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Entre succès et désillusions, rencontre avec le distributeur de Parasite

Publié le

par Manon Marcillat

On a discuté de Parasite, de comédies françaises et des César avec Manuel Chiche, de passage chez Konbini.

Après quinze années passées chez Wild Side, Manuel Chiche est désormais à la tête de The Jokers Films, société de distribution fondée il y a six ans. L’an dernier, il a connu une véritable success story avec Parasite, réalisé par Bong Joon-ho.

Première Palme d’or sud-coréenne à Cannes, premier film en langue étrangère à gagner l’Oscar du Meilleur film et unique long-métrage à obtenir à la fois l’Oscar du Meilleur film et l’Oscar du Meilleur film étranger, Parasite s’est également vu remettre l’Oscar du Meilleur scénario original, celui du Meilleur réalisateur ainsi que le César du Meilleur film étranger. 

C’est ce succès fulgurant que Manuel Chiche est venu nous raconter, mais également comment les Jokers appréhendent "l’après-Parasite". Après plusieurs années à distribuer des films étrangers, ils ont désormais le regard tourné vers la jeune génération, et plus particulièrement celle qui fera le cinéma français de demain, toujours en équilibre sur cette fameuse ligne du milieu, celle des films "ni tout à fait arthouse, ni tout à fait populaires". 

Konbini | Comment vous expliqueriez le métier de distributeur à quelqu’un qui ne connaît rien à l’industrie du cinéma ?

Manuel Chiche | Un distributeur est l’accompagnateur du film, c’est celui qui le prend par la main pour l’amener vers le public le plus nombreux possible. Ça peut passer par la salle de cinéma, mais aussi par une plateforme digitale ou directement en VOD. Il essaie également de créer la campagne marketing la plus attractive qui soit pour amener le maximum de personnes vers son film.

Il y a deux fonctionnements possibles. Il y a le distributeur qui va chercher un projet et achète le film sur la base d’un scénario, parfois moins que ça. Pour Old Boy [distribué par Wild Side en 2003, ndlr] par exemple, nous n’avions lu que deux pages de scénario en anglais et le manga non traduit. Comme nous sommes proches des réalisateurs avec qui on travaille, nous sommes souvent impliqués sur toute la chaîne de production. On a un rôle d’accompagnant.

Et puis il y a une majorité de distributeurs qui travaillent sur des films finis qu’ils voient dans des marchés du film ou en projection. Mais nous, notre cœur de métier, c’est plutôt d’être des dénicheurs de projets. 

Vous vous êtes déjà battu pour un film ?

Pas vraiment, car on n’a jamais eu de gros moyens. C’est arrivé une fois pour Snowpiercer de Bong Joon-ho [distribué par Wild Side et Le Pacte en 2013, ndlr]. Il intéressait beaucoup de distributeurs, mais comme j’avais raté trop de films à lui, j’ai décidé de mettre le paquet. À cette époque, je n’avais pas les mêmes rapports que j’ai maintenant avec Bong Joon-ho. Le vendeur a fait monter les enchères et ça s’est joué à 50 000 dollars près.

C’est presque du poker, finalement ?

Bong Joon-ho pense que j’ai toujours eu un plan très défini en tête. Mais pas du tout. Quand on a décidé de rééditer Memories of Murder par exemple, c’est simplement parce que ça me faisait plaisir car je l’avais raté à l’époque, ne croyant pas au succès du film en France. J’ai en quelque sorte voulu solder mon discrédit avec ce film et on a décidé de "faire la totale" : le livre, la bande originale et une réédition vidéo dont on est très fiers. On a été au bout des choses et c’est une démarche que j’apprécie.

Vous pensez aux possibles concurrents qui pourraient vous prendre le prochain Bong Joon-ho ?

Je connais Bong Joon-ho depuis 2003, mais je ne suis pas son distributeur historique. J’ai enchaîné une succession de ratages avec lui pour des raisons diverses. On a travaillé avec lui autour de Snowpiercer et on l’a accompagné sur Okja avec Netflix. C’est à ce moment-là qu’il m’a dit que son prochain film serait pour nous.

