Tarantino, J.J. Abrams et Christopher Nolan veulent sauver Kodak

Alors qu'elle est sur le point de disparaître, la pellicule de cinéma est en passe d'être sauvée par des studios hollywoodiens, sous l'impulsion de grands réalisateurs.

Quentin Tarantino

Quentin Tarantino

Bien avant l'arrivée du numérique, la pellicule a fait les grandes heures du cinéma hollywoodien. Mais depuis une petite dizaine d'années, la légendaire bande de film a été détrônée par une nouvelle méthode de tournage : les kilomètres de rushes tiennent désormais sur de petites cartes mémoires. Le numérique est passé par là.

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Et les avantages sont nombreux : un format souvent bien plus économique (prises illimitées en vidéo contre pellicule à un euro le mètre), un stockage facilité, des caméras souvent plus mobiles, et des images modifiables en post production. Des arguments face auxquels la pellicule a bien du mal à tenir.

Pourtant, de nombreux réalisateurs continuent d'affectionner la pellicule, à l'image de Colin Trevorrow, qui annonçait en février dernier tourner le quatrième volet de la saga Jurassic Park en 35 et 65 mm, Quentin Tarantino, fervent défenseur de la bobine, et J.J Abrams, qui va tourner le prochain Star Wars en partie avec ce format. Dans un dernier sursaut, plusieurs cinéastes se sont unis pour sauver Kodak, l'ultime entreprise à fabriquer de la pellicule, rapporte le Wall Street Journal.

Les cinéastes montent au créneau

Parmi eux, on retrouve Quentin Tarantino, Christopher Nolan, Judd Apatow ou encore J.J. Abrams. Ensemble, ils ont réussi à convaincre plusieurs grands studios de cinéma de ne pas laisser mourir l'entreprise américaine fondée en 1881, et mise en faillite en 2012 avec une dette de 6,8 milliards de dollars. La société, à la dérive depuis 2006, a vu ses ventes de pellicules s'effondrer de 96% sur huit ans.

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Dans un entretien accordé au Monde, un ancien employé de Kodak, François Sauteron, racontait la descente aux enfers de l'entreprise. Auteur du livre La Chute de l’empire Kodak (édition l’Harmattan), il affirmait :

Kodak disposait de dizaines de milliers de brevets et, pendant des décennies, la société a profité d'un statut de quasi-monopole. Aux yeux de ses dirigeants, Kodak semblait insubmersible. Ils ont sans doute péché par orgueil, persuadés que l'entreprise réussirait à imposer dans la durée sa vision de l'image.

L'année dernière, le concurrent principal, Fujifilm, enregistrait des chiffres si catastrophiques qu'il s'est retiré du marché.

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Un accord sur le long terme

Quoi qu'il en soit, après des mois de lobbying, l'alliance de réalisateurs, menée par des cinéastes de renoms, a réussi à monter un accord entre des sociétés de productions américaines - dont Universal, Paramount, Walt Disney, Time Warner, ou encore Warner Bros, et le légendaire fabriquant.

Le contrat, sur le point d'être signé, stipule que chaque année les studios s'engageront à acheter un certain nombre de bobines Kodak, et cela, indépendamment des besoins exprimés par les réalisateurs. Un deal qui permet donc au fabriquant de continuer à produire la traditionnelle pellicule et à sortir un peu la tête de l'eau.

En parallèle, l'entreprise essaye tant bien que mal d'être dans le coup avec, par exemple, la Kodak SP360, une caméra 360° qui veut concurrencer GoPro sur le terrain des "action-cam".

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Woody Allen

"C'est un engagement très important, c'est certain. Mais je ne pense pas que l'on pourrait de nouveau regarder nos réalisateurs dans les yeux si on ne le faisait pas", a confié au Wall Street Journal le légendaire Bob Weinstein, producteur - entre autres - des films de Tarantino.

De son côté, Judd Apatow explique qu'il s'agit surtout de pouvoir continuer à laisser le choix aux cinéastes :

Ce serait une tragédie si tout à coup les cinéastes ne pouvaient plus tourner sur pellicule. Il y a une sorte de magie unique dans le grain et dans la couleur.

Un choix de format qui sera encore toute fois réservé à des réalisations dotées d'un confortable budget. Car si le format numérique a peu à peu remplacé l’utilisation de la pellicule et d’autres technologies analogiques, c'est aussi qu'il est sensiblement moins cher. Il permet ainsi à de jeunes réalisateurs de tourner leurs films plus facilement, et pluralise la création.

Par Constance Bloch, publié le 31/07/2014

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