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Comment 2020 a changé la face du cinéma

Publié le

par Manon Marcillat

On récapitule les temps forts d'une année historique.

Inédite et riche en rebondissements, 2020 aura été l’année des premières fois et des bouleversements. Entre l’arrivée du mouvement #MeToo en France, la fermeture des salles obscures imposée par le confinement et la révision de la chronologie des médias, c’est toute l’industrie du cinéma qui a été ébranlée puis forcée de s’adapter.

Alors que l’humeur n’est toujours pas à l’allégresse et pour clôturer cette année chaotique, voici une rétrospective chronologique des temps forts et des grands chamboulements de cette année noire, qui façonnera pourtant le cinéma de demain.

9 février : Bong Joon-ho au sommet

Alors que les rassemblements pouvaient encore avoir lieu dans une insouciance généralisée, l’année cinéma s’est ouverte sur la 92e cérémonie des Oscars, sans maître de cérémonie.

On retiendra la très forte représentation de Netflix, qui s’impose pour la seconde fois comme un acteur incontournable dans la course aux prix, mais surtout l’hégémonie masculine des nominations. À part Greta Gerwig et le casting de Little Women, très bien représenté, l’Académie a une nouvelle fois loupé le coche de la parité et de la diversité. En 2020, une seule personne de couleur figure parmi les nommés : Cynthia Erivo, dans la catégorie Meilleure actrice pour son rôle dans Harriet.

On retiendra également le sacre de Parasite de Bong Joon-ho, qui est reparti de Los Angeles avec quatre statuettes pour Meilleur film, Meilleur réalisateur, Meilleur scénario original et Meilleur film international.

13 février : crise aux César

Pendant ce temps, de l’autre côté de l’Atlantique, le cinéma français organisait sa fronde. Une crise couvait depuis des mois au sein de l’Académie des César, accusée notamment d’opacité et d’entre-soi.

Suite à une tribune signée dans Le Monde par 400 personnalités du cinéma dont Omar Sy, Jacques Audiard, Céline Sciamma ou encore Marina Foïs réclamant une "réforme en profondeur", l’Académie a annoncé sa démission collective le 13 février dernier, deux semaines avant la cérémonie.

28 février : un départ remarqué

C’est dans ce contexte de confusion générale que la 45e cérémonie des César, ternie par la nomination de Polanski qui a préféré boycotter les festivités, s’est tenue à la salle Pleyel. Une cérémonie pourtant tristement consensuelle, où seule Aïssa Maïga a osé livrer un discours politique pour faire entendre sa voix sur le manque de diversité dans le cinéma français, face à une audience impassible, gênée ou hostile.

Le départ d’Adèle Haenel de la cérémonie des César.

Jusqu’à la véritable douche froide du sacre de Polanski, visé par plusieurs accusations de viol et pourtant sacré Meilleur réalisateur pour J’accuse. Une récompense qui a ulcéré Adèle Haenel, qui a préféré quitter la salle non sans fracas, suivie par quelques personnalités du cinéma présentes ce soir-là, pour rejoindre la manifestation féministe contre la présence de Polanski parmi les nommés qui se tenait à l’extérieur de la salle Pleyel.

C’est Les Misérables de Ladj Ly qui a finalement remporté le César du Meilleur film, une récompense éclipsée par les tumultes de la cérémonie.

16 mars : une fermeture historique des salles

Avec l’annonce d’un confinement généralisé sur le territoire français le 16 mars dernier, toutes les salles de cinéma de l’Hexagone ont dû fermer leurs portes pour la première fois de leur histoire et les caméras du monde entier ont ainsi cessé de tourner.

Cette fermeture bouleversera le calendrier des sorties pour l’année à venir, stoppant en plein vol de nombreux films et réduisant à peau de chagrin le box-office mondial. Elle posa également la première pierre d’un jeu de dominos géant auquel les distributeurs et exploitants ont été contraints de jouer tout au long de l’année.