À l’inverse, j’ai distribué tous les films de Park Chan-wook depuis Old Boy en 2003. Tous les distributeurs ont fait des offres supérieures à la nôtre pour son dernier film [Mademoiselle, ndlr], mais comme il est également producteur de ses films, il a décidé de continuer avec nous. Peut-être que ça se passera pareil avec Bong Joon-ho, je l’espère. Mais il y a du monde autour de lui désormais…

Cette fidélité entre un cinéaste et son distributeur, c’est monnaie courante ?

Non. Par exemple, nous avions distribué le premier film Kore-eda. Mais j’ai peu d’affection pour son cinéma désormais. Depuis I wish, je le trouve un peu trop mièvre pour nous. Il est maintenant distribué par Le Pacte. Le Pacte est également le distributeur de Ken Loach, qui était pourtant distribué par Diaphana avant. 

Mais il y a quelques relations de fidélité dans le milieu. On a la chance d’avoir Nicolas Winding Refn et Park Chan-wook. J’espère également que ça durera avec Bong Joon-ho, car c’est notre seule carte de visite.

C’était important de distribuer Snowpiercer en France quand on connaît les ratés qu’il y a eus avec sa distribution américaine ?

Moi je voulais une exposition à Cannes pour Snowpiercer, même hors compétition. Mais Harvey Weinstein [la Weinstein Company est le distributeur du film dans les pays anglo-saxons, ndlr] ne voulait pas en entendre parler. Bong Joon-ho m’a donc demandé de ne pas insister et qu’en échange, il serait mon esclave pour la promotion. Et il a tenu parole. J’ai de l’admiration pour lui en tant qu’artiste, mais j’en ai encore plus pour l’homme. Il donne sa parole et il va au bout. 

"[Disney], c’est une machine monstrueuse et aseptisée"

Quand Netflix a obtenu les droits de distribution d’Okja, vous l’avez vécu comment ?

J’ai eu les boules, mais en vérité, je le savais. Bong m’avait parlé de son idée, celle d’un film sur un cochon géant. Je n’ai jamais eu le scénario d’Okja entre les mains, mais j’en ai vu pas mal au fur et à mesure du tournage.

On devait seulement faire quelques projections événements après Cannes, mais il y a eu une levée de boucliers de la Fédération nationale des cinémas français. Elles ont donc toutes été annulées, sauf celles au cinéma le Méliès à Montreuil, qui a réussi à faire deux fois 500 entrées et celle du festival So Film de Bordeaux, qui a fait 2 000 entrées sur une projection de plein air. Mais j’avoue que c’est dur de voir le film sur Netflix…

Comment vous avez vécu la fameuse séance au Festival de Cannes ?

Un film est un film et il est bon ou pas. J’ai trouvé ça vraiment très con car aujourd’hui, Netflix est rentré dans les mœurs. À leur place, je m’inquiéterais davantage de Disney, qui fait déjà des ravages dans les salles…

L’arrivée de Disney+ en France vous fait peur en tant que distributeur ?

C’est davantage la mainmise de Disney sur l’univers du cinéma qui me fait peur. Tous leurs films se ressemblent et leur vision uniformisée du cinéma me dérange. C’est une machine monstrueuse et aseptisée. Personnellement, je n’ai pas de problème à ce que mes enfants aillent voir des films Disney, mais j’ai un problème à ce qu’ils ne voient que ça. Votre génération va assez peu au cinéma car elle a trop de sollicitations et est confrontée à une banalisation de l’objet film qui est devenu un produit de consommation courante.

Aujourd’hui, il faut donc que le cinéma fasse événement, il faut une conjonction de nombreux facteurs ou bien un rouleau compresseur. Soit vous avez un alignement de tous les médias qui disent du bien de votre film, sinon, vous courez à votre perte.

Pourtant, il y a toujours plus de films qui sortent en salles chaque semaine…

Oui, il y a environ vingt nouveaux films qui sortent en salles chaque semaine, dont trois reprises et deux sorties techniques. C’est énorme. Chacun pense que son film mérite d’être exposé au cinéma, mais on est beaucoup à se tromper. Et la sanction des entrées est assez rapide. Sur ces vingt films, il y en a seulement trois qui vont marcher. Ça fait beaucoup de cadavres… La liste des films en dessous des 50 000 entrées est colossale. Et si vous ratez votre sortie au cinéma, vous ne pourrez pas glisser sur une plateforme.

