( © Les Grands Films Classiques )

Au cœur de Taxi Driver, la dépression de son scénariste

Derrière l’un des plus grands films du septième art, le mal-être de Paul Schrader, un homme qui s’autodétruisait.

(© Columbia Pictures)

En 1976, Martin Scorsese et Robert De Niro s’imposent définitivement dans l’histoire du cinéma avec l'iconique Taxi Driver. Récompensé par la Palme d’or à Cannes, le film est vite érigé au rang de classique du cinéma moderne. La critique ne manque pas non plus de souligner le talent de Paul Schrader, qui deviendra un fidèle collaborateur du maître italo-américain : Raging Bull, La Dernière Tentation du Christ, À tombeau ouvert…

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Pour Taxi Driver, le scénariste a créé le personnage de Travis Bickle, un jeune homme du Midwest qui revient traumatisé du Vietnam. De nature solitaire, il est insomniaque et tente de vaincre l’ennui dans les salles obscures spécialisées dans le porno. Lorsqu’il prend la décision de devenir chauffeur de taxi de nuit, il découvre les quartiers louches de New York et la violence des rues de la ville.

Il rencontre ensuite Betsy (Cybill Shepherd), l’une des assistantes de Charles Palantine (Leonard Harris), candidat à la présidentielle. Pour leur premier rendez-vous, il l’emmène voir l'un de ces films X qu’il aime tant. Choquée, elle le rejette. Le regard de Travis se tourne ensuite vers une prostituée, Iris (Jodie Foster), à peine entrée dans l’adolescence. Après avoir essayé d'assassiner le politicien, il tente de sortir la gamine de sa situation en saccageant l’hôtel de passes de ses proxénètes. Au final, les journaux feront de Travis un héros.

Si la légende raconte que le script a été influencé par l’histoire d’Arthur Herman Bremer (qui tira quatre fois sur George Wallace, candidat à la présidentielle américaine, en mai 1972), il y a tout de même beaucoup de Paul Schrader dans Travis Bickle. Au point que Martin Scorsese a souvent déclaré que c’était plus son film que le sien.

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Le scénariste est revenu sur cette période sombre de sa vie pour Far Out Magazine. À cette époque, il était fasciné par les armes à feu et, dévasté par une rupture amoureuse, s’enferma plusieurs semaines dans sa voiture, sa nouvelle maison. Lorsque sa copine s’absentait, il retournait dans leur ancien appartement et s’attelait à ce scénario, qui fut un exercice aux vertus thérapeutiques. 

"Au moment où j’ai écrit le scénario, j’étais dans une mauvaise passe"

En pleine dépression, le scénariste semblait être dans une période d’isolement radical :

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"Je venais de rompre avec Pauline Kael, je venais de rompre avec ma femme, je venais de rompre avec la femme pour laquelle j’avais quitté mon épouse, je venais de rompre avec l’American Film Institute et je croulais sous les dettes. J'errais la nuit. Je ne dormais pas car j’étais trop déprimé. J’avais l’habitude de rester dans mon lit jusqu’à 17 heures."

"Je me levais, je prenais un verre et je partais avec une bouteille et je roulais dans les rues, la nuit. Une fois que les bars étaient fermés, j’allais dans des cinémas pornos. J’avais l’habitude de faire ça toute la nuit, jusqu’au matin, pendant trois ou quatre semaines."

Paul Schrader confie ensuite que ces mauvaises habitudes lui ont valu un ulcère, parce qu’il ne se nourrissait plus : il ne faisait que boire. À cause de sa maladie, il a dû se rendre à l’hôpital. Durant son séjour, il a imaginé cette métaphore de la voiture de taxi :

"C’est ce que j’étais : cette personne dans une boîte de fer, un cercueil, flottant dans la ville, mais très seule."

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Ce script écrit en seulement 15 jours semble avoir eu une valeur presque thérapeutique pour Paul Schrader, rongé par ses démons. C’est probablement pour cette raison que Taxi Driver, magnifique exorcisme, est un chef-d’œuvre.

Par Lucille Bion, publié le 05/10/2018

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