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Soul : Joe Gardner est noir mais… doublé en Europe par des acteurs blancs

Publié le

par Manon Marcillat

Au Danemark, Portugal, Allemagne et Espagne, Soul est une véritable occasion manquée.

Soul, la dernière pépite de Pixar, est à marquer d’une pierre blanche puisqu’il est le premier film des studios ayant un personnage principal noir, et que Kemp Powers est également le premier coréalisateur afro-américain embauché par Pixar sur un long-métrage.

Pour Jamie Foxx, qui double la voix de Joe Gardner dans la version américaine, "être le premier rôle principal noir dans un film Pixar est une véritable bénédiction", a déclaré l’acteur au New York Times. Car si on entend régulièrement des voix d’acteurs et d’actrices noir.e.s dans des films d’animation, ils sont bien souvent limités aux rôles secondaires, comme Samuel L. Jackson en Frozone dans Les Indestructibles, ou bien aux rôles d’animaux, comme Eddie Murphy doublant L'Âne dans Shrek.

Ainsi, Soul est le quatrième long-métrage d’animation américain à offrir le rôle principal à un personnage noir, après Bébé’s Kids en 1996, La Princesse et la Grenouille en 2009 et Spider-Man: Into the Spider-Verse en 2018. Le film a donc été accueilli avec un enthousiasme quasi unanime, tant pour ses qualités cinématographiques que pour l’avancée dans la représentation des minorités à l’écran.

Cependant, à l’instar de Tiana, la première princesse Disney noire, qui se retrouve rapidement transformée en batracien, le personnage de Joe Gardner meurt dès les premières minutes du film et c’est une âme à la dérive, identifiée comme une femme blanche, qui prend possession de son corps. Dans la version américaine, 22 est doublée par Tina Fey et par Camille Cottin dans la version française. Joe Gardner se retrouve quant à lui réincarné en chat et rejoint donc le panthéon des animaux de l’animation aux voix d’acteurs noirs.

"Faire appel à des acteurs issus des minorités doit être la règle"

En France, Joe est doublé par Omar Sy, mais chez certains de nos voisins européens, Soul est une véritable occasion manquée. Au Danemark, au Portugal, en Allemagne et en Espagne, le personnage principal est doublé par des acteurs blancs, rapporte le New York Times. C’est notamment Nikolaj Lie Kaas qui double la version danoise, Charles Rettinghaus la version allemande et Jorge Mourato la version portugaise.

Au Portugal, ce choix a suscité une polémique et une pétition réclamant un nouveau doublage a été signée par 17 500 personnes. “Faire appel à des acteurs issus des minorités ne peut pas être considéré comme une mode, ce doit être la règle”, a déclaré dans Público l’actrice et modèle Ana Sofia Martins, l’une des premières personnes à avoir signé la pétition, rapporte Courrier international.

Au Danemark, la fronde populaire est moins importante mais des chercheurs et activistes ont pris la parole sur le sujet, déplorant notamment un déni du racisme systémique. Pour Mira Skadegard, professeure à l’Université Aalborg, "le Danemark a des années de déni dès lors qu’il s’agit de racisme car nous sommes profondément investis dans un idéal d’égalité. On ne prend pas ça comme une critique structurelle de nos institutions, on voit ça comme une critique personnelle de qui sommes nous vraiment", regrette-t-elle dans les colonnes du Berlingske.

Un déni illustré par la réaction de Nikolaj Lie Kaas en personne qui revendique fermement son droit à ce rôle : "Laissez les acteurs ou actrices qui sont les meilleurs avoir le job", a-t-il écrit sur Facebook. Une idée également défendue par le scénariste espagnol Juan Logar pour qui "le meilleur doublage est celui qui passe inaperçu", avançant également un manque d’acteurs issus de la diversité purement démographique dans certains pays comme l’Espagne.

Une explication plutôt bancale puisque, en ce qui concerne les personnages secondaires, les acteurs et actrices noir.e.s ne manquent pas à l’appel, que ce soit dans les films d’animation, dans les séries et au cinéma en général. S’il y a de plus en plus de personnages non blancs à l’écran, ils sont généralement relégués au second plan ou incarnent l’éternelle figure "du meilleur ami racisé".

En 2018, dans les colonnes de NBC News, le spécialiste Rudy Gaskins expliquait qu’il n’existait aucune statistique sur la diversité parmi les comédiens et comédiennes de doublage mais déplorait que "ce [soit] des personnes blanches qui doublent toutes les voix, y compris ces horribles imitations de personnes asiatiques, noires, latino-américaines ou native américaines", rapporte Madmoizelle.

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