Mourir peut attendre, Mulan, Les Nouveaux Mutants, Black Widow, Sans un bruit, Pinnocchio ou encore La Daronne ont ainsi ouvert le bal des reports incessants, les premiers d’une longue liste d’annulations, fausse joies et immenses gâchis qui ont rythmé cette très mauvaise année.

6 avril : Disney+ débarque

Son arrivée dans l’Hexagone avait été annoncée le 21 mars dernier mais c’est finalement dans la nuit du 6 au 7 avril que le service Disney+ a été officiellement lancé en France.

En effet, les serveurs surchargés à cause du confinement et du télétravail ont poussé le gouvernement français à demander le report du lancement à Disney pour éviter une nouvelle affluence d’utilisateurs sur Internet qui aurait pu provoquer une saturation des réseaux.

Le 7 avril, plus de 500 films et des milliers d’épisodes de séries ont ainsi été à disposition des internautes français pour 6,99 euros par mois.

10 avril : la jurisprudence Trolls 2

Après avoir rapporté 346 millions de dollars au box-office mondial en 2016, la sortie du second opus de la franchise Trolls était, à raison, très attendue par les studios DreamWorks. Mais le 10 avril dernier, Universal, qui distribue les films du studio, a décidé de sortie le film directement en VOD. Une décision historique.

Trolls 2 est ainsi devenu le premier film majeur d’un studio à sortir directement en streaming, sans passer par la case salle obscure et a rapporté 95 millions de dollars dans les 19 jours qui ont suivi sa mise en ligne. Son succès malgré cette configuration toute nouvelle a certainement ouvert la voie à de futurs accords entre studios et plateformes VOD.

Le film est finalement sorti en octobre dernier dans les salles obscures françaises et il a atteint le million d’entrées atteint juste avant que les salles ne replongent dans l’obscurité deux semaines plus tard.

20 avril : Netflix façon MK2

Heureux hasard ou véritable aubaine ? Le 20 avril dernier, Netflix frappait un grand coup en annonçant avoir signé un accord avec le français MK2, producteur et distributeur d’un très grand nombre de films de patrimoine.

En ajoutant à son catalogue, souvent fustigé pour sa pauvreté cinématographique, les films de François Truffaut, David Lynch, Jacques Demy, Charlie Chaplin, Alain Resnais, Emir Kusturica, Steve McQueen, Michael Haneke, David Lynch, Kieslowski et Xavier Dolan, le géant du streaming est entré de force dans la cour des grands. Un beau coup de communication pas forcément vu d’un très bon œil par ces mêmes grands.

Une scène de <em>Mommy</em> de Xavier Dolan.

Après avoir distribué en exclusivité les longs-métrages d’Alfonso Cuarón, de Martin Scorsese, de Noah Baumbach, des frères Safdie, de David Fincher, d’Aaron Sorkins ou prochainement de Kornél Mundruczó et mis la main au portefeuille pour acquérir les droits hors États-Unis et Japon d’une vingtaine d’œuvres du studio d’animation nippon Ghibli, Netflix poursuit son travail d’enrichissement de son catalogue, toujours en quête de légitimité cinéphile.

28 avril : AMC en guerre contre Universal

La jurisprudence Trolls 2 ne passe pas et la guerre est déclarée entre AMC, la plus grande chaîne de cinémas aux États-Unis, et Universal. Suite au démarrage record du film en VOD, le patron du studio avait annoncé que ses futures productions sortiraient à la fois en salles et en VOD, même après la réouverture des cinémas.

La réponse d’AMC ne s’était pas attendre et, le 28 avril dernier, elle avait averti que ses salles ne projetteront plus aucun film Universal. Une décision à effet immédiat qui paraissait cependant peu probable puisqu’elle aurait signifié se priver du prochain James Bond, des futurs Fast and Furious et autres franchises à succès.

En effet, la bataille sera de courte durée et en juillet, les deux géants signeront un accord historique qui réduit la fenêtre d’exclusivité de 90 jours pour ramener le délai entre la première projection du film et sa sortie en VOD à 17 jours, bouleversant ainsi la sacro-sainte chronologie des médias.

