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Rencontre : on a parlé police et cinéma avec le discret Grégory Gadebois

Publié le

par Lucille Bion

© Mon âme par toi guérie

"Je ne crois pas que la police soit en cause, c’est l’être humain qui a des problèmes."

Au prix du paradoxe, Grégory Gadebois est devenu acteur parce qu’il était timide. C’est à 15 ans, sur les conseils d’un couple d’amis de sa mère, qu’il s’inscrit au théâtre, persuadé qu’il s’ouvrirait ainsi davantage aux autres. On comprend vite que les interviews ne sont pas une partie de plaisir pour l’acteur mutique mais, pour celle-ci, il se prêtera au jeu et remontera avec plaisir dans ses souvenirs d’enfance rouennaise – où il était un élève turbulent qui préférait s’acheter des clopes que de se payer une place de cinéma –, évoquera ses débuts parisiens au sein de la Comédie-Française et son César du Meilleur espoir pour Angèle et Tony, désormais rangé dans le placard du meuble de l’entrée.

Un déménageur à la Comédie-Française

"Ça m’amuse beaucoup de parler de moi en commençant par 'il y a 20 ans '. Mais ça me fait bizarre aussi, car j’ai l’impression de débuter." Il y a deux décennies, donc, Grégory Gadebois était un déménageur qui se retrouvait à construire des décors de théâtre tout en jouant une scène de temps en temps.

Pendant quelques années, il fait l’essuie-glace entre ces deux activités facilement opposables, mais concrétise ses désirs de jouer après une simple discussion avec son professeur de théâtre : instinctivement, il met fin à son intérim chez Renaud et passe le conservatoire de Rouen. De sa région normande, qui lui reste chère, il papillonne jusqu’à Paris :

"C’était génial de déménager à Paris. Paris, c’est la ville de Brassens, c’est une ville attirante quand on a la vingtaine. À cette époque, j’avais besoin d’évasion, mais sans vraiment le formuler. Et j’ai toujours eu envie de ça, même aujourd’hui. Je suis heureux quand je prends ma moto et que je vais quelque part. J’adore voir ce qui se passe ailleurs. J’ai toujours regardé comment les gens vivaient. Et c’est un peu ça, notre métier : regarder puis le raconter après."

Et tous les soirs, il joue à la Comédie-Française où il sera pensionnaire pendant cinq ans. Lui qui n’avait lu que "trois bouquins" et qui a joué dans une pièce avant d’en voir une a découvert, entre les quatre murs de cette demeure prestigieuse, un endroit extraordinaire de travail et des textes fabuleux.

"J’y pense de temps en temps et j’ai le sentiment d’avoir eu énormément de chance. Le chemin que j’ai pris n’est plus possible. Quand je suis sorti du conservatoire de Rouen, l’année suivante, ils ont imposé le bac pour intégrer l’école. Pareil pour le conservatoire de Paris. J’étais donc assez fier d’être à la Comédie-Française, après avoir raté toute ma scolarité."

Question diplômes, Grégory Gadebois ne peut effectivement que se targuer d’avoir eu son 1 000 mètres nage libre et son permis moto à 18 ans. Au lycée, il ne savait pas quoi faire, il voulait juste "rester avec ses copains", mais ses notes ne lui ont pas permis de les suivre. Il s’est engagé sans conviction dans un BEP mécanique, spécialisé moto, mais ce cursus ne lui convenait pas et il a rapidement abandonné l’idée.

"J’ai eu de la chance de trouver un métier qui me correspond par hasard. Aujourd’hui, le nivellement me désole un peu. Tout le monde a lu les mêmes auteurs, tout le monde a le même parcours. Je me souviens qu’au conservatoire, mon meilleur copain était un intellectuel qui avait une grande culture et avait fait beaucoup d’études. Nous étions des opposés. Ce sont ces mélanges-là qui sont rigolos, ce n’est pas l’uniformisation de la pensée. Et surtout, le cinéma et le théâtre doivent être le reflet de la vie, il ne peut donc pas y avoir des gens similaires."

"C’est dommage qu’on ait besoin d’une police"

Biberonné à la télévision, avec des films de Bourvil, Lino Ventura et Jean Gabin, Grégory Gadebois se fraye un chemin dans le théâtre et le cinéma français, en prenant soin de ne jamais se répéter. Après avoir incarné un père alcoolique, raciste et homophobe dans Marvin ou la Belle Éducation, un boucher dans Au poil, un avocat dans Au plus près du soleil, un juif en pleine réflexion dans Ils sont partout et un garde du corps dans Gainsbourg (vie héroïque), il enfile le costume d’un flic, Éric, pour Anne Fontaine, dont le film Police sortira en salles le 2 septembre.

Aux côtés de Virginie Efira et Omar Sy, deux jeunes policiers de la même unité, il va devoir transporter un étranger qui ne parle pas un mot de français dans un avion qui le ramènera dans son pays d’origine. Le principe est d’exécuter la mission, obéir aux ordres sans prendre connaissance du dossier. Dans un moment de doute, l’héroïne va se plonger dans ses fichiers de renseignements et découvrir que le réfugié risque la mort s’il passe la frontière. Elle va donc tenter de convaincre ses collègues de le laisser s’enfuir.

"Éric, c’est un de mes personnages préférés. Je considère que c’est l’un des plus beaux rôles que j’ai eus. Je jouais déjà un militaire dans 'J’accuse' de Roman Polanski, mais il était sans questionnement. Sa vision du métier était la justice. Pour 'Police', nous avons rencontré un policier qui nous a parlé de son métier et de la vie en général. Il nous a montré certains mouvements, comment on passe les menottes par exemple.

J’avais été policier pendant un an en 1995, car j’avais fait le service militaire dans la police. Je trouve que c’est plutôt un beau métier à la base. J’aurais voulu être policier, peut-être, petit. Cette idée d’attraper les voleurs, d’aider les gens, ne me déplaisait pas."

Aujourd’hui, pourtant, comme l’ont démontré ces derniers mois de tumultes dans les rues suite aux violences policières qui ont ôté la vie à George Floyd ou encore paralysé Jacob Blake, les représentants de l’ordre véhiculent une image ternie et déplorable, loin de celle qu’évoque, justement, Grégory Gadebois.

(© F comme Film)

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