The Meyerowitz Stories : chronique d’une déception

Après Okja, The Meyerowitz Stories de Noah Baumbach est le second film Netflix présenté en compétition à Cannes. La déception est au rendez-vous.

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(© Netflix)

Et une famille dysfonctionnelle de plus dans la filmographie très névrotique de Noah Baumbach ! À 47 ans, le cinéaste Sundance-friendly, natif de Brooklyn, investit pour la toute première fois de sa carrière la compétition cannoise avec une smalah barrée née sous le ciel de Netflix. Dans la peau du pater, le réalisateur s’est offert les services de l’inénarrable Dustin Hoffman. Barbe fournie, allure camarade, ce dernier incarne Harold Meyerowitz, un artiste-sculpteur qui a connu son heure de gloire dans les seventies. Aujourd’hui, il vit dans son appartement cossu de New York, avec sa nouvelle femme woodstockienne (Emma Thompson), son chien Bruno, ses livres et ses interrogations. Une existence laconique, essoufflée.

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The Meyerowitz Stories, comme son titre l’indique clairement, se penche sur les petites histoires qui se jouent au sein du clan. Sur la base d’une construction chapitrée, c’est Danny qui occupe le premier pan du récit. L’occasion de découvrir Adam Sandler à sa juste valeur, touchant sous les traits du fils boiteux qui élève tant bien que mal son adolescente de fille qui aspire à une vie de cinéaste. La deuxième partie voit débouler Matthew, son demi-frère campé par Ben Stiller, que Noah Baumbach avait déjà dirigé dans Greenberg. Pour sa part, Matthew représente tout ce qui n’est pas artistique : il travaille dans l’immobilier, porte des costumes bien coupés et sait faire du pognon. Entre les deux, sans chapitre à son nom, trône une sœur paumée, incapable de trouver sa place.

Fratrie fracassée

Lorsque leur cher papa subit un pépin de santé et finit à l’hosto, les trois grands enfants se mobilisent et se serrent les coudes, tout en voyant ressurgir de vieux griefs tapis sous des années de problèmes de communication. En cause : ce père justement, volubile, charismatique, angoissé, parfois pathétique, parfois magnifique, qui s’est imposé comme un mur bloquant le soleil. Toutes ces années vécues dans l’ombre, à tenter de se construire, de bâtir une identité qui ait un sens (artistique) profond, ça laisse forcément des séquelles. Et c’est sur ces cassures alléniennes que Noah Baumbach va miser, poussant ses personnages à des logorrhées curatives, à des sorties de piste salutaires. En creux, le réalisateur de Frances Ha évoque surtout ses névroses dans une évidente tentative d’exorcisme filmique.

Le véritable problème de sa démarche, c’est qu’elle n’est que redite. À croire que les idées lui manquent cruellement et que seul le recyclage occupe son inspiration. The Meyerowitz Stories n’invente rien, propose peu, rejoignant ces productions indés américaines ivres de bobos en déconfiture existentielle. Toujours l’art, les expositions, les appartements new-yorkais truffés de livres, l’intellectualisation d’une pensée, les discussions à diction olympique… Des gimmicks sundanciens usés jusqu’à la corde par des auteurs qui rêvent sûrement de plaire à Robert Redford (le papa du célèbre festival). Baumbach avance sans hargne, sans passion. Sa mise en scène pantouflarde rappelle parfois le dispositif d’une sitcom de luxe, sur une chaîne câblée. Une impression renforcée par quelques éclairs d’humour qui, hélas, ne suffisent pas à rallumer notre conviction. Une présentation hors compétition à Cannes eut été nettement plus judicieuse.

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Par Mehdi Omaïs, publié le 22/05/2017

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