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Et si on arrêtait d'écrire n'importe quoi sur l'affaire Amber Heard-Johnny Depp ?

Publié le

par Ariane Nicolas

Le divorce annoncé entre les deux acteurs donne lieu à une série d'articles et de commentaires plus inutiles et effarants les uns que les autres.

L'envie est irrésistible, irrépressible. Une star du cinéma américaine, anciennement mariée à une star française, accusée de violence conjugale... Vite, où est mon stylo ? Mon ordi ?! Je n'ai rien à dire, mais je vais quand même déblatérer. Pire, parce que je n'ai rien à dire, je vais me permettre de contester, fustiger, insinuer, dénigrer... Mener mon enquête, sans preuve aucune, alors que cette histoire ne me regarde en rien.

Depuis qu'Amber Heard a demandé le divorce, on a tout lu ou presque sur ce couple, sur lui, sur elle. Leurs récits sont parfaitement contradictoires et de cette opposition naît une béance que des torrents de commentaires et d'articles plus ou moins bien intentionnés tentent de combler, au mépris du respect de la vie privée et, pour une partie de la presse, de la déontologie. Konbini s'est fait l'écho de ces bruissements, en choisissant l'angle des réseaux sociaux, dès lors que les proches de l'acteur sont sortis de leur silence. Et si, vous, moi, nous, on déposait un temps nos stylos et claviers sur le bas-côté ?

On sait qu'on ne sait rien

Dans ces circonstances tragiques où le buzzomètre vire à l'écarlate et alors que même la presse généraliste succombe aux sirènes de l'actu people (coucou Le Figaro, Le Parisien, 20 Minutes, L'Express...), rappelons-nous au souvenir du bon vieux Socrate : "Je sais que je ne sais rien." Ou plutôt, tout ce que l'on sait, c'est qu'Amber Heard a fourni des preuves de violences conjugale suffisamment solides pour obtenir de la justice que Johnny Depp reste éloigné d'elle jusqu'à la prochaine audience.

Tout le reste, leur psychologie, leur passé, les éventuelles coucheries à doite à gauche, et jusqu'aux témoignages des proches qui ne sont pas plus au courant de nous de l'intimité du couple, ce sont de vaines interprétations. Du verbiage. Amber Heard pose avec des amies sur une photo après avoir été prétendument agressée… So what ? Elle sourit à la sortie du tribunal… So what ? Elle demande le divorce trois jours après la mort de sa belle-mère… So what ? Elle veut que Johnny Depp reste à distance du chien… So what ?

Capture écran du site du "Figaro Madame", le 31 mai.

D'une, les images sont mensongères par essence car, a minima, elles dissimulent nécessairement une partie de la réalité. Mais surtout, qu'Amber Heard soit une femme potentiellement violentée par son mari ne doit pas lui ôter le droit de se comporter de façon étrange. Tant mieux, si elle sort soulagée du tribunal. Tant mieux, si elle respire en compagnie d'amies. Tant mieux, si elle a réagi au bon moment. Tant mieux si elle veut protéger son chien, qu'une personne mal intentionnée serait tentée d'estourbir pour la punir à distance. 

Malheureux entourage

Par commentaires, il ne faut pas seulement entendre vous et moi, mais aussi (surtout ?) les proches qui attisent le storytelling. Il y a cette tribune d'un "ami" de Johnny Depp qui fait passer Amber Heard pour une salope vénale. Il y a cette photo postée par Lily-Rose Depp et ce message adressé par Vanessa Paradis. Il y a, de l'autre côté, cette voisine du couple qui valide la version d'Amber Heard... Reconnaissons-le, si même l'entourage n'est pas capable de se tenir, difficile de demander au commun des mortels d'en faire autant.

Capture écran d'un post de Lily-Rose dans lequel elle assure que son père n'est pas capable de violence. (LilyRose_Depp / Instagram)

On serait néanmoins tenté de signaler à cet ami, cette fille, cette ex-épouse, qu'un être humain peut avoir été doux comme un chaton pendant toute sa vie, et péter un câble à un moment. À l'heure actuelle, seule la justice dispose d'éléments pouvant attester de la véracité des faits. Les pancartes érigées en sa défense au milieu de la foule 2.0 paraissent quelque peu déplacées... Vanessa, si tu m'entends, je te prie de les faire baisser.

Un contexte particulier

L'affaire est truculente, sans nul doute. L'homme est richissime, la femme est sublime. Il est un "papa rock'n'roll", elle est une bisexuelle revendiquée. Ils aiment les chevaux autant que les red carpets. Il a fait souffrir notre Vanessa nationale, il mérite de souffrir en retour...

Mais notre devoir de réserve face à cette affaire est d'autant plus grand que le scandale intervient dans un contexte particulier, où la lutte contre les violences faites aux femmes est au cœur de l'actualité, de l'affaire Baupin en France, au viol collectif au Brésil, en passant par l'hypothétique extradition de Roman Polanski vers les États-Unis.

Ce contexte exige de redoubler de prudence quant aux mots utilisés et aux insinuations perceptibles. Certes, on n'empêchera jamais les gens de gossiper, mais là nous faisons face à une affaire plus grave qu'une simple guéguerre entre deux célébrités. Une lutte symbolique entre deux sexes, deux statuts, sur laquelle nous pourrons pérorer une fois que la justice se sera prononcée et que, peut-être, l'un et l'autre se seront publiquement confiés. En attendant, rideau.

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