(© Condor)

Rencontre : les coulisses de Come as you Are avec Desiree Akhavan, une réal engagée

Desiree Akhavan, la réalisatrice de Come as you Are nous a invités dans les coulisses de son film. Rencontre avec une femme douce et engagé, qui fait beaucoup de bien au cinéma indépendant.

Grand prix du Jury à Sundance, Come as you are est un film nécessaire sur la tolérance. Avec Chloë Grace Moretz en tête d’affiche, la réalisatrice Desiree Akhavan s’est penchée sur un sujet troublant : celui des centres de conversion, aussi appelés "thérapie de conversion" ou "thérapie de réorientation sexuelle". Stricts et religieux, ces établissements polémiques visent à remettre les âmes égarées dans le droit chemin. L’héroïne, Cameron Post est précisément pointée du doigt, parce qu’elle est homosexuelle.

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Cette plongée dans l’oppression ausculte à sa manière la jeunesse et la liberté. La cinéaste irano-américaine a présenté son film en avant-première au Champs-Élysées Film Festival, à Paris et nous a accordés un peu de son temps, pour nous raconter l’envers du décor. Ses actrices, le tournage, son travail sur le scénario, la première à Sundance… Rencontre avec une femme intelligente et prometteuse, avant d’aller découvrir ce merveilleux film sorti ce mercredi 18 juillet.

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Konbini : Quel était votre sentiment, quand vous avez découvert le livre ?

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Desiree Akhavan : Quand j’ai lu le livre pour la première fois, j’ai aimé le fait que ce soit la première fois que je lise un livre qui explique honnêtement ce que c’est d’être un adolescent. Ces premiers moments où tu t’aperçois que les adultes n’ont pas forcément les réponses, et qu’ils racontent n’importe quoi, tu commences à comprendre que tout n’est pas blanc ou noir comme tu pouvais le penser en grandissant. La vérité se trouve toujours au milieu.

C’était aussi très honnête sur la manière de grandir quand tu es gay et différent. Je me suis vraiment sentie comme si je n’avais jamais lu un seul livre auparavant, comme si celui-ci m’avait été longtemps caché. Je l’ai vraiment aimé et je l’ai conseillé tout autour de moi.

Comme… à votre productrice ?

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Oui. Je l’ai d’abord montré à mes amis puis je l’ai partagé avec elle quand elle m’a demandé ce que je voulais faire après, je lui ai dit que j’avais lu ce livre mais que je n’étais pas prête à l’adapter. Peut-être plus tard. Et puis elle l’a lu et m’a dit : "Non, c’est maintenant que tu dois le faire." (Rires)

Il paraît que vous avez rencontré d’anciens homosexuels ou des rescapés, passés par des thérapies de conversions. Comment avez-vous creusé le sujet ?

J’ai rencontré l’autrice du livre, Emily Danforth. Je lui ai demandé des conseils. Elle m’a montré les livres qu’elle avait lus, des ouvrages psychologiques et des documentaires qu’elle avait regardés. Ensuite nous avons regardé plus spécifiquement Exodus international, qui est une organisation qui finance les camps de conversion thérapeutique et qui a fermé en 2013.

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Nous avons aussi regardé les gens qui y sont allés, leurs vies, leurs sermons… Soudainement c’est devenu un monde plus grand. Plus nous comprenions l’univers, plus le scénario prenait forme et se précisait même plus que le livre. Il y a beaucoup de scènes que nous avons ajoutées, comme la scène où le groupe est sur l’herbe.

Sinon, Chloë et moi avons rencontré de nombreuses personnes envoyées en camp de conversion.

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Pourquoi avez-vous proposé le rôle à Chloë Grace Moretz ?

Chloë était la seule actrice que j’ai rencontrée qui pouvait faire l’affaire. J’ai senti qu’elle s’oubliait dans le rôle, elle avait plus d’attitude, elle savait qu’elle n’était pas ça, elle a pu emmener le personnage là où je ne pouvais pas le faire. Peut-être que je l’avais écrit d’une manière plus naïve, un peu plus vulnérable mais avec Chloë elle est devenue quelqu'un qui se connaissait très bien, qui était plus incroyablement parlant. Tu peux juste regarder son visage, ses expressions et comprendre ce qu’elle pense. C’est vraiment ce que je préfère chez elle.

Et Sasha Lane ?

Elle était si facile. Sasha est la personne la plus parlante que j'aie jamais rencontrée. Dans ce monde d’enfants, c'elle est la boss. C’est une inspiration. Tu as envie d’être comme elle, elle possède tout ce que le camp de conversion n’a pas. J’avais entendu parler d’elle mais je ne l’avais pas rencontrée. Nous étions encore en train de chercher le casting et on m’a dit : "et la fille d’American Honey ?"

J’avais des réserves, comme elle n’avait fait qu’un film mais quand j’ai regardé American Honey et j’ai tout de suite écrit à ma directrice de casting : "Fais lui une proposition ! Fais lui une proposition !" (Rires). Elle était tout excitée et a accepté.

Comment était l’ambiance sur le plateau ? Sur les réseaux, on voyait les deux comédiennes toujours fourrées ensemble…

Sur le tournage c’était étonnamment fun pour un film aussi sérieux. Nous vivions tous dans le centre donc on a appris à se connaître très vite. Pendant les 23 jours de tournage, c’était très calme en fait, nous passions des journées sans stress alors que nous devions aller très vite. C’était très plaisant d’être entouré de jeunes. Nous avions beaucoup d’énergie.

Quand tu vis sur un plateau, tu as la liberté d’être à 100 %. Tu n’as pas à t’inquiéter pour tes amis, ta famille, tu dois juste être à fond.

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C’est la deuxième fois que votre film est sélectionné à Sundance, ça commence à devenir un rendez-vous régulier… (Rires)

Je ne sais pas si on peut dire que c’est régulier au bout du deuxième date (Rires). Je suis très chanceuse et très heureuse.

En France, on a beaucoup entendu parler de votre film, déjà lorsqu’il était présenté au festival. Il est considéré comme l’un des meilleurs films LGBT+ de l’année. Comment c’était là-bas ?

C’est vrai ? C’est génial ! La première à Sundance était très spéciale pour moi car c’était la première fois, en tant que réalisatrice, que j’ai senti que tout le monde était engagé. Je n’avais pas nécessairement ressenti cela avant. C’était comme avoir une conversation avec le public, c’était très puissant. C’était magique. La plupart des réalisateurs n’ont pas la chance de pouvoir communiquer avec leur public.

Par Lucille Bion, publié le 20/07/2018

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