Ces réalisatrices qui auraient dû être nommées aux Oscars

Sélection 100 % masculine à l’oscar du meilleur film et du meilleur réalisateur oblige, on a eu envie de mettre en avant le travail de quelques réalisatrices.

Depuis l’annonce des nommés aux Oscars, Roma et les 13 nominations records de Netflix sont sur toutes les lèvres, tout comme la nomination de Black Panther, premier film de super-héros à être en lice pour décrocher la précieuse la statuette dorée.

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Si certains soulignent le fait que, pour la première fois, Spike Lee est cité dans les catégories "meilleur réalisateur" et "meilleur film", pour BlacKkKlansman, personne n’évoque en revanche l’absence totale de réalisatrices dans ces mêmes catégories, considérées comme les plus importantes de la compétition.

Spike Lee, Paweł Pawlikowski, Yórgos Lánthimos, Alfonso Cuarón, Adam McKay pour Vice… Contrairement à l’année précédente, où Greta Gerwig concourrait pour Lady Bird, cette année aucune femme ne pourra prétendre au palmarès. Et il ne faudrait pas non plus compter sur les films d’animation.

On note heureusement la présence de Nadine Labaki pour Capharnaüm dans la catégorie du meilleur film étranger, et celle d’Elizabeth Chai Vasarhelyi, qui co-réalise Free Solo avec Jimmy Chin et Betsy West et Julie Cohen, les réalisatrices derrières RBG, du côté du meilleur film documentaire.

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On a eu donc eu envie de mettre en avant quelques films de réalisatrices qui auraient pu être sélectionnées. Attention, les films qui vont suivre sont l’œuvre de femmes exceptionnelles :

Mary Queen of Scots de Josie Rourke

La Britannique Josie Rourke, qui a fait ses armes au théâtre avant de passer devant la caméra, signe avec Mary Queen of Scots son premier long-métrage en tant que réalisatrice. Elle oppose dans ce film Saoirse Ronan et Margot Robbie, métamorphosées physiquement, pour revenir sur l’histoire tumultueuse de la monarque écossaise, de sa tentative de renverser la reine d’Angleterre à son exécution en 1587.

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Mary Queen of Scots s’offre en outre une magnifique bande-son signée par le compositeur Max Richter, qui a notamment bossé pour Martin Scorsese et Denis Villeneuve. On notera tout de même que le film est nommé pour le meilleur maquillage et les meilleurs costumes.

The Rider de Chloé Zao

Après Les chansons que mes frères m’ont apprises, Chloé Zao nous a émerveillés avec The Rider, le récit d’un cow-boy blessé, ne pouvant plus exceller dans le rodéo. Tiraillé entre ses faiblesses physiques et sa détermination, le jeune homme nous transporte dans son univers dépaysant.

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Connue pour son propos fascinant sur l’Amérique contemporaine et la place des femmes dans le cinéma, Chloé Zhao va bientôt réaliser son premier film Marvel, The Eternals. En seulement deux films et un passage à Cannes, la cinéaste chinoise est devenue l’une des réalisatrices indépendantes les plus cotées.

Leave No Trace de Debra Granik

Debra Granik, récompensée plusieurs fois au festival de Sundance, a déjà été nommée aux Oscars avec Winter’s Bone dans la catégorie du Meilleur scénario adapté. Son nouveau film, Leave No Trace, retrace le parcours d’une ado de 15 ans inadaptée au monde moderne, qui ne vivait qu’avec son père dans une forêt reculée de Portland, avant d’en être chassée.

Si le pitch de Debra Granik n’est pas sans rappeler Captain Fantastic et Le Château de verre, il se distingue cependant par son récit inspiré d’une histoire vraie et sa sublime lumière.

The Tale de Jennifer Fox

Puisque la plateforme Netflix a le droit à son lot de nominations, on est persuadé que le magnifique The Tale sorti en VOD aurait pu aussi s’imposer. On reste d’ailleurs inconsolable à l’idée que peu de personnes ont pu découvrir ce film certes difficile mais important, et ce malgré la présence de Laura Dern.

Jennifer Fox, victime d’abus sexuels et de manipulation lorsqu’elle était enfant, raconte ici son traumatisme, comme Trust avait pu le faire 10 ans plus tôt. Sauf que dans le contexte actuel, la résonance du propos n’est plus du tout la même. La réalisatrice aura donc mis 10 ans à réaliser un film qui tombe à pic, à l’heure où l’on milite à coups de hashtags.

The Miseducation of Cameron Post de Desiree Akhavan

Repérée dans Girls, ovationné deux fois à Sundance et maintenant célébrée pour sa série The Bisexual, Desiree Akhavan n’a visiblement aucune intention de rester dans l’ombre. Et son impressionnante productivité cette année l’a bien prouvé.

Son Miseducation of Cameron Post porté par Sasha Lane (American Honey), Forrest Goodluck (The Revenant) et surtout Chloë Grace Moretz s’intéresse, comme le prochain Boy Erased de Joel Edgerton, aux centres de conversion sexuelle, aussi appelés "thérapie de conversion" ou "thérapie de réorientation sexuelle".

Très stricts, ces établissements religieux veulent "remettre les âmes égarées dans le droit chemin" avec des procédés plus que douteux, dont l’héroïne homosexuelle, Cameron Post, fera particulièrement les frais.

Destroyer de Karyn Kusama

Si Karyn Kusama s’est fait connaître du grand public grâce à Jennifer’s Body – qui vient d’ailleurs de souffler sa dixième bougie –, c’est surtout avec Girlfight que la réalisatrice a obtenu une reconnaissance critique, notamment à Sundance et Deauville.

Cette année, elle est de retour avec Destroyer, un thriller noir portée par Nicole Kidman en tête d’affiche. Cette dernière incarne une détective du LAPD, ex-infiltrée dans un gang du désert californien. Une héroïne qui illustre encore une fois la passion de Karyn Kusama pour les femmes fortes et la capacité de Nicole Kidman à se glisser dans la peau de n’importe quel personnage.

Les Golden Globes, souvent un bon indicateur des films sélectionnés aux Oscars, avaient bien retenu Nicole Kidman dans la catégorie Meilleure actrice, et à en croire les critiques américaines (le film sort le mois prochain en France), l’alchimie entre la réalisatrice et l’actrice semble opérer. So what’s wrong ?

Rafiki de Wanuri Kahiu

Délicat, lumineux et plein d’espoir, Rafiki est l’œuvre d’une femme qui s’intéresse à la relation amoureuse entre deux femmes. Derrière cette romance pop et féministe, on retrouve aussi le courage de Wanuri Kahiu, première femme kenyanne à présenter son film à la Croisette alors qu’il est interdit d’exploitation dans son propre pays.

À force de persuasion et de bonne presse, la réalisatrice a fini par obtenir un accord pour que Rafiki soit diffusé une semaine au Kenya. C’est la condition pour postuler aux Oscars. On aurait donc beaucoup aimé le voir sélectionné dans la catégorie du meilleur film étranger pour ce qu’il symbolise et ce qu’il dit d’une société conservatrice.

Par Lucille Bion, publié le 24/01/2019