînant le départ de la salle de l’actrice Adèle Haenel, l’attribution de ce prix continue à susciter de nombreuses réactions.

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Elle déchire le milieu du 7e Art entre défenseurs de Roman Polanski, qui critiquent la violence à son égard, et partisans d’Adèle Haenel, qui voient dans le cinéaste le symbole des violences faites aux femmes, à l’image de la romancière Virginie Despentes et de sa tribune ou de l’actrice Julie Gayet, pour qui le départ d’Adèle Haenel était "un témoignage très fort".

À lire : Viols, agressions, pédophilie : voilà de quoi Roman Polanski est accusé

Au-delà du monde du cinéma, la journaliste Françoise Laborde a annoncé sur Twitter jeudi qu’elle quittait l’association "Pour des femmes dans les médias", qu’elle a créée en 2011 et dont elle était présidente d’honneur, pour protester contre la "frilosité" de l’association, qui n’a pas pris position sur le César de Polanski.

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À l’inverse, et pas plus tard qu’hier soir dans l’émission Touche pas à mon poste, le critique de cinéma Michel Ciment n’a pas hésité à défendre Roman Polanski : 

"Ce qui est organisé, c’est une chasse à l’homme où on ose dire par exemple, quand la police envoie des gaz lacrymogènes, "gazez plutôt Polanski" […]. Ce qu’on veut, c’est que Roman Polanski disparaisse, on veut qu’il reste "Violanski" et qu’il n’y ait plus de Polanski".

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Aussi, après les acteurs Fanny Ardant, Isabelle Huppert ou Lambert Wilson, qui ont défendu le cinéaste, ce sont des propos très virulents d’un ancien directeur de casting à l’encontre d’Adèle Haenel, qui ont enflammé ces deux derniers jours les réseaux sociaux.

"Haenel tu es minuscule par rapport au talent de Roman", a écrit Olivier Carbone, qui a travaillé sur La Môme ou Inglorious Basterds, dans un message publié lundi soir sur Facebook. "Vu mes sources Haenel, tu vas avoir une bonne surprise très prochainement avec une bonne omerta carrière morte bien méritée qui te pend au nez!", menace-t-il ensuite dans ce texte, modifié à plusieurs reprises et finalement supprimé.

"Wilson cautionne"

Une position violente qui a suscité de nombreuses réactions indignées, comme celle de la réalisatrice Eva Husson, dénonçant "les ex-directeurs de casting haineux". La maîtresse de cérémonie des César Florence Foresti, qui avait décidé de ne plus revenir sur scène après le prix de Roman Polanski, a aussi été la cible de vives attaques depuis vendredi.

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L’animateur de C8 (groupe Canal+) Cyril Hanouna a ainsi notamment estimé que "c’est une insulte au groupe Canal (qui diffusait la cérémonie) d’être partie avant la fin", affirmant qu’elle "aurait touché 130 000 euros" pour la soirée.

Lambert Wilson avait de son côté critiqué à la fois Adèle Haenel et Florence Foresti, dénonçant le "lynchage public absolument abominable" de Roman Polanski. Et de préciser :

"Je parle de gens que j’aime énormément, mais oser évoquer un metteur en scène en ces termes… Parler d’Atchoum, montrer une taille… Et en plus, qu’est-ce qu’on va retenir de la vie de ces gens par rapport à l’énormité du mythe de Polanski ? Qui sont ces gens ? Ils sont minuscules."

Sa réaction lui a valu des protestations mercredi soir dans une salle de spectacle de Lille où il se produisait, accueilli par l’Orchestre national de Lille (ONL) pour chanter une série d’œuvres autour du compositeur allemand Kurt Weill. Une dizaine de personnes ont quitté la salle avant que le spectacle ne commence en scandant : "Polanski viole, Wilson cautionne", applaudies par une partie du public.

"Maladresse"

L’acteur Jean-Pierre Darroussin, qui avait suscité des critiques en écorchant le nom de Roman Polanski quand il a annoncé son César de la meilleure adaptation, est revenu de son côté sur ce moment dans le magazine Transfuge. Il a expliqué qu’il "ne voulait pas humilier Polanski", mais avoir essayé de "se tourner en dérision lui-même". "C’est d’une grande maladresse de ma part", reconnaît-il.

Réagissant à un autre moment de malaise de la cérémonie, la compagne du cinéaste Jean-Claude Brisseau, décédé en mai, a dénoncé dans une lettre à l’Académie des César "la grossièreté, l’injustice, la violence, l’ignominie de son absence" de la liste des disparus auxquels les César rendent hommage.

L’absence du cinéaste, condamné en 2005 pour harcèlement sexuel, relève d'"un rapport de classes entre une partie de la profession et le cinéaste", juge-t-elle dans ce courrier, dont Le Monde a obtenu une copie. Rappelant que son compagnon était "un prolo", elle fustige le "deux poids, deux mesures" des responsables des César.

Konbini avec AFP

Par Louis Lepron, publié le 06/03/2020