La chronologie des médias est donc un problème ?

Oui, je l’ai toujours dit. Cette chronologie, elle a du sens uniquement sur le cinéma français car vous touchez des subventions en fonction du nombre d’entrées que vous générez, qui reviennent d’une certaine manière dans les poches du CNC, qui va ensuite les réinjecter dans d’autres films. C’est un cercle vertueux grâce auquel on a un cinéma français vivace. 

Sur le cinéma étranger, on ne bénéficie pas de tout ça, mais on a les mêmes contraintes et c’est problématique. Si le film disparaît des écrans au bout d’une semaine, on ne peut pas attendre quatre mois pour le sortir en VOD. Mais je pense que ça va changer car le système est à bout de souffle. Le public y gagnerait, ça éviterait également à nos films d’être ignorés et ça nous permettrait de perdre un peu moins.

Quel est le système aux États-Unis ?

Sans grande surprise, il est extrêmement libéral. Libre aux salles d’accueillir les films ou pas. La réglementation permet à Netflix de louer des salles de cinéma pour organiser ses projections à raison de six par ville et pour une durée d’une semaine. C’est ce système de visa temporaire que l’on devait utiliser pour Okja, mais le CNC n’a pas voulu.

Le circuit des salles peut-il tuer des films ?

Oui, mais je ne veux pas blâmer les exploitants car ils sont dépendants du nombre de propositions qu’on leur fait. Ils sont obligés de faire le tri.

Les canaux de communication classiques, affiches, bandes-annonces, sont très chers. Quels sont les autres canaux que vous privilégiez ?

On fait de l’affichage, mais je ne pense pas que ce soit très efficace. D’autant plus que l’on n’a pas les moyens d’afficher la province. Les bandes-annonces sont nécessaires, mais c’est également très cher. Une semaine de diffusion nationale sur le réseau Gaumont Pathé coûte par exemple 100 000 euros. On privilégie donc les canaux digitaux pour essayer de fédérer une communauté. On a par exemple le club Jokers, qui est très chronophage, et l’e-shop avec des objets exclusifs uniquement

"Chez A24, la marque est plus forte que les films"

Les festivals de cinéma ont-ils toujours leur importance ?

En termes de cinéma mondial, il n’y a guère que Cannes et les Oscars qui offrent une véritable mise en lumière. Mais les festivals nationaux sont un moyen intéressant pour faire connaître un film et le faire voyager dans le pays. En France, il y a plus de 150 festivals, c’est chronophage mais ça crée de la notoriété. C’est aussi nécessaire que les tournées province qui permettent de faire parler du film, d’échanger avec le public et d’avoir l’accompagnement de la presse locale.

Puis ça plaît aux talents, car ce sont eux qui font exister leurs films. C’est magique quand c’est le public qui porte le film. Les Misérables a par exemple eu un très bon marketing, ils ont dû se déplacer en équipe dans 35 villes en France, mais c’est le public qui a porté le film aussi loin. De notre côté, nous n’avons pas de stratégie sur la province à proprement parler.

Est-ce que vous vous inspirez de la stratégie digitale d’A24 ?

J’ai l’impression que notre communication est plus drôle que la leur. Plus sérieusement, je ne pense pas qu’on ait pris A24 comme modèle car, à titre personnel, je ne suis pas un grand fan de leur cinéma.

Mais ils ont une stratégie numérique intéressante : ils mettent en ligne leurs scénarios, ils font des podcasts, etc.

Ça fait cinq ans qu’on édite des livres et trois ans que l’on fabrique des vinyles. Mais on ne fera jamais de mugs ou de T-shirts. Ils font beaucoup de films, mais ils ne les poussent assez. Je trouve que c’est un cinéma très formaté, du cinéma pour hipsters en quelque sorte. Le vrai renouveau ne viendra pas de là selon moi. Chez A24, la marque est plus forte que les films. 

Ça prouve cependant qu’un petit distributeur se doit d’avoir une ligne éditoriale très identifiable ou bien très pointue ?