4 mai : Pinocchio choisit le streaming

Prévu en salles le 18 mars dernier, Forte est sorti sur Amazon Prime Video le 15 avril. La comédie de Katia Lewkowicz fut donc le premier français film censé sortir en salles à être vendu au géant américain. Mais c’est la vente d’un autre film qui a fait bondir le petit monde du cinéma.

Le 4 mai dernier, le remake de Pinocchio par Matteo Garrone est sorti en exclusivité sur Amazon Prime Video et a aussitôt été érigé en symbole de la crise actuelle du cinéma. "Un choix de bonne gestion", nous expliquait le président du Pacte Jean Labadie pour justifier la vente d’un des films majeurs de son catalogue.

L’Association française des cinémas art et essai (Afcae) a de son côté dénoncé "ce changement de stratégie qui apparaît comme une alerte". L’Afcae regrettait que le film de Matteo Garrone ne puisse trouver son public en salles alors qu’il constitue "une alternative européenne stimulante et attrayante aux films d’animation des majors américaines".

12 mai : Cannes aura (presque) lieu

Alors qu’aurait dû s’ouvrir la 73e édition du Festival de Cannes présidée par Spike Lee, les organisateurs ont été contraints d’annuler le festival. Les organisateurs du plus gros rendez-vous du cinéma au monde ont espéré jusqu’à la dernière minute puis envisagé un report à l’été mais, l’épidémie ne ralentissant pas, ils ont finalement jeté l’éponge.

Pour la première fois depuis 1968, le festival n’aura pas lieu et la Croisette n’a donc pas accueilli ses habituels 40 000 professionnels et 200 000 spectateurs. Navrante, cette décision n’était en réalité pas historique. La toute première édition cannoise de 1939 fut elle aussi annulée et des difficultés budgétaires ont également imposé l’annulation des festivals de 1948 et 1950.

Afin de ne pas abandonner totalement la partie, les organisateurs ont créé le label Cannes 2020 pour offrir un écrin aux films sélectionnés et le marché du film a été transposé en ligne. Des festivals solidaires qui ont pu avoir lieu, comme Deauville ou Venise, ont également accueilli une partie de la programmation du festival en leur sein.

10 juin : Gone with the Wind

En plein mouvement de protestation contre le racisme et les violences policières aux États-Unis, HBO Max a choisi de retirer temporairement Autant en emporte le vent de son catalogue. Pour la plateforme, continuer de proposer le film "sans explication et dénonciation de cette représentation aurait été irresponsable".

Le long-métrage jugé raciste et considéré comme révisionniste a donc disparu du service de streaming pendant deux semaines afin qu’une recontextualisation historique de l’œuvre puisse y être apportée. Ces quelques jours auront suffi à enflammer le débat autour de la liberté d’expression et permis au film de se hisser en tête des ventes sur Amazon Prime Video.

9 juillet : les César en reboot

Pour tenter de redresser la barre après les multiples polémiques du début d’année, l’Académie des César a décidé cet été de refondre son institution en profondeur. Pour succéder à l’ancien président Alain Terzian, une direction bi-encéphale composée d’une femme et d’un homme a été élue afin de renforcer la parité, mais également la diversité et la représentativité.

C’est l’ancienne présidente du CNC Véronique Cayla et le réalisateur Éric Toledano qui auront donc pour lourde tâche de sortir l’institution de cette crise historique. Deux personnalités à la fois respectées dans le milieu mais aux trajectoires très différentes chargées de faire oublier sexisme et entre-soi dans les rangs de l’Académie.

25 août : Polanski évincé

C’est pourtant une autre Académie, celle des Oscars, qui sera la première à définitivement couper les ponts avec le très problématique Roman Polanski. Dès 2018, l’institution avait annoncé au réalisateur son exclusion mais ce dernier avait saisi la justice pour protester.

Le 25 août dernier, la juge Mary Strobel a tranché et le réalisateur polonais a été définitivement évincé de l’Académie. Après quatre décennies d’impunité dans le milieu de cinéma, le premier verrou venait de sauter.

