Rencontre avec Fanny Ardant : "Ce que j’aime dans ce métier, c’est ne pas savoir d’où arrivera la joie"

À l’occasion du festival Rencontres du 7e art, du 24 au 28 mars 2018 à Lausanne, nous avons rencontré la (grande) actrice française Fanny Ardant. Nous lui avons proposé un Supercut, par écrit.

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Votre dernier film coup de cœur ?

J’ai beaucoup aimé deux films français, un film de Xavier Giannoli, L’Apparition, et un film de Abdellatif Kechiche, Mektoub my love.

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L’acteur ou l’actrice qui vous a donné envie de faire du cinéma ?

Aucun.

Mais alors pourquoi êtes-vous devenue actrice ?

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Moi, je suis devenue actrice grâce au théâtre. Je trouvais que tout ce qui est beau doit se partager.

L’acteur ou l’actrice qui vous fait le plus rire ?

Je ne ris jamais. [Elle rit] Je ris quand je ne m’attends pas à rire. Je ne vais jamais voir de comiques, ou de comédies… J’ai beaucoup aimé Louis de Funès mais je ris très difficilement, alors que je ris plus dans la vraie vie.

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L’actrice ou l’acteur qui vous fascine ?

Il n’y en a pas. Ça vous déçoit ? Je pourrais vous répondre que c’est le dernier acteur qui m’a procuré une émotion. Sinon je n’ai pas de Panthéon, pas de Légion d’honneur, pas de "et le meilleur acteur est…", je n’ai pas tout ça. Je peux voir une inconnue dans un film inconnu et la trouver magnifique.

Alors votre dernier coup de cœur pour une actrice ?

Cette jeune fille dans L’Apparition, qui s’appelle Galatéa Bellugi, je crois. Je l’ai trouvée magnifique, je ne connaissais pas ce visage. Je n’aime pas ce qui est prix, décorations, être le meilleur…

Votre plus belle rencontre au cinéma ?

Évidemment que je le sais, mais je ne le dirai pas. C’est quelqu’un que vous connaissez.

Le film que vous regardez pour vous détendre ?

Moi, je trouve que la vie est très courte. Je ne veux pas perdre mon temps à voir un truc qui me rendra détendue ou je ne sais quoi, ça va m’énerver. J’aime beaucoup aller au cinéma, et je ne vois que les films que j’ai envie de voir. Je ne vais jamais y aller pour me dire "tiens, j’ai envie de m’amuser".

Vous n’avez jamais vu un film…

Stupide ? Bien sûr que oui, mais je ne le savais pas avant de l’avoir vu.

Votre guilty pleasure, le film que vous regardez avec un peu de honte ?

Il n’y en a pas, bien sûr que non. Pareil pour la musique. Je n’ai aucune honte à voir des films ou à écouter certaines musiques. Même si on me dit que c’est ringard, je m’en fiche complètement.

Votre réplique culte ?

Dans un film qui s’appelle Un Tramway nommé désir, à la fin, Vivien Leigh disait "J’ai toujours fait confiance aux inconnus".

Votre film français préféré ?

Niet. Quand on me demande ça, c’est comme si, tout d’un coup, j’étais obligée d’exclure tous les autres.

Le rôle le plus éloigné de votre personnalité ?

Je me rappelle avoir joué un rôle, dans un film d’Alain Resnais, où j’étais altruiste, généreuse, lumineuse, sereine. C’était un vrai rôle de composition.

La pire chose qu’on vous ait demandé de jouer ?

La pire chose, c’est de m’être retrouvée avec un metteur en scène que je n’aimais pas.

Qui donc ?

[Elle rit] Vous êtes folle ! Je ne vais pas vous dire qui c’est.

La scène la plus gênante que vous ayez jouée ?

La plus gênante, je ne m’en souviens pas. Quand on joue, "je est un autre". Le seul malaise, vraiment, c’est d’être dirigée par un metteur en scène qui s’en fiche, qui n’a pas de passion, qui est paresseux… Là, j’ai des envies terroristes.

La plus belle scène d’amour au cinéma ?

Je crois me souvenir que c’est dans un film de Bergman… ça se passe dans un cinéma, mais je ne me souviens plus du titre. C’était très fort.

Le rôle que vous rêveriez de jouer ?

Ce que j‘aime dans ce métier, c’est de ne pas savoir d’où arrivera la joie. Je n’aime pas les choses provoquées. C’est un peu comme dans les histoires d’amour, vous ne pouvez pas vous lancer à l’assaut de quelqu’un en le suppliant de vous aimer. Eh bien, le cinéma, c’est un peu la même chose. Tout d’un coup, une minute avant, vous ne saviez pas que vous alliez jouer ce rôle… Un jour, il arrivera, ce rôle.

Votre bande-son préférée ?

Un grand, grand mélange. Tristan et Isolde de Wagner, ou Julio Iglesias, ou Nina Simone, ou de la musique russe… Une sorte de playlist, de kaléidoscope fou. Va bene ?

Par Emmanuelle Fournier-Lorentz, publié le 10/04/2018