Sharunas Bartas à la 49e édition de la Quinzaine des réalisateurs, à Cannes

Sharunas Bartas, programmé à la Cinémathèque, est lui aussi accusé d’agression sexuelle

Jamais deux sans trois : le réalisateur lituanien, invité à la Cinémathèque française, est accusé d’agression sexuelle par deux actrices.

Sharunas Bartas à la 49e édition de la Quinzaine des réalisateurs, à Cannes. (© capture d’écran Festival de Cannes)

Après Roman Polanski et Jean-Claude Brisseau, la Cinémathèque a offert une place sur ses écrans à Sharunas Bartas, qui est depuis deux semaines accusé d’agression sexuelle, rapportent Les Inrocks. En mai dernier, au Festival de Cannes, le cinéaste lituanien avait présenté l’assommant Frost à la Quinzaine des réalisateurs. Le film a d’ailleurs été choisi pour représenter la Lituanie aux Oscars. Il est maintenant convié par l’institution parisienne dans le cadre d’une rétrospective autour du cinéma lituanien, qui se déroulera du 15 au 18 janvier 2018.

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Or, le 10 novembre dernier, Julija Steponaityte, une jeune actrice, encouragée par la vague #MeToo, a affirmé dans un post Facebook avoir été sexuellement agressée par le cinéaste lituanien :

Traduction : "J’ai été agressée sexuellement par le réalisateur Sharunas Bartas il y a cinq ans. Cinq années se sont écoulées, mais je revis encore cette soirée, au moment où j’écris ces mots. J’ai longtemps gardé le silence parce que je pensais que ce ne serait pas réel, tant que personne ne le découvrirait. Mais c’est faux. Il est temps de briser le silence et d’arrêter de prétendre que cela n’existe pas. S’il vous plaît, faisons en sorte que ça ne se reproduise jamais. #metoo"

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À l’époque, Julija Steponaityte, aperçue dans Summer, avait 20 ans, explique le Hollywood Reporter. Si la jeune femme connaissait le cinéaste depuis qu’elle avait 11 ans, les faits se seraient produits il y a cinq ans, lorsqu’elle fut invitée à participer à un casting dans les studios de Sharunas Bartas, à Vilnius.

L’actrice explique qu’après avoir tourné quelques prises, elle se retrouva seule avec le réalisateur. Elle détaille :

"Nous buvions de l’alcool. […] Je me sentais privilégiée de passer du temps seule avec Sharunas. Après quelques heures, il prit ma main et me dit qu’il n’y avait rien de mal avec ce qui était en train de se passer, que nous étions tous les deux des adultes."

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Dans son témoignage, la jeune femme précise qu’il se voulait rassurant : il lui répétait qu’il "savait" qu’il lui plaisait. Elle avoue avoir ensuite du mal à se souvenir de la situation, car elle se trouvait en état de choc :

"Il répétait ces mots comme un mantra et essayait de se rapprocher de moi, puis il m’a dévêtue. Ensuite, c’est difficile pour moi d’expliquer ce qu’il s’est passé parce que je ne m’en souviens pas en détail. C’était comme si j’avais quitté mon corps et laissé ces choses se faire. En revanche, je me rappelle que j’essayais de l’arrêter autant que je le pouvais. Il n’est pas entré en moi."

Un second témoignage troublant

À la suite de cette prise de parole, une autre femme a confié avoir vécu un épisode dérangeant avec le réalisateur, il y a cinq ans également, écrit le Hollywood Reporter. Paule Bocullaite travaillait sur un film avec Sharunas Bartas en tant qu’actrice et directrice artistique. Elle affirme qu’un soir le cinéaste s’est introduit dans sa chambre et lui a fait des avances. Lorsqu’elle a refusé de le laisser la toucher, il se serait mis à pleurer. Devant cette réaction déconcertante, elle aurait rigolé. Sa réaction semble avoir réveillé une certaine colère en lui :

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"Il a dit que j’étais une moins que rien, une pauvre merde. Je lui ai dit que j’allais partir. Il était 5 ou 6 heures du matin. J’essayais de lui casser les doigts pour qu’il me laisse partir. Je lui ai demandé d’arrêter. Il rigolait et disait "ça n’arrivera pas". Je lui ai dit qu’il était dégoûtant, et c’est là qu’il m’a relâchée."

Sharunas Bartas lui aurait alors lancé un banc et une télévision, poursuit le Hollywood Reporter. Le cinéaste l’aurait poursuivi dehors. La jeune femme explique s’être cachée et avoir appelé la police. "J’ai appris plus tard qu’il avait payé une amende de 50 dollars pour hooliganisme", précise-t-elle.

Après Roman Polanski et Jean-Claude Brisseau, condamnés pour viol et agressions sexuelles, la Cinémathèque française se retrouve, semble-t-il, avec un nouvel invité embarrassant.

Par Lucille Bion, publié le 21/11/2017

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