26 août : Tenet en sauveur

"Tenet va-t-il sauver le cinéma ?", voici la question qui a fait les gros titres de la presse spécialisée tout l’été. De quoi faire peser une pression certaine sur les épaules de la Warner et de son réalisateur prodige.

Premier blockbuster à reprendre le chemin des salles obscures après le déconfinement du mois de mai, le casse-tête de Christopher Nolan était donc attendu au tournant. Après de multiples effets d’annonces et d’incessants reports, les studios ont finalement décidé de sortir sur les écrans, le 26 août dernier, leur poule aux œufs d’or au budget de 200 millions de dollars, dix jours avant les États-Unis, où la réouverture de cinéma s’est fait attendre.

<em>Tenet </em>est l’un des seuls blockbusters qui a trouvé le chemin des salles en 2020.

Enjeu majeur pour le studio, Tenet engrangera 347 millions de dollars dans le monde. Un box-office réjouissant mais bien peu en comparaison du milliard de dollars qu’il aurait dû rapporter dans des circonstances différentes. La pilule a certainement été difficile à avaler du côté des dirigeants de la Warner et cette déception sèmera les graines de futures annonces majeures.

4 septembre : Mulan+

Le destin du remake de Mulan est longtemps resté en suspens. Pensé pour plaire à un public le plus globalisé possible mais terni par plusieurs polémiques, le film de Niki Caro finira finalement sa course directement sur Disney+ après de nombreux retournements de situation.

Le 5 août dernier, le géant annonçait donc sa décision de sortir le film directement en VOD sur le territoire américain, moyennant 29,99 dollars à sortir de sa poche en plus de l’abonnement. Les Français ont de leur côté pu profiter du film sans surcoût mais il leur a fallu attendre le 4 décembre.

Alors que Mulan était très attendu par les salles de cinéma cet été, ce manque de solidarité de la part de Disney a écœuré de nombreux acteurs de l’industrie. En France, les images d’un exploitant excédé détruisant la PLV du film avaient fait sensation. L’année 2020 résumée en un symbole fort. De son côté, l’empire de Mickey posait lui aussi la première pierre de stratégie pour 2021.

8 septembre : de la positive action aux Oscars

En 2015 et en 2016, la liste des nommés aux Oscar ne comportait aucun acteur ou actrice issu de la diversité et le hashtag #OscarSoWhite avait envahi les réseaux sociaux. L’Académie a rectifié le tir mais les bonnes habitudes furent bien vite oubliées. En 2020, rebelote. Hormis Les Misérables et Parasite qui sont venus injecter un peu de diversité dans la sélection, de nouveau, une seule personne de couleur figure parmi les nommés.

En réponse à cette hégémonie blanche et masculine et pour enfin mettre un terme à ce manque criant de diversité, l’Académie a employé les grands moyens. Pour espérer remporter un Oscar, il faudra désormais respecter des critères bien précis et notamment celui d’avoir au moins un acteur principal issu de minorités ethniques et raciales.

9 septembre : la "polémique" Mignonnes

Après une sortie française applaudie, l’accueil réservé à Mignonnes le 9 septembre dernier a été bien différent de l’autre côté de l’Atlantique. C’est un marketing racoleur de la part de Netflix, le distributeur du film de Maïmouna Doucouré aux États-Unis, qui aura suffi à mettre le feu aux poudres. Ainsi, un cliché des "Mignonnes" en tenues courtes en guise d’affiche et un synopsis sur le twerk, très loin du sujet du film, ont outré une partie des Américains.

La droite très conservatrice qui a vu en Mignonnes une apologie de la pédophilie s’est rapidement approprié la polémique et les appels au boycott de la plateforme se sont multipliés. Si la controverse aura valu des menaces de mort à la réalisatrice, elle aura surtout fait de la publicité au film qui termine troisième sur le podium des films français les plus vus sur Netflix aux États-Unis et septième toutes nationalités confondues.

