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Félix Maritaud, l'étoile montante du cinéma français

Après avoir brillé dans 120 battements par minute, Félix Maritaud est à l’affiche de Sauvage, le premier long-métrage de Camille Vidal-Naquet. Rencontre avec l'espoir qui secoue le cinéma français.

© Pyramide Distribution

Il sommeille sur le trottoir crasseux d’une ruelle sombre. Parfois, sur un matelas partagé avec un ami, entre les quatre murs d’un squat délabré. Mais en réalité, il dort peu, passant la plupart de ses nuits à racoler des clients le long des routes d’un parc.

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Sans-abri, abîmé, accro au crack et au crystal meth, Léo est un jeune homme de 22 ans, qui vit à l’écart de la société. Marginal même parmi les siens, les autres garçons qui se prostituent lui reprochent d’être trop affectueux avec ses clients. "Moi, j’embrasse", lance Léo avec défi.

"Je pense que beaucoup de gens peuvent s’identifier à ce personnage", me dit Félix Maritaud, l’interprète de Léo, entre deux bouffées de cigarette dans un café de Bastille. Inspiré par la communauté du bois de Boulogne, le réalisateur Camille Vidal-Naquet dépeint dans son premier long-métrage l’âpre réalité de la prostitution de rue. Mais surtout, Sauvage raconte l’histoire d’un chagrin d’amour : celui de Léo face au rejet d’Ahd, un collègue prostitué et sur-homophobe qui clame ne pas être homosexuel.

Un cœur qui bat fort

Face à ces sentiments non-réciproques, Léo se perd dans une quête d’amour insatiable. "C’est assez universel. Il veut quelque chose qui lui fait du mal, explique l’acteur. Je pense que tout le monde peut ressentir ça." Léo recherche l’amour et l’exprime aussi. Mais s’il ne tend ni vers le romantisme utopique, ni vers l’amitié d’égal à égal, ce héros évoque "l’agapé", cet amour altruiste, fraternel et désintéressé que décrivaient les penseurs grecs.

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L’amour n’est plus quelque chose qui nous "tombe dessus", un phénomène indépendant de notre volonté donc, mais devient une action : celle de donner, de vouloir le bien-être des autres, sans rien attendre en retour. Au final, Léo vend son corps mais ne compte pas l’argent. Lorsqu’il prend un client âgé dans ses bras, il lui demande s’il est bien. Il aime sans chercher plus loin.

Aperçu dans 120 battements par minute et Un couteau dans le cœur, Félix Maritaud joue ici son premier rôle principal, et la préparation a été rude. "On testait les choses physiquement, dit-il en souriant. [Camille] m’a fait tapiner dans Stalingrad pour voir si ça marchait. Tu vis dans la rue. Tu bois l’eau du caniveau. Des choses comme ça."

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Dans le film, le corps est omniprésent. Il danse, il court, il souffre, il se fige. Les mains sont partout. Il s’agissait d’être "dans une pleine conscience du corps" selon Félix, qui a travaillé avec le chorégraphe Romano Bottinelli. "Tu n’es pas du tout dans une spéculation mentale et d’un coup, tu laisses ton corps vivre au présent."

Si le réalisateur s’est inspiré des travailleurs du Bois de Boulogne, à Paris, pour écrire le scénario, Léo, lui, est un personnage complètement fictif. "Je n’aurais jamais pu identifier le personnage sur quelqu’un, même sur moi", m’explique l’acteur. Dans son jeu, Félix fait jaillir sa propre part d’humanité, sans calquer des traits de caractère préconçus :

"C’était vraiment l’idée, de rencontrer le personnage au point d’arriver à une intimité profonde, jusqu’à se détruire soi-même pour laisser sa place à quelqu’un d’autre. C’était plus ça. Il fallait que j’accueille le personnage dans mon corps plutôt que de sortir un truc de mon corps à moi. Il fallait se laisser aller."

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Comme Léo, Felix a tout donné. Après le tournage, "c’était un peu un saut dans le vide", se souvient-il. "Je savais qu’il s’était passé un truc, mais je ne savais pas ce que ça allait donner."

Nouvelle garde du cinéma français

Quelques mois après Cannes, il savoure son succès et contemple le chemin parcouru. Au niveau personnel, Sauvage a été une leçon d’intégrité : en dépit des coups, Léo reste honnête et fidèle à lui-même. C’est un personnage infiniment libre, qui écoute son cœur et fait toujours ce qui lui chante. "Le personnage m’a aussi apporté vachement de lumière dans l’amour que je peux porter à mes amis, les gens. Un truc fondamental", explique Félix.

En tant qu’acteur, les récompenses s’enchaînent. Félix a remporté le Prix Fondation Louis Roederer de la Révélation à la Semaine de la Critique. Le 25 août, il recevait le Valois du meilleur acteur au Festival du Film Francophone d’Angoulême. Prochaine étape : un César du meilleur espoir masculin ?

Après la peine et les déboires de Sauvage, Félix Maritaud est désormais submergé par l’amour qu’il reçoit du public. "On m’a rendu que des belles choses, je ne pensais pas à ce point, dit-il. Depuis Cannes, tous les gens qui voient le film, c’est émouvant." Comme une Mona dans Sans toit ni loi, ou un River Phoenix de My Own Private Idaho, Léo est aussi énigmatique qu’attachant. "Après le film, les gens venaient et me prenaient dans les bras parce qu’ils avaient besoin de conjurer le sort du film un peu."

À 25 ans, l’aventure commence à peine pour Félix. Il a des rôles. Des projets sont en cours. "Ça prend le temps que ça prend, avance-t-il. Le cinéma d’auteur français, ce n’est pas Rothschild, c’est beaucoup de gens qui galèrent à faire leur film."

Sauvage, c’est un beau succès pour quelqu’un qui n’avait rien à voir avec le cinéma au départ. "J’ai fait les beaux-arts, c’est en rapport avec la culture", plaisante-t-il, encore. Mais alors que les éloges ne cessent d’arriver, Félix garde les pieds sur terre : "Quand on me demande d’être acteur, je suis acteur, il n’y a pas de soucis. Je n’ai pas envie de commencer les mondanités H24.”

Sauvage sort en salles aujourd’hui, mercredi 29 août 2018.

Par clara hernanz, publié le 29/08/2018

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