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Trois raisons d'aller voir L'Homme aux mille visages

Publié le

par Lucille Bion

( © Ad Vitam )

Voici trois bonnes raisons d'aller voir L'Homme aux mille visages. Histoire de ne pas passer à côté du travail du merveilleux Alberto Rodriguez, qui nous avait déjà régalés avec La Isla minima. 

Le nouveau film d'Alberto Rodriguez, auteur du très remarqué La Isla minima en 2014, entretient la fascination pour Francisco Paesa, qui a berné toute l'Espagne et empoché un paquet de thunes dans les années 1990. Cet ancien agent secret espagnol est devenu une sorte de fantôme fugitif, exilé à Paris, puisque les rumeurs l'ont souvent fait passer pour mort. Trahi par son gouvernement et envoyé derrière les barreaux, celui qui se fait surnommer "Paco" décide de le trahir en retour lorsque l'occasion s'y prête.

Pendant que Luis Roldán alors à la tête de la Guardia Civil, se cachait pour échapper aux autorités qui l'accusaient d'avoir détourné de l'argent public, Francisco Paesa expert en manipulations et supercheries, s'arrangeait pour placer en sécurité cette petite fortune aux quatre coins du monde. Mais Luis Roldán se fait arrêter et l'agent Paesa en profite pour s'enrichir. Derrière cette histoire compliquée, dépourvue d'émotion, assez longue et chapitrée de manière scolaire, un très beau moment de cinéma. On vous donne trois raisons de vous lancer.

Le retour de la team sur une BO vaporeuse

En 2014, La Isla Minima avait été distinguée dans de nombreux festivals de cinéma policiers, décroché moult Goya (l'équivalent espagnol de nos César) et fut très bien accueilli par la critique. Le réalisateur Alberto Rodriguez, le scénariste Rafael Cobos et le compositeur Julio de la Rosa unissent leurs talents pour cette nouvelle intrigue politico-financière, adaptée du livre du journaliste Manuel Cerdán, Paesa : el espia de las mil caras. 

La nouvelle collaboration du trio (une alliance récurrente en ce qui concerne le réal et le scénariste) soulevait donc une grosse attente chez ceux qui avaient découvert leur talent avec Groupe d'élite et La Isla minima. Le grand mérite, dans ces retrouvailles, revient tout de même à Julio de la Rosa et sa musique vaporeuse et électrique, qui permet d'entretenir la tension jusqu'au bout.

Un joli retour dans les 90's

En tant que spectateur français, on s'amuse aussi à (re)découvrir notre capitale à travers les yeux d'un Espagnol. Le réalisateur a transporté sa caméra dans les quartiers d'Odéon et de Montmartre et, même s'il a fait le pari de ne pas tomber dans le cliché, il s'est senti obligé de cadrer la tour Eiffel et le Louvre. Ses héros se donnent rendez-vous dans le café emblématique du Vaudeville, la cantine attitrée de Louis de Funès, situé dans le quartier de la Bourse.

Alberto Rodriguez prouve qu'il maîtrise son sujet en tournant dans une petite chambre de bonne et au petit aéroport du Bourget, notamment pour la nécessité scénaristique de faire évoluer ses personnages loin des rues passantes. Devenir riche pour finalement vivre caché : quel drôle de destin.

Les politiques, ces gangsters flamboyants

( © Ad Vitam )

Dans ce film, où la corruption noircit le récit, le spectateur est confronté à la figure de l'imposteur, celle du gangster solitaire avec ses belles manières, son audace stupéfiante, ses cigarettes greffées aux lèvres, et son costume sombre. Entre The Big Short, Le Loup de Wall Street ou Arrête-moi si tu peux, la dernière œuvre de l'Espagnol fait renaître les hommes de pouvoir qui ont marqué le gouvernement du socialiste Felipe González.

Au départ, ce film était une commande des producteurs. Mais le cinéaste, qui a mis plus de cinq ans à monter le projet, enterre la frustration qui l'anime et parvient à garder sa signature, à l'aise dans son genre de prédilection, le film noir. Il s'intéresse plus aux comportements et aux visages qu'à l'action pure et dure. Si la présence d'une voix off privilégie le point de vue subjectif, le récit n'est pas moins embrouillé avec ses nombreux flash-back et ses avancées sinueuses dans le temps. Grâce à un parti-pris résolument moderne, les femmes ne sont pas prisonnières du regard des hommes : plongées dans l'univers du crime, elles se retrouvent aux cœur des règlements de comptes. Digne héritier de Martin Scorsese, le cinéaste dresse un portrait implacable et flamboyant des hommes politiques, avec la virtuosité qu'on lui connaît.

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