20 octobre : Hollywood battu par la Chine

Hollywood aura décidément perdu de sa superbe cette année et le pays de l’Oncle Sam ne règne plus en maître sur le cinéma mondial. Déjà scruté de très près par les professionnels, le box-office chinois a cette année officiellement dépassé celui des États-Unis avec 1,9 milliard de dollars de recettes totalisées au 20 octobre dernier. Si le Covid-19 a été un accélérateur de tendance, cet inversement historique et inédit des rapports de force était en réalité prédit depuis plusieurs années.

Image de <em>The Eight Hundred</em>, la production chinoise aux centaines de millions de dollars de recettes.

C’est The Eight Hundred qui, en atteignant 460 millions de dollars de recettes, a hissé le box-office chinois vers la première marche du podium. Distribué uniquement dans l’Empire du milieu, le blockbuster patriotique de Guan Hu est devenu le plus gros succès du box-office mondial et a même supplanté Tenet. Hollywood va-t-elle s’inspirer de cette réussite pour cesser de systématiquement regarder si l’herbe est plus verte à l’international ?

17 octobre : couvre-toile

Le 14 octobre dernier, Emmanuel Macron a annoncé la mise en place d’un couvre-feu à partir de 21 heures dans huit métropoles françaises, rapidement étendu à tout le territoire. Un nouveau coup dur pour les salles obscures qui, après la légère embellie de l’été et quelques belles surprises pour le cinéma français, perdent leurs deux séances du soir, soit les plus importantes de la journée.

Mais un mouvement de solidarité envers les salles de cinéma s’est créé du côté des distributeurs qui, un à un, ont annoncé le maintien de leurs sorties malgré le manque à gagner.

29 octobre : le retour du confinement

Malheureusement, le tube déjà très fragilisé qui maintenait l’industrie sous respiration artificielle ne tardera pas à rompre, obligeant le monde du cinéma à revoir une nouvelle fois ses plans. Le 29 octobre, la France est encore une fois mise à l’arrêt et les cinémas ferment à nouveau leurs portes.

Ainsi, de nombreux films français très attendus vont être une seconde fois remisés au fond des cartons, attendant leur heure de gloire prévue au 16 décembre, date de réouverture des salles initialement annoncée par le Gouvernement. Spoiler alert : les cinémas ne rouvriront pas en 2020 et les projecteurs devraient rester éteints encore de longues semaines.

10 novembre : César, dernier chapitre

Inspirés par la décision de l’Académie des Oscars un peu plus tôt dans l’année et sous l’impulsion de sa nouvelle direction, les César ont officiellement coupé les ponts avec Roman Polanski le 10 novembre dernier.

En supprimant la possibilité pour des personnalités du cinéma d’être membres "de droit" de l’association, l’Académie a enfin tourné la page de cet héritage du passé et a ainsi parachevé son objectif premier de rénovation de l’institution pour faire oublier les crises de 2020.

19 novembre : Warner suit Disney

Après Tenet et Mulan, Wonder Woman 1984 vient compléter le triptyque des films qui ont fait l’actualité de 2020 tant ils ont été attendus, discutés et reportés. Tous ont ainsi contribué à amorcer les grands bouleversements que l’industrie a connus cette année.

La diffusion de <em>Wonder Woman 1984</em> sur HBO Max n’a pas plu à tout le monde.

Le 19 novembre dernier, nouveau coup de théâtre sur la planète cinéma : après avoir joué le rôle de sauveur du septième art en résistance face aux sirènes des plateformes de streaming, la Warner annonce que Wonder Woman 1984 sortira dans les cinémas américains et sur HBO Max en simultané le 25 décembre. Un mois plus tard, le film disparaîtra de la plateforme pour poursuivre son chemin dans les salles obscures puis reviendra sur HBO Max dans les règles de l’art de la chronologie des médias.