Oui, et je pense qu’on a réussi. Notre ligne éditoriale est identifiable et cohérente depuis le début. C’est cette cohérence qui fera la force de la marque dans le futur. Mais elle a également un prix : celui d’avoir été au bord de la rupture. Le cinéma défendu par les Jokers, c’est celui de la ligne du milieu : ni tout à fait "arthouse", ni tout à fait populaire. Et c’est cette ligne la pire.

Vous êtes principalement tourné vers le cinéma étranger. Avez-vous des projets côté cinéma français ?

Ça fait longtemps qu’on développe des projets pour le cinéma français et certains commencent à arriver à maturité. On travaille notamment sur un film fantastique sur une invasion de sauterelles qui s’annonce très bon : La Nuée, réalisé par Just Philippot et distribué par Capricci.

Parasite clos le premier chapitre des Jokers. Il faut maintenant qu’on trouve comment écrire le chapitre deux. Pour nous, ça passera par le jeune cinéma français. Depuis Parasite, on a reçu un afflux de projets de jeunes cinéastes français. J’ai beau leur répéter que l’on a distribué d’autres films qui n’ont pas fonctionné, ça ne les décourage pas. On s’est donc engagés sur sept projets qui ne sont que des premiers et seconds films, avec une majorité de réalisatrices.

On recherche désespérément des comédies, mais je n’en trouve pas qui me plaisent. La seule comédie française que j’ai trouvée géniale, c’était Problemos. Éric Judor est un génie.

"En France, le cinéma de genre n’est pas soigné"

Et Dupieux ?

Quentin me fait rire, mais il y a un certain détachement dans son cinéma qui fait qu’on peut parfois décrocher. La première moitié d’Au poste, elle est mortelle. Après, c’est plus compliqué… Mais j’adore Quentin et il a plusieurs scripts très bons dans les tiroirs. 

Les récentes comédies françaises à succès ont-elles tué la créativité en France ?

Le cinéma fonctionne en cycle depuis des décennies et je pense qu’on arrive à la fin d’un cycle de comédies françaises "basiques". Généralement, les comédies françaises paraissent datées, elles ont souvent trois ans de retard.

Vous avez un rêve de distributeur ?

Non, les films qui me font rêver, je les ai. Mon rêve, c’est de découvrir les talents de demain. Accompagner les réalisateurs établis, c’est super, mais aider un jeune cinéaste à bâtir sa carrière, c’est bien plus gratifiant. 

Parmi les premiers films sortis cette année, il y en a un que vous auriez aimé distribuer ?

Peut-être Atlantique de Mati Diop, mais je ne l’ai pas encore vu. Et j’aurais adoré avoir Grave de Julia Ducournau. Elle est excellente. J’ai également craqué sur le premier film d’Hamé Bourokba et Ekoué Labitey, Les Derniers Parisiens. On va distribuer leur prochain film. Mais pour moi, le réalisateur français le plus intéressant en ce moment, c’est Thierry de Peretti.

Le cinéma de genre en France n’est pas soigné. C’est pour ça que le public n’en veut pas, mais il y a une place à prendre. Julia Ducournau a ouvert la voie, c’est indéniable. Gaspar Noé aussi à un moment donné.

Est-ce qu’on a loupé le coche il y a 20 ans en laissant partir aux États-Unis des cinéastes comme Alexandre Aja ?

J’avais fait une grosse proposition pour distribuer Crawl. Je trouve le film très réussi, il livre une très bonne série B qui tient ses promesses sans se prendre au sérieux. C’est vrai que c’est une génération qu’on a méprisée. Mais la jeune génération qui arrive, je la trouve intéressante. Les étudiants de la Fémis par exemple, ils sont très ouverts au cinéma de genre.

Mais il y a un poste qui manque dans le cinéma français, c’est celui de la direction artistique. Il faut quelqu’un qui donne une cohérence à l’ensemble. On ne passe également pas assez de temps sur l’écriture du scénario. Nous, on y fait très attention, mais à notre petit niveau. On apporte notre petite pierre à l’édifice.

Un distributeur peut donc influencer un film… 

Fabriquer un film, c’est un travail d’équipe. Le distributeur a un savoir-faire qu’il faut utiliser. Il a une vision sur l’écriture, sur le tournage, et il connaît tous les techniciens. Nous, on distribue huit films par an donc on a du temps à passer sur chaque film. Et les artistes le ressentent. 

Vous êtes frileux à l’idée d’investir de l’argent dans la production ?

Il faut se fier à son instinct et on sait que peu de films rencontreront le succès. Mais ce qui m’intéresse, c’est d’accompagner la jeunesse vers une possible reconnaissance plus tard, et quand vous essayez de fidéliser un talent, vous le prenez au berceau.

J’ai par exemple pris en représentation un court-métrage d’un étudiant coréen, Love at the Tinder Age, sur le sexe chez les jeunes générations, pour le faire tourner dans les festivals de courts-métrages. Ce qu’on cherche, c’est de savoir si un artiste est compatible avec ce qu’on est et si on va avoir plaisir à travailler avec lui.

"Si on évacue tous les connards, tous ceux qui ont fait des écarts, il ne resterait malheureusement plus grand monde"

Pour finir, on est obligés de vous parler de la cérémonie des César…

Quand vous engagez quelqu’un, homme ou femme, vous l’engagez pour ses compétences, vous ne l’engagez pas pour son sexe. En arriver à vouloir mettre en place des quotas, ça veut dire qu’on a été très mauvais. Mais il faut peut-être être radical. Personnellement, je suis contre les politiques de quotas. Il faut simplement les bonnes personnes aux bons endroits. La parité en tant que telle n’a aucun sens. Ce qui a du sens, c’est le talent, c’est tout. 

Polanski, c’est autre chose. C’est une époque, celle du Los Angeles des années 1970. Le cinéma est un milieu très permissif. C’est compliqué de juger ce qu’il s’est passé. L’homme et le metteur en scène sont-ils liés ? Si on évacue tous les connards, tous ceux qui ont fait des écarts, il ne resterait malheureusement plus grand monde.

Mais il y a une différence entre un milieu ouvert sexuellement et des crimes sexuels perpétrés sur des mineures…

Ça n’a jamais été jugé, si ?

Pour Samantha Geimer, sa première victime, l’affaire a été jugée et il a été condamné à une peine de 90 jours. C’est au moment de la réévaluation de sa peine qu’il a quitté le territoire américain.

La responsabilité incombe à la profession qui a voté pour lui. Personnellement, je ne vote plus aux César depuis 2011, lorsque Drive n’a pas eu le César du Meilleur film étranger. Cette année, je suis simplement aller récupérer le César pour un copain.

Donc vous n’avez pas voté pour Parasite ?

Non, quitte à voter, je ne voterais pas pour mon propre film. Puis après tous les coups de chance qu’on a eus à Cannes et aux Oscars, les César, vous savez… En revanche, ils remettent une statuette pour l’équipe qui a distribué le film, ça c’est sympa. 

Pourquoi vous parlez de "coups de chance" ?

Parce que lorsque vous avez le film entre les mains, vous ne savez pas ce qu’il va devenir. On était dans une situation financière assez critique. On avait le sentiment que Parasite pouvait fonctionner davantage que nos films habituels, mais c’était entre les mains du public. On s’était dit qu’on ferait au plus bas 400 000 entrées et au mieux entre 600 000 et 700 000. Aujourd’hui, on est à 1,9 million d’entrées. Tout s’est enchaîné très vite et ça nous échappe complètement.

Désormais, le problème qu’on a si j’ose dire, c’est de gérer "l’après-Parasite". On a été très haut, mais on sait qu’on va certainement redescendre tout en bas. Maintenant la question c’est : comment appréhender la chute ?

Combien d’années de vie supplémentaires Parasite vous a-t-il données ?

C’est difficile à évaluer. En tout cas, on n’a plus de dettes et je pense qu’on peut tenir encore 18 mois. Avant, on était une société de distribution au bord de la faillite, désormais, on va pouvoir continuer encore un peu. Moi je ne suis plus très loin de la retraite, mais j’espère que mon équipe qui est jeune pourra continuer encore un peu.

Entretien conduit par Arthur Cios, Louis Lepron et Manon Marcillat.

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