( © Disney)

Star Wars : victime de cyberharcèlement, Kelly Marie Tran sort du silence avec un message fort

Après avoir quitté les réseaux sociaux, Kelly Marie Tran s’exprime pour la première fois dans le New York Times sur le harcèlement qu’elle a subi.

Harcèlement, humiliations, insultes racistes et misogynes, après la sortie de Star Wars : Les Derniers Jedi, l’actrice Kelly Marie Tran a vécu un véritable enfer pendant près de 6 mois. Pour y mettre fin, l’interprète de Rose, la nouvelle mécano de la franchise, s’est résolue à quitter les réseaux sociaux en juin dernier.

Publicité

La jeune femme d’origine vietnamienne est enfin sortie de l’ombre lors de la promotion du film, pour s’exprimer sur la violence des internautes dont elle a été victime. Pour le New York Times, elle a rédigé une tribune dans laquelle elle affirme que le cyberharcèlement ne l’anéantira pas et qu’elle refuse d'être marginalisée.

Avec du recul, elle constate d’abord que les insultes qu’elle a reçues ne sont que le reflet de la (triste) réalité des minorités, quelles qu’elles soient, dans ce milieu :

"Leurs mots semblaient confirmer ce que j’avais appris en grandissant en tant que femme et en tant que personne de couleur : que j’appartenais à la marge, que je n’avais le droit qu’à des rôles mineurs dans leur histoire et dans leur vie."

Publicité

Ces multiples réflexions ont également réveillé quelque chose de plus profond en elle, des mauvais souvenirs qu’elle pensait avoir enfoui. Très jeune, elle a en effet dû faire face au racisme. Face à ses camarades de classe vers 9 ans, ou encore face aux parents de son petit ami blanc à 17 ans. Aujourd’hui, du haut de ses 29 ans, Kelly Marie Tran comprend qu’elle a toujours été perçue comme "l’autre" :

"Leurs mots sont aussi venus renforcer les légendes que j’ai entendu toute ma vie : que j’étais 'l’autre', que je ne faisais pas partie de leur monde, que je n’étais pas assez compétente, simplement parce que je n’étais pas comme eux. Et ce sentiment, je le réalise maintenant, était et est toujours une honte. Une honte des choses qui me rendent différente, une honte de la culture à laquelle j’appartiens."

Réappropriation identitaire

Après avoir longtemps cru à ces histoires, l’actrice semble déterminée à reprendre le contrôle de sa vie, en faisant abstraction des codes et fondements poussiéreux du système. Parmi eux, le fait de s’américaniser. Changer son nom, soi-disant "trop compliqué à prononcer". En acceptant se soumettre à cette règle, c’est aussi accepter de perdre son identité. Or, un acteur ne doit-il pas s’exprimer avec son héritage ?

Et les sacrifices peuvent aller plus loin encore. Comme elle l’explique, l’actrice a beaucoup douté d’elle :

"Je dois bien l’admettre, j’ai commencé à me flageller. Je me disais 'Et si j’étais plus mince ?' ou 'Peut-être que je devrais faire pousser mes cheveux ?' ou, pire que tout, 'Si seulement je n’étais pas asiatique'. Pendant des mois, je suis tombé dans une spirale infernale où je me haïssais."

Aujourd’hui, l’actrice est bien décidée à avancer en se réappropriant son corps, sa personnalité et son nom, son vrai nom : Loan. Pour conclure, elle n’oublie évidemment pas de mentionner qu’elle est la première femme de couleur à avoir obtenu un rôle important dans Star Wars et qu’elle est la première Asiatique à avoir fait la couverture de Vanity Fair.

( © Vanity Fair)

Par Lucille Bion, publié le 22/08/2018

Pour vous :