La France, qui ne dispose pas du service de streaming, aurait dû profiter du film une semaine plus tôt, le 16 décembre, soit six mois après la date de sortie initiale. Le maintien de la fermeture des cinémas dans l’Hexagone reporte donc une nouvelle fois cette sortie à une date inconnue. 2020 et son comique de répétition…

28 novembre : le streaming en soutien ?

Le 6 juillet dernier, Roselyne Bachelot a été nommée ministre de la Culture et c’est donc désormais à elle que reviennent les dossiers chauds de la réouverture des salles de cinéma et de l’assouplissement de la chronologie des médias.

Parmi ses premières réformes, l’obligation de participation à la création française pour les plateformes de VOD, déjà impulsée par son prédécesseur Franck Riester. Ainsi, Netflix et autre Amazon Prime devront, dès 2021, investir 20 % à 25 % du chiffre d’affaires qu’elles réalisent en France dans la production d’œuvres françaises ou européennes.

Toujours dans l’optique de réguler cet acteur devenu incontournable dans l’industrie du cinéma, on apprenait au même moment que, dès janvier prochain, Netflix paierait (enfin) ses impôts en France. Exit donc la petite tambouille interne qui permettait au géant de streaming de bénéficier de l’avantageuse fiscalité néerlandaise, le chiffre d’affaires généré par les abonnés français de la plateforme sera désormais déclaré en France.

3 décembre : Warner persiste et signe

Si l’épisode Wonder Woman aurait dû mettre la puce à l’oreille, la Warner a pris une nouvelle fois toute l’industrie de court en annonçant que toutes ses sorties américaines de 2021, dont les très attendus Matrix 4 et Dune, seront diffusées sur sa plateforme de vidéo à la demande HBO Max parallèlement à leur sortie en cinéma.

Si les sorties à l’international restent maintenues, aux États-Unis, c’est un véritable séisme qui pourrait changer le visage de l’industrie. Les réactions ne se sont donc pas fait attendre et un vent de fronde s’est levé sur les collines de Hollywood.

En tête de file : Christopher Nolan, réalisateur star des studios et très attaché aux salles, dont le dernier film a été épargné mais qui déplore un immense gâchis du catalogue de la Warner, suivi de près par Denis Villeneuve, inquiet pour son adaptation de Dune, et Patty Jenkins, qui ne pensait pas voir la sentence réservée à son film généralisée à tout un catalogue.

10 décembre : le line-up (virtuel) de Disney

Disney a fait le bilan et, calmement, l’empire de Mickey a annoncé son très gros line-up lors de sa conférence des investisseurs du 10 décembre dernier. Au programme notamment, deux nouveaux films Star Wars réalisés par Taika Waititi et Patty Jenkins. Rien de neuf sous le soleil de la créativité en revanche : le numéro un du divertissement, responsable à lui tout seul de plus d’un tiers des recettes mondiales au box-office en 2019, va continuer de tout miser sur les univers dérivés, prequels et autres reboots.

Tout comme <em>Mulan</em>, le nouveau Pixar <em>Soul</em> sera diffusé sur Disney+.

Mais l’annonce la plus attendue était celle d’une stratégie "direct to Disney+", qui aurait des conséquences beaucoup plus lourdes sur l’industrie du cinéma que celle de la Warner puisque, à la différence de HBO Max, Disney+ est présent à l’international.

Si toutes les sorties de 2021 ne sont pas concernées, certaines futures productions des studios connaîtront le même sort que Mulan ou Soul. Ainsi, Raya et le Dernier Dragon, le remake de Pinocchio ou Peter Pan et Wendy connaîtront eux aussi une double sortie simultanée en salles et en VOD.

25 décembre : ce n’est pas Noël pour les salles

Un jour à marquer d’une pierre blanche (ou noire). Après les moult péripéties qui ont rythmé cette maudite année, sortent ce jour Soul, le dernier bijou des studios Pixar, et Wonder Woman 1984, dernière grosse production de la Warner, qui seront donc au four et au moulin, entre les plateformes de streaming et salles de cinéma américaines.

On se retrouve dans un an pour un bilan que l’on espère plus réjouissant.

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