Shia LaBeouf ou l'art de la provocation médiatique

Depuis quelques semaines, l'acteur Shia LaBeouf fait beaucoup parler de lui dans les médias. Mais ce n'est ni pour son rôle dans Nymphomaniac, ni pour celui dans Charlie Countryman. Le jeune homme de 27 ans ne cesse d'enchaîner les scandales et ses coups d'éclats semblent aller crescendo.

Shia LaBeouf au Festival de Berlin accompagné de son sac "Je ne suis plus célèbre"

Mais qu'arrive-t-il à Shia LaBeouf ? Rien ne semble plus aller pour l'acteur américain qui, ce week-end, a une nouvelle fois fait son show au festival de Berlin où il était venu avec l'équipe du film de Nymphomaniac. Si depuis quelques temps le jeune homme fait beaucoup parler de lui, il semblerait qu'il soit désormais à la limite de la perte de contrôle.

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Dernière frasque en date lors de la conférence de presse donnée le dimanche 9 février avec les acteurs du dernier opus de Lars Von Trier. Shia LaBeouf est apparu casquette vissée sur la tête et affalé derrière son micro, affichant un désintérêt frôlant l'impolitesse. L'acteur s'est contenté de citer Eric Cantona ("Quand les mouettes suivent le chalutier, c'est qu'elles pensent qu'on va leur donner des sardines") en réponse à une question sur le tournage des scènes de sexe.

Avant de quitter soudainement la conférence de presse.

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Quelques heures plus tard, il est apparu sur le tapis rouge avec un sac en papier sur la tête, sur lequel on pouvait lire "I'm not famous anymore" ("Je ne suis plus célèbre"). Mais ce n'est pas tout. La veille, il avait failli en venir aux mains avec des fans qui tentaient de le prendre en photo.

Un début de Berlinale plutôt étrange pour un des acteurs les plus prometteurs de sa génération. Alors, simple coup de mou, caprices de star ou réel appel au secours ?

Un tempérament bagarreur

Shia LaBeouf a toujours été un acteur sur le fil du rasoir. Enfant de l'écurie Disney, il a commencé comme beaucoup d'autres avant lui par jouer dans une série produite par la firme de Mickey (La Guerre des Stevens). Sa renommé devient planétaire grâce au blockbuster Transformers, dans lequel il tient l'un des rôles principaux aux côtés de Megan Fox.

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Souvent qualifié d'imprévisible, agité et même agressif, il s'est retrouvé au coeur de bagarres. Mais si jusqu'à maintenant ses frasques se limitaient aux sorties de bar, ces derniers mois montrent que ce côté obscure semble peu à peu prendre le pas sur sa raison.

Le début de son déclin commence en décembre dernier, lorsque l'acteur décide de mettre en ligne son court métrage prometteur Howard Cantour.com, projeté lors du dernier Festival de Cannes (hors compétition). Largement relayée par la presse, la vidéo ne manque pas d'attirer l'attention de Daniel Clowes, l’auteur de la bande dessinée Justin M. Damiano, dont se serait beaucoup trop inspiré Shia LaBeouf.

Pris la main dans le sac - peut-être par excès de confiance - LaBeouf admet immédiatement son plagiat dans une série de tweets disant à quel point il regrette de ne pas avoir mentionné l'auteur de la BD, dont il a pourtant repris des dialogues au mot près.

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Vers une perte de contrôle ?

Premier coup dur pour l'image de l'acteur, qu'il tente toutefois de minimiser en essayant de faire de l'humour sur Twitter. En reprenant les mots du golfeur Tiger Woods lorsqu'il avait avoué avoir trompé sa femme, ou ceux de Robert McNamara, ancien secrétaire de la défense américaine, à propos de la guerre du Vietnam, il tente de faire un clin d'oeil tiède à son plagiat.

Mais dans sa volonté d'en faire toujours plus, LaBeouf pousse ses "excuses" jusque dans les airs le 2 janvier, en faisant passer un avion devant chez Daniel Clowes. Sur la bannière, on pouvait lire "Je suis désolé Daniel Clowes".

(Capture d'écran Twitter)

On aurait pu croire que ce coups d'éclat aurait suffi à redorer l'égo de bad boy de LaBeouf pour un moment, mais comme emporté par un vent de folie, l'acteur continue ses provocations à l'égard de Clowes. Comme le rapporte Le Monde, quelques jours plus tard, l'acteur récidive sur Twitter en postant une photo  "du story board de [son] prochain court métrage", montrant une adaptation de l'une des séries les plus connues de l'auteur : David Boring. Une attitude incompréhensible qui illustre bien l'esprit belliqueux dans lequel se trouve LaBeouf.

Toujours en janvier, c'est sur le tournage de son prochain film Fury que l'acteur s'attire les foudres de Brad Pitt et du réalisateur David Ayer. Pour se "rapprocher du personnage" - il interprète un soldat pendant la deuxième guerre mondiale, Shia LaBeouf a refusé de se doucher pendant des semaines et se serait même arraché une dent.

Son attitude a créé de grosses tensions avec tous les membres de l'équipe. Et comme le rappelle Le Parisien, ce n'est pas la première fois qu'il s'accroche violemment avec l'un de ses partenaires. Début 2013, il avait été renvoyé de la pièce de Broadway, Orphans, à cause de ses conflits avec son partenaire Alec Baldwin.

Shia LaBeouf :  un nouveau Joaquin Phoenix ?

Si jusqu'à maintenant le petit monde d'Hollywood s'était bien tenu de commenter les agissements de l'acteur, force est de constater que son comportement crispe. Et si son attitude provoc' et son culot ont toujours fait partie de son charme - pour décrocher son rôle dans Nymphomaniac il aurait même envoyé une photo de son pénis à Lars Von Trier - ses pairs ne pourront pas fermer les yeux longtemps.

Ses frasques peuvent facilement rappeler celles de bon nombre d'autres enfants tombés dans le show-biz un peu trop tôt. De Britney Spears à Lindsay Lohan, beaucoup de têtes blondes façonnées par Disney ont à un moment de leur carrière perdu le contrôle, que ce soit à cause des drogues, de l'alcool ou d'un tempérament capricieux débordant.

Et si son parcours avait plus avoir à avec celui de Joaquin Phoenix ? En 2008, l'acteur américain, après avoir tourné Two Lovers de James Gray, annonçait qu'il se consacrait entièrement à la musique : il se lançait dans une carrière de rappeur avec Puff Daddy comme producteur. Deux ans plus tard, on apprenait à travers le documentaire I'm Still Here (réalisé par Casey Affleck) qu'il s'agissait d'un beau canular.

Les provocations de Shia LaBeouf seraient-elles une façon comme une autre de se mettre en scène loin des écrans de cinéma ?

Par Constance Bloch, publié le 11/02